La boucle est bouclée

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Au sommet

Reveil glacialLa morsure du froid est telle que même dans la tente, collées à nos duvets, nos gourdes gèlent. Et nous aussi. La nuit en Djavakhetie, sur un plateau à 2200 mètres entre Géorgie, Turquie et Arménie, la survie ne tient qu’à un bon duvet. Contrée sauvage peuplée d’Arméniens, ces montagnes nous offrent le film somptueux de leurs paysages où les lacs se font peu à peu prendre par les glaces. Le ciel est bleu, la terre est nue, les hommes luttent contre le froid à grands coups de chaleur humaine et de simplicité.

On pédale contemplatifs quand une Lada s’arrête devant nous, le canon d’un fusil sort par la fenêtre du passager et deux détonations claquent. Sur le bord de la route, une nuée d’oiseaux s’envole, sauf un. Un des occupants de l’auto, fier de son tir devant les deux femmes assises à l’arrière, sort le ramasser avant de reprendre la route. C’est comme ça ici : pas de fleuriste, pas de pâtissier… alors quand on va chez des amis, on amène ce qu’on trouve.

Le boire pour le croire

Epiciere de villageAvant d’atteindre l’air sec et limpide de la Djavakhetie, il nous a fallu sortir des brumes. Celle des vallées au-dessus de Tbilissi : deux jours trempés et frigorifiés à ne pas voir à plus de 5 mètres. Heureusement, il y avait la richesse de ces pauvres gens qui n’ont à vous offrir que le poêle à bois et leur sourire édenté. Des gens contre qui la vie et l’histoire se sont acharnées mais qui ont une telle dignité qu’elle vous donne une leçon pour le reste de votre existence.

Et puis il y a eu les brumes des lendemains de soirées Géorgiennes. A Tbilissi, nos hôtes, Marina et Zaza, nous ont invités à une soirée avec leurs amis. Il faut le boire pour le croire. Zaza, ancien champion soviétique de natation a des épaules à faire peur à un rugbyman. Soiree chez des amis a TbilissiPlus impressionnant : sa soif et son hospitalité sont à la même échelle. Résultat : quand après avoir trinqué à l’Amour, aux femmes, à la Géorgie, à la France, à l’amitié franco-géorgienne, à Emilie, à Benjamin, aux enfants, aux belles-mères, à la tradition, à la famille, au sport, à la paix, au voisinage, au narguilé qui ne veut pas s’allumer… (le reste on a oublié), Zaza s’est envoyé 10 litres de vin tout en affichant une sobriété de circonstance . Cet art du repas et du toast s’appelle le Tamada. Expérience inoubliable mais qui anéantit toute capacité de pédalage le lendemain. Reste qu’après une nuit où on a cru que notre lit s’était métamorphosé en raft, Zaza nous a accueilli dans la cuisine en levant un verre … de bière à notre santé.

Retour en terre conquise

Il est juste à 100 mètres et pourtant le sol turc se dérobe à nos espoirs. Le petit poste frontière où nous nous présentons est fermé. Raison inconnue. Les soldats qui nous ont interceptés ne lâchent rien. Demi-tour, la boule au ventre, 60 km de montagne pour rien, ça rend amer. D’autant que derrière la frontière nous attendent les amis Suisses, Marie-Jo et Rodolphe, ainsi qu’un beau symbole : celui de regagner une terre connue, aimée, d’avoir bouclée la boucle, accompli le programme que nous nous étions fixé, revenir sur ce qui fut, il y a 17 mois, notre dernière marche européenne, et qui sonne aujourd’hui comme la première de notre retour. Demi-tour donc pour un détour de plus de 100 km. Mais l’impatience des retrouvailles poussera Rodolphe et Marie-Jo à venir à notre rencontre côté géorgien. On se retrouve dans le froid de la nuit, dans un chemin au milieu des champs, de nul part… chez nous quoi ! Le lendemain, on remonte sur nos vélos pour franchir la symbolique frontière Géorgie – Turquie avec une amicale accolade du douanier turc aux yeux bleus.

Six jours de vacances

33 ans a Dyarbakir, Turquie

MJ et RodVertige géographique. Tout file si vite. Même les ascensions, les cols enneigés. Dans le camion de Marie-Jo et Rodolphe, nous célébrons le gruyère suisse, surfons sur la 3G dans les campagnes Est-anatoliennes et nous réchauffons à grand renfort de tisanes helvétiques. Ainsi nous passons une zone sensible où nous n’avions pas envie de jouer les touristes : Van porte les stigmates du meurtrier séisme qui l’a frappé quelques jours plus tôt et le Kurdistan est sous tension avec son cycle offensives/représailles entre la guérilla et l’armée d’Ankara. Zone très militarisée, on a eu du mal à trouver des bivouacs en sécurité. Quant aux tempêtes de vent, elles nous ont tenu plusieurs nuit éveillés. Mais on a reussi à passer une belle soirée pour les 33 ans d’Emilie dans le caravenserail de Dyarbakir. Et puis ce fut la reprise, avec des vélos remis en état. Comme une rentrée des classes…

La clinique du velo Operation sans anesthesie a la clinique des velos © A Tour de Roues - Rodolphe S.

Dans les neiges du Mont Nemrut

Ascencion du Nemrut et premieres neiges Nemrut

Nemrut10 km pour grimper plus de 1100 mètres de dénivelé. Même sans les sacoches, l’ascension pour le mythique mont Nemrut à 2150 mètres est un beau morceau. Après 6 jours sans pédaler, il fallait bien ça pour canaliser l’énergie accumulée. Mais les 3 derniers km sont redoutables : pentes extrême et vent glacial balayant l’étroite bande de route déneigée courant sur la crête. Heureusement, les voitures de touristes turcs nous font une haie d’honneur et la vue sur le lac Ataturk et l’Euphrate est prodigieuse. On laisse les vélos pour gravir à pied les 200 derniers mètres de dénivelé dans la neige et la rocaille. Puis nous voilà dans un autre monde, celui de ces visages de pierres faisant face au couchant, pluri-millénaires, oubliés sur leur mont pendant des dizaines de siècles. Ils ne semblent plus faire partie du monde des mortels, présents sans l’être. Comme si ces visages de Zeus, d’Apollon, d’Hercule émergeant de la neige étaient entrés dans l’éternité. D’ailleurs le froid nous saisi déjà à mesure que le soleil décline. Pauvres vivants nous devons redescendre laissant ces mythiques statues à la pleine lune qui vient leur rendre visite. Le lendemain, la neige tombera plongeant ces colosses dans leur long hivernage annuel. La chance nous a donc sourit en nous laissant les portes célestes du mont Nemrut ouvertes le temps d’une ascencion à vélo.

Nemrut Nemrut

Nemrut

Baklava bien

Accueil a Gaziantep

Les bivouacs sous les pistachiers nous avaient mis au parfum : notre route, par le plus heureux des hasards, croise la capitale mondiale du baklava : Gaziantep. Autres delices de GaziantepNous y voilà donc, contraints par le temps maussade d’y rester plusieurs jours. Alors, comme on enchaîne plus de calories que de kilomètres, on se donne bonne conscience en dédiant les baklavas par centaines de grammes à Luc et Ingrid (baklavaddicted), à parrain dont c’est l’anniversaire, au cap des 150 000 mètres de dénivelé grimpés (17 Everest tout de même !)… On prendra ensuite la direction du sud pour longer la frontière avec la Syrie jusqu’à l’ancienne Antioche. On prend le temps de savourer cette Turquie si acceuillante. Le geste n’a pas changé, le pouce et l’index se joignent pour tourner une invisible petite cuillère, c’est l’invitation au çay, prélude de bien d’autres gestes d’hospitalité. Entre les amis qu’il nous reste à nous faire et ceux de notre précèdent passage que l’on veut revoir, la Turquie risque de nous occuper un petit moment. Tant mieux !

Mise au point matériel : sacoches Vaude ou Ortlieb ?

Une fois n’est pas coutume, on tient à sortir un carton rouge, qui, on l’espère aidera les cyclos en préparation à répondre à la question : sacoches Vaude ou sacoches Ortlieb ? Nous avions choisi Vaude et on le regrette. Outre quelques soucis de fermetures (pressions qui cèdent) dès le 4 ème mois de voyage, ce sont les coutures thermo-soudées qui se sont décollées depuis la Chine. Plus étanches, ces sacoches ne valent plus rien. Un gros désagrément qu’à égalementrencontrée une amie cyclo canadienne. Probleme sur les sacoches VaudeMais plus problématique encore, Vaude France n’a pas répondu à nos appels à l’aide et nos relances. Seule solution proposée par notre revendeur : ramener les sacoches au magasin pour les examiner (difficile vue la distance) pretextant que Vaude n’avait jamais eu de defaut de ce type sur leurs sacoches. Dommage qu’à la différence des marques références dans l’outdoor, Vaude France ne ne soit pas à l’écoute des cyclos qui éprouvent au long cours leur matériel et ne daigne même pas proposer la moindre solution adaptée aux voyage au long cours. Conclusion, Vaude nous apparait comme en dessous du niveau recquis pour ce genre d’aventures.

Transcaucasie

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Chemin de traverse en Transcaucasie

La Géorgie ? On ne sera pas resté plus de 24h sobre dans ce pays. Il est 10h du matin quand en traversant notre premier bourg, deux villageois nous arrêtent en nous tendant des figues. Mais l’assaut est soudain : on a pas même eu le temps de retirer notre casque qu’ils ont déjà amené sur le trottoir le jerricane de “tchatcha”; 50 degrés à boire cul sec dans une tasse à café. Privilège de l’inégalité des sexes, Emilie n’a droit qu’à tremper les lèvres quand Benjamin doit trinquer dans toutes les langues. Tchourtchkhela © A Tour de RouesQuand on arrive à expliquer à nos hôtes que ce breuvage de si bon matin risque d’altérer nos “performances sportives”, compréhensifs, ils ouvrent une bière “plus légère” et nous offrent ce qui provoque un fou rire retenu : la tchourtchkhela. C’est la sucrerie préférée des Géorgiens (et des Géorgiennes) sauf que ça a l’allure d’un pénis en piètre forme. Alors, entre l’alcool et les tchourtchkhelas pendantes à nos sacoches, on repart hilares et informés de la règle d’or qui prévaut en Géorgie : si tu t’arrêtes, tu trinques; si tu prends une photo, tu trinques; si tu vas au marché, tu trinques… C’est devenu une action patriotique de soutien à l’économie du pays depuis que la Russie (en froid avec Tbilissi) a fermé ses frontières aux vins géorgiens. Alors trinquons à la sottise russe !

Boucher au marche de Telavi

Soiree chez des amis a Tbilissi Un mariage chez Zizi, c'est un mariage qui dure ! © A Tour de Roues

Merci Bakou

Bakou planete petrole Des dizaines de vitrines de boutiques de luxe à en faire pâlir les Champs-Elysees, des 4×4 ou de grosses berlines allemandes clinquantes, des centaines de parcs et des fontaines, des architectures dignes des plus belles capitales occidentales : en débarquant avant l’aube à Bakou, nous découvrons enfin où vont tous les euros déboursés à la pompe. Nous voici sur la planète pétrole où, à la différence des traders new-yorkais, les hommes d’affaires azeris ne semblent ni pressés, ni stressés : le pétrole, c’est benef’ garanti, l’addiction est mondiale, les ressources sont locales ! D’ici sortait 80 % du pétrole mondial au début du 20eme siècle. “Vous êtes Français ? Il parait que Paris n’est pas propre, que la ville sent mauvais”, nous demande le banquier chez qui nous changeons la “ridicule” somme de 300 dollars. On s’apprête à faire “cocorico” et à répliquer mais la vue des employés de la ville passant la serpillière sur l’esplanade impeccable de la place des Fontaines nous arrête. Même les Suisses sont battus ! La face cachee de la planete petrolePourtant, nous aurions du inviter ce fier banquier à venir pic-niquer avec nous sur un champ de puits de pétrole. C’est glauque à mourir, la désolation la plus extrême, pas une plante, juste de la rouille et des hydrocarbures avec le métronome abrutissant de ces moustiques d’acier géants pompant ce qui a mis des milliers d’années à se former dans les entrailles de la Terre. Des métronomes pour un requiem, celui de cette énergie fossile qui aveugle et avilie les hommes. Bakou n’est qu’une illusion qui cache comme elle peut l’odeur nauséabonde des dollars qui coulent dans ses rues.

Un printemps en automne

Azerbaidjan, Grand Caucase Georgie, en passant par Gremi

Cyclo-pouss' © A Tour de Roues

En une journée, tout a basculé : on a quitté la côte de la mer Caspienne, les violentes tempêtes de la péninsule d’Absheron et ces terres d’où s’échappent parfois du gaz enflammé. La petite route nous a hissé en une journée vers un col qui marque un tournant dans notre voyage: après près de 6 mois de déserts et de cimes à naviguer entre des oasis sur le fil de la route de la Soie, Route forestiere en Georgieon retrouve ici de vraies forêts parsemées de prairies, bercées par un soleil qui nous réchauffe sans nous brûler. C’est pour nous une renaissance, le retour d’odeurs imprimées dans notre cortex : celle de l’humus, des feux de cheminées, des fleurs… autant de repères d’un monde que l’on (re)connait. Et dans cette palette de couleurs automnales qui explose sous nos yeux apres les steppes, nous avons la sensation de vivre un printemps. Enivrés par les retrouvailles avec un environnement sauvage mais pas hostile, on s’est enfoncé dans des chemins de montagnes caucasiennes tout juste praticables à cheval. Résultat : 3 jours à pousser nos vélos, gagnant à peine 20 km quotidiens sur des sentiers trop escarpés, passant à gué les rivières. Les bergers, que l’isolement rend un peu fous, nous prenaient pour plus fous qu’eux. Peut-être est-ce les hurlements des meutes sauvages dans la nuit qui rendent fous ceux qui dorment dans ces vallées perdues.

Debut de journee dans le Grand Caucase

Tbilissi

Fromager au marcheAvec son vélo “from USA”, Vaniko nous conduit a travers les rues de Tbilissi. Ce jeune de 20 ansincarne l’une des deux facettes du pays. “Non, l’époque communiste n’avait rien de bonne : tout y était gratuit. Cela ne pouvait pas être viable !” Sa réponse tranche avec celui d’une vieille femme qui regrettait le matin même cette époque soviétique “où tout fonctionnait correctement”. La Géorgie a fourni au régime rouge deux de ses plus “importants” personnages ; Staline et Beria. Reste qu’à Tbilissi (où après plus de 20 000 km il est nécessaire de réparer et changer certains de nos équipements), Vaniko nous aide à connaître les filons du système D : on erre dans les gigantesques allées du marche de seconde main. Ici on revend les vêtements dont l’Europe se débarrasse, croyant faire acte de charité ! Rchvita, l’Empereur de la mécanique caché derrière le vieux vélodrome où poussent désormais des herbes folles, a quant à lui résolu un problème de dérailleur qu’ Emilie traînait depuis des mois. Partout, les mécanos (même chinois) avaient déclaré forfait. Rvichta, a dit “Niet problem, niet kaput”, et il a réparé, jetant ses outils par dessus son épaule. Cet homme n’a rien, pas même un plan de travail, tout juste une boite à outils éventrée, mais il a une tête bien câblée et l’expérience d’une époque où il fallait Tout faire avec Rien. Si vous cherchez un bike shop à Tbilissi, cherchez Rvichta, rue Ouzbadzé, près de Mardjanichvili.

Tenue “descente” exigée

Couturiere s'affairant sur nos sacs de couchage © A Tour de RouesTbilissi donc : encore quelques petites choses à réparer, remplacer, recoudre… puis on s’élancera vers nos prochains cols entre 2000 et 2500 mètres entre la Turquie, la Géorgie et l’Arménie. Il faut dire que l’automne s’est soudainement corsé voilà 4 jours : en une nuit de violente tempête, les montagnes du Caucase ont revêtues pour de longs mois d’hiver leur manteau blanc. Dire qu’il y a quelques semaines nous brûlions dans la fournaise ! Désormais, on frissonne dans les descentes. Mais vos commentaires nous le montrent bien, plus on va loin dans l’aventure, plus vous nous suivez de près. Alors, c’est avec plaisir qu’on se lance encore dans une rude partie qui promet d’être frisquette.D’autant que nombreuses fois, ce qui devait etre une route d’après la carte n’était qu’un chemin forestier bien plus long annoncé. Ah, le manque de sérieux des cartographes !

Ils ont repondu présents

Pour finir, on tient a tirer un grand chapeau a quelques uns de nos partenaires (mais pas seulement) qui ont répondu présents quand nous avons eu besoin d’eux ces dernières semaines. Parmi eux, il y a Weschel, le fabriquant de la tente que l’on a trouve être la plus adaptée à notre aventure : charmé par notre projet en cours, ils nous ont offert une nouvelle tente, encore plus légère ! Zéfal, la marque de chez nous (Jargeau) qui a su conquérir le monde et qui renouvelle son soutien en nous fournissant des équipements supplémentaires. Katadyn nous a offert des pièces de rechange pour notre réchaud et notre filtre à eau. Merci également à Rando-Boutique et Schwalbe pour avoir compris combien leur concours nous était important.

Piste du Grand Caucase

20 000 km sur la Terre

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20 000 km © A Tour de Roues

A force de poursuivre l’horizon, on vient de s’offrir ce 11 octobre 2011, une moitie chacun de notre planete Terre.  On offre ces 20 000 kilometres avec nos bicyclettes a Vincent pour ses 27 ans !

Stepp’a du coton !

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Stepp'a si mal !

Enfin ! Du hublot, la mer et le ciel s’affrontent sur une ligne de front parfaite. Notre cargo est un trait d’union entre l’Asie Centrale et le Caucase. Il a fallu 36 heures de patience pour que les vents violents se calment et permettent au cargo Azerbaidjan d’appareiller. Il est 3h du matin quand on embarque dans le ventre de ce monstre de fer, avec des wagons entiers entre lesquels on glisse nos petits vélos. Deux heures plus tard, c’est le doux bruit des vagues de la mer Caspienne que tranche l’étrave du navire qui nous éveille dans notre cabine aux airs de fin de partie. Exténués par le manque de sommeil de ces derniers jours, l’agitation d’Aktau -ville de flambeurs de pétrole où règnent dollars, gros 4×4 et nouveaux riches- qu’a précédé le millier de kilomètres pédalé dans le désert et la steppe, on se rendort. C’est bon d’abandonner un corps meurtri à la berceuse d’une houle. Après l’Ouzbekistan sous 48 degrés et le Kazakhstan contre le vent et une piste que la majeure partie des cyclos évitent en prenant le train, on a enfin le temps de vous raconter.

Steppe by steppe


Des kilometres qui se ressemblent Fin d'une rude traversee qui ne nous a pas epargne

Sans autre compagnie que les bornes kilometriques En piste dans le desert

Pas un coup de guidon sur 300 km. La ligne droite qui traverse le plateau de l’Oustiourt, entre la mer Caspienne et la mer d’Aral, est une rampe de lancement vers la folie. Steppe plate et infinie où l’on voit la silhouette d’un chameau à 10 km ! Même les sons, rares dans ce désert, se propagent différemment. Quant à nous, nous sommes contraints d’avancer car la steppe n’invite pas à la pause, et manquant de vivres, on livre un contre la montre avec la faim.
Le premier jour, on abat 160 km, avec la complicité du vent. Mais pas question de fanfaronner au soir de cette journée record : le vent ça tourne. C’est d’ailleurs ce qui se passera dès le lendemain matin : renversement des vapeurs, inversions des flux à 180 degrés. On peine à abattre 70 km et l’eau manque. Un bandit pour amiNotre samaritain de ce jour a des dents en or et une gueule de brigand sur sa moto Oural, du gros soviétique increvable. Sans doute la meilleure alliée de ce trafiquant écumeur des steppes qui nous sort une bouteille d’eau de la poche intérieur de son blouson. Dans l’autre poche, un GPS, idéal pour récupérer les cargaisons. L’Oustiourt a toujours été la plateforme de tous les trafics : steppe sans fin où l’on peut rouler dans toutes les directions sans rencontrer personne. Un monde incontrôlable ; les policiers peuvent continuer tranquillement leur sieste à l’ombre des checkpoints ou s’évertuer à enquiquiner les voyageurs à vélo.

“Passport !”

16 août, 8h du matin. Poste des douanes de Tursunzoda. C’est ici qu’on sort du Tadjikistan. Le douanier a la casquette (disproportionnée comme le veut l’héritage soviétique) rejetée en arrière, déjà épuisé par la journée qui vient de débuter. Sa petite moustache à la mode totalitaire dénonce un petit chef bien décidé à nous les briser menu. Voilà une heure qu’il fait attendre par plaisir, laissant passer les cohortes de locaux. La folie, notre meilleure armeD’un geste nonchalant, il m’ordonne de venir dans son bureau. Pas un mot, pas un regard et de nouveau un test de patience espérant que l’exaspération me mette en faute.
“Passport!” claque-t-il après de longues minutes. De son air blasé, affalé dans son siège, il épluche le passeport avant de lâcher un rot sonore, . ” Kimment tou t’eppelles ?” me lance-t-il, fier de connaître une phrase de français. L’occasion est trop belle : ” Paruski, nipanemach” (Désolé, je ne comprends pas le russe). Pas mécontent d’avorter ses petits effets de style. Il se résigne et commence à taper d’un index sur son clavier. Assis sur son fauteuil de jardinage dont les pieds menacent de céder sous son poids, son bureau de bois fait face à une télé allumée où passe une version russe de Tom & Jerry. Puis l’ordi s’éteint dans un bruit de grille pain. Le douanier se lève et tance un pauvre subalterne qui n’y est pour rien. A la télé, Jerry vient d’assommer Tom. La musique s’accélère, le volume monte, le douanier gueule… C’est à ce moment qu’Emilie entre dans le bureau et découvre la scène comique au possible : “c’est quoi se délire ?!” On se regarde pouffant dans un fou rire.
Passer les checkpoints sans s’arrêter en répondant aux injonctions des agents par de grands coucous débordant de fausses naïveté, tenir tête à ceux qui veulent nous fouiller… voilà ce que l’on a appris pour passer un bon séjour en Asie Centrale.

Petit bandit sur grand chemin

A posteriori, on a bien une idée de l’ange gardien qui a fait sonner l’appareil. Notre maison de toileMais c’est bien le bip bip d’un téléphone qui nous tire de notre sommeil au beau milieu de la nuit, dans notre tente. Ça remue à nos pieds, ça fouille dans nos affaires. Ça aurait pu être un chien errant dans cette rase campagne attiré par notre nourriture… Mais alors, ce bruit de téléphone portable ? … Emilie, elle aussi réveillée ne bouge pas. J’enfile un caleçon en silence, retiens mon souffle et approche au plus près de la toile, tout proche de là où je devine être la tête de l’indélicat qui tente de nous voler. Décompte. J’assène un coup et hurle tout ce que je peux d’insanités. Ça vacille de l’autre côté. Juste le temps d’ouvrir la tente et bondir. L’homme est seul (ça c’est pour la bonne nouvelle), et tient un bâton (ça c’est la mauvaise). Je braque la frontale droit pour l’éblouir pendant qu’Emilie, hurlant elle aussi son dico des injures, me passe la pleurnicheuse (le petit surnom de la bombe au poivre). Je n’aurais pas à m’en servir : le pauvre type recule, bafouille puis détale à travers champs. On le course pour la forme… Belle montée d’adrénaline. “Tiens, j’ai mis mon caleçon à l’envers”. Merci en tout cas à notre ange gardien.

Atkuda !!

Notre hote ouzbek d'un soir Makmud, le cotonier ouzbek Une femme en or

Mis à part ces incidents mineurs, l’Ouzbekistan nous a séduit. Bon, on est abattu par les sempiternels “Atkuda !?” (Où !!!?) qu’on nous hurle à longueur de journée (on s’invente d’ailleurs des pays fictifs pour changer un peu), et par les 48 degrés qui cuisent les cuisses et le moral, mais les nuits à la belle étoile dans les cours des maisons où l’on s’endort avec des familles entières et les réveils avant l’aube pour manger autour de grandes tablées (à même le sol) un plov toujours trop gras, nous ont donné la saveur d’une vie simple, honnête et heureuse.

Et puis il y a la magie des medersa de Samarcande, Boukhara et Khiva, épicentre de la Route de la Soie. Le bleu de leurs dômes et la grandeur des hommes qui y enseignèrent entre Orient et Occident fait oublier le trafic d’esclaves et le sang que fit couler Tamerlan (aujourd’hui icône de la nation) en se taillant au sabre un empire de la Méditerranée à la Chine. C’est dans ces cités qu’envahissent les hordes de touristes (et non plus de Gengis Khan), que des astronomes avaient, plusieurs siècles avant Corpernic, découvert que la Terre tourne sur elle-même et autour du soleil, et calculé à 20km près la distance de la Terre à la Lune (dire qu’aujourd’hui la plupart des Ouzbeks se trompent largement sur le nombre de kilomètres pour rejoindre le village voisin !). Sans oublier Avicennes, qui pendant 6 siècles fut le plus grand médecin de la planète.

Samarcande Khiva

Khiva Etales ambulants a Boukhara Cerf-volant dans le ciel de Boukhara

De magnifiques monuments, des kilos de figues et de raisins, et puis des retrouvailles très attendues avec Delphine, Marie et Guillaume, les amis cyclos de Bishkek qui ont eu le courage et la patience de nous amener du Kirghizistan un colis envoyé par la famille : on avait pas besoin de plus pour nous ressourcer avant de nous confronter à une tragique agonie; celle de la mer d’Aral.

[Dé]Moynaq

Moynak, port abandonne par la mer d'AralLes yeux semblent tristes. Peut-être parce qu’ils ont vu la mer fuir à l’horizon pour les abandonner à la pauvreté, la poussière, le sel et les maladies. C’est ici que le taux de mortalité de toute l’ex-URSS est le plus élevé. Pour faire oublier cette souffrance, les autorités ont installé tout au long de l’unique rue de Moynaq des affiches ventant la modernité de l’Ouzbekistan, histoire que ceux qui n’ont plus rien aient au moins la fierté d’être ouzbek. Pour comprendre le problème, il suffit de se pencher par dessus le pont qui franchi l’Amou-Daria : ici, le débit est plus faible que celui que nous avons vue au Tadjikistan, 1400 km en amont. Presque toute l’eau que déverse la chaîne du Pamir est engloutie par un monstre créé à l’époque soviétique : la monoculture du coton. Il ne laisse que 1/10 du débit poursuivre sa course vers une mer inatteignable. Même le climat s’est fâché. Ironie du sort, s’il n’y a plus de pêche, il reste un peu de travail mal payé dans les champs de coton. MoynaqD’ailleurs, c’est le début de la récolte de Qonjirad à la Zerafshan, cette région où l’on produisait il y a encore un siècle les meilleurs abricots d’Asie.
Mais il n’y a pas que les lits des fleuves qui sont à sec ici : les stations essence aussi. On est même à cours pour notre réchaud alors que sous nos pieds se trouvent d’énormes réserves d’hydrocarbures. Finalement, c’est avec l’aimable autorisation d’un pompiste que nous siphonnons l’essence de son groupe électrogène.

Il est l’heure de tourner la page des pays en STAN, la fin d’une région redoutée dont nous n’aurons laissé vierge que les routes du Turkmenistan, dictature trop fermée pour que l’on puisse y pédaler avec suffisamment de liberté. Le défi est relevé… et déjà des parfums d’Europe nous parviennent. Bakou, porte de la Transcaucasie, cap à l’ouest, toujours et encore. .. Les aventures ne sont pas encore terminées. Le programme ? Peut-être, pour commencer,prendre le temps de fêter les 20 000 km par une mini boite de caviar de la Caspienne en regardant arriver l’automne. Vous en pensez quoi vous ?

Fin de journee dans la steppe

Du bleu dans les yeux

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Boukhara

Samarcande, Boukhara… Nous voila en Ouzbekistan, dans ces cites mythiques ou l’on se console des journees de pedalage dans une fournaise (44 degres a l’ombre) en mangeant des figues et du raisins. En attendant de vous raconter, on vous invite a aller jeter un coup d’oeil dans notre galerie photo. De quoi rajouter quelques degres a la rentree qui s’annonce. A tres bientot.

Le toit du monde

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Glacier afghan
Wakhan valley

Diseuse de bonaventures pamiriBerger pamiriFemme pamiri

Afghan Portrait pamiri

Tente para-sismique

Bivouac2h30 du matin : “Ça tremble ou je rêve ?!” C’est le premier bivouac avec Richard, l’oncle courageux venu pédaler deux semaines avec nous et ça commence fort : un séisme de magnitude 6 nous réveille. Nos matelas semblent flotter sur le sol mais dans notre maison de toile, on ne craint rien ! Enfin presque. Car non loin de là, il y a le lac Sarez : 88 km2 d’eau sur 500 mètres de profondeur, retenu par un barrage naturel composé de roches et de boue. Dans la région, on sait qu’un séisme pourrait briser ce tampon, générant le plus gros déluge de memoire d’homme, balayant le Tadjikistan, l’Afghanistan, jusqu’à la mer d’Aral en Ouzbekistan, a plus de 1200 km. Quand on sait ça, ce sont  nos fesses qui se mettent à trembler. Et puis question secousse, on allait être servis par les jours a venir.

Pamir highway

Pamir highwayC’est un des rares ruban d’asphalte de la planète courant à 4000 mètres d’altitude. La Pamir highway, ouverte depuis peu aux étrangers, voit passer plus de cyclos et de camions chinois que de vieilles épaves soviétiques. Le terrain est peu accidenté, mais on se heurte sans surprise au patron du lieu : le vent constant et puissant. C’est lui qui a décidé qu’ici rien ne pousserait et que les cyclos osant rouler vers l’ouest finiraient fous ou épuisés. Il faut pédaler dans les descentes pour avancer à moins de 10km/h et l’on a le sentiment de forcer comme dans une ascension. Magnifique, la Pamir highway est vicieuse : peu à peu ses paysages grandioses vous broient, interminables, insaisissables. Le vent de face incessant, n’arrête son travail de sape qu’à la tombée du jour, lorsque l’on est réfugiés dans la tente. Quant à l’eau, parfois introuvable la journée, elle va venir vous sortir de vos rêves d’assoiffés en coulant autour de la tente au beau milieu de la nuit sans qu’aucun orage n’explique cela.

Des tours de roues avec Richard Richard et son copain sur la Pamir highway Corvee d'eau Lessive au bord de la Pamir highway

Alichur, un village pamiri. – 45 degrés l’hiver, + 40 l’été. De l’électricité, il ne reste que les poteaux de l’époque soviétique. Quant à l’eau, il faut aller la chercher au torrent avant de la faire chauffer à la bouse. Témoin de ce climat rude, les lacs de la région, splendides miroirs d’eau salés, ne se libèrent des glaces qu’à la fin du mois de mai. Dans l’épicerie improvisée, rien ou presque. Deux bouteilles de faux sodas poussiéreuses, quelques vieux biscuits en vrac, et miracle, trois yaourts longue conservation sur lesquels nous nous ruons. Dans le Pamir, il faut porter plus d’une semaine d’autonomie en nourriture. Depuis qu’en 1992 les Pamiris ont voulu prendre leur indépendance, les approvisionnements ont cessé et l’argent a même disparu pendant un temps. Mais pour leur salut, les pamiris sont des ismaeliens qui vénèrent l’Aga Khan. Et ça tombe bien car ce Dieu vivant, ce 49ème imam qui a sa photo dans toutes les maisons de la région, est un riche homme installé en Suisse dont les dons font vivre le Pamir.

Une route d’enfer pour le paradis

Wakhan A tour de bras
En piste vers l'Hargus pass, 4350mC”est parti pour une des plus mauvaises pistes de notre aventure : celle de la vallée de Wakhan. Elle débute par un col à 4350 mètres que l’on gravit chargé en nourriture et de 8 litres d’eau chacun. Parfois trop raide ou trop sableuse, il faut pousser les vélos, même les pieds peinent à trouver de l’adhérence et les poumons à s’oxygéner. Mais la récompense est somptueuse : 8 jours de vélos le long de l’Hindu Kuch, à mi-chemin entre ses cimes à plus de 7000 mètres et le fond des gorges où gronde une furieuse rivière couleur de pierre, qui deviendra la mythique Oxus, l’Amou Daria. Sur l’autre rive, les glaciers partant de cimes pakistanaises digèrent leurs moraines sur les pentes afghanes. Ici la montagne a des proportions et une puissance mécanique à donner le vertige aux géomorphologues du monde entier. D’ailleurs notre petite piste a bien du mal à se tenir : on s’enfonce dans des pierres, on s’ensable dans des dunes, on franchit des torrents débordant le chemin : l’occasion de nous baigner dans leurs eaux glacées quand le soleil brûle trop.
Puis la piste plonge : au fond de la vallée, revoilà des arbres qui abritent du vent. Les abricotiers ploient sous les fruits, des Pamiris s’affairent dans de petites parcelles cultivées. C’est très pauvre, mais après des jours de dénuement et de solitude, leur sourires nous ouvrent les portes du paradis.
Approche de l'Hindu Kuch Tadjik flag
Marchand d'etoffes afghanPin up au marche afghanPortrait d'afghan
Au pied de chaque torrent, sur ce que les géographes appellent les cônes de déjections, s’agrippent ces petits villages paisibles ou chacun dispose de sa propre langue : chugnani, wakhi, ishkashimi, rushani… Et puis il y a l’Afghanistan. Premier contact avec ce pays au bazar afghan d’Ishkashim : rien à acheter sur les étales, mais tant de visages à voir racontant à eux seuls l’histoire mouvementée de ce pays meurtri.
Khorog, capitale du Pamir. La ville est agréable. On s’y repose un peu. Richard est reparti vers la France, rassasié d’aventures. Quant à nous, il nous faut tracer la suite de notre aventure : quels pays ? quelles directions ? Quelles saisons ? On sait que l’Ouzbekistan et sa fournaise intenable nous attendent. Et ensuite ? Les réponses viendront aussi avec la reprise de la chasse… aux visas.
Fillette Zoro est arrive sans se presser
Derniere minute : lundi 8 aout a Dushanbe, nous avons obtenu avec du culot et en 15 minutes notre visa pour l’Azerbaidjan… Il a presque fallu refuser l’invitation a dejeuner de Monsieur le Consul … tres sympathique. Dire que ce visa a la reputation d’etre difficile a obtenir. Mercredi, le tampon kazakh devrait sceller la suite de notre itineraire. On vous souhaite de belles vacances et on attend vos cartes postales ! En attendant on vous invite sur la galerie photo du site pour aller plus loin dans notre aventure tadjik. Merci encore pour vos messages.
La piste des vacances

Des bougies et des amis en Kirghizie

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Depart de bivouacbenjemi

Nous voila a Osh, avec dans les passeports assez de visas pour nous occuper ces deux prochains mois : Tadjikistan et Ouzbekistan. Ca devait etre redoutable, mais on a eu les precieux sesames consulaires en quelques minutes … et dans la bonne humeur ! Et pour cause, au fil des kilometres, on a forge un petit groupe de cyclos. Il y a eu tout d’abord Delphine, une coupe garconne sur un petit bout de femme. Delphine detient deux records : le premier, c’est d’avoir le plus petit velo jamais concu par Rando-Cycles ; le deuxieme, est de nous avoir supporte pendant plus de deux semaines.
Delphine et son fanC’est avec elle que nous avons passe les cols du Pamir, basculant des paysages arides et peuples de chameaux vers les hauts versants de la vallee d’Alai, verdoyante, ou galopent des chevaux autour des yourtes nomades. Un col, une frontiere, et deux monde complement differents. Pas question de se laisser impressionner par le physique colossale des descendant de Gengis Khan avec leur cou de taureau, leurs epaules d’halterophiles et leurs dents en or pretes a bouffer des troupeaux de moutons. Seule constante, l’irreelle toile de fond des cimes enneigees culminant a 7000 metres. Et quand on croise des gosses au visage brule a vif par l’air et le soleil, galopant sur de folles montures dans d’immenses espaces, l’emotion nous rattrape. Le lien se cree, la magie opere, sublime theatre de leur vie. On leur souhaite de preserver cette liberte pluri-seculaire encore bien longtemps.

Ibrahim and coyourte

Apres avoir lutte des jours durant contre le vent de face avec Delphine, nous avons retrouver la fournaise de la vallee de Ferghana. Cure de fruits et de legumes apres la diete des montagnes et la pire des boissons experimentee depuis notre depart : le kumus, lait de jument fermente qui fait passer le beurre rance de yak pour du nutella. A Bishkek, c’est avec un autre couple de cyclos franco-quebecois, Marie et Guillaume que nous avons fete les 30 ans sur les toits, avec une pasteque d’anniversaire, entre bougies, minarets et lune bienveillante. Sur qu’on reverra ces trois amis sur les routes d’Asie centrale !

equipe bishkek

30 ans

Retour a Osh pour mettre le cap vers la Pamir highway et la vallee de Wahan, des mythes a faire tomber dans notre panier. On attend juste le tonton Richard pour s’elancer sur ce “toit du monde”. Du haut de notre piste, notre vue portera sur l’Afghanistan a un jet de pierre et sur l’Hindu Kush pakistanais.
Ce soir encore, Osh est paisible, elle qui, il y a un an, etait le theatre de violents affrontements entree Ouzbeks et Khirgizes, provoquant une deferlante de 100 000 refugies de l’autre cote de la frontiere. La zone reste deconseillee en ce premier anniversaire des affrontements mais a part les degats de la vodka, les sourires sont revenus dans le bazar de la cite, un des plus grands d’Asie centrale.

Bazar de OshPamir attitude

CENTRAL ASIA, nous voilà !

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Sur la Roue de la SoieNous voila a Osh, ville a la fronhtiere entre l’Ouzbekistan et le Kirghizistan. Enfin, nous pouvons reprendre la main sur notre site web. Nous avons quitte Kashgar pour traverser un premier bout du Pamir. Magnifique. Deja plein de choses a raconter dans notre prochain article. On file a Bishkek faire nos visas et on reprend l’aventure avec le Pamir Tadjik le long de la frontiere afghane… avec un invite surprise dont la venue signifie toujours pleins d’aventures : le tonton Richard. Donc d’ici peu, vous pourrez lire les Aventures de Tonton chez le Tadjiks. Ca promet. Mais pour vous faire patienter, voici un petit extra chinois : la route sud de la Soie et ses mesaventures. De quoi voir la plage estivale autrement…Bonne lecture et encore un enorme merci a tous pour vos messages.

Hotan” en emporte le vent

tempete

Quand on a compris ce qui nous arrivait, nous n’avons eu qu’une minute pour reagir : serrer les sangles des sacoches, s’accroupir derriere le velo et proteger nos visages. Plusieurs kilometres de large, des centaines de metres de haut, un tsunami de sable pousse par un vent d’une puissance inouie qui fait valser les velos. Le karaburan nous a avale. Ne pas ceder a la panique. Emilie pleure. Ca cogite… il parait que ca peut durer plusieurs jours. Regagner le village le plus proche ? Impossible, meme de nous lever. La lumiere est rouge orangee, on est sans repere, incapable de voir a plus de 5 metres quand on parvient a ouvrir les yeux. Ca fouette, ca s’infiltre partout. Reflechir. On pousse les velos jusqu’a une borne ou nous passerons une heure, prostres dans cet enfer. Par instant, on apercoit dans le ciel le halo du soleil… seul indice qui temoigne que ce n’est pas l’Apocalypse. Ne pas ecouter le bruit terrifiant du vent et du sable qui crepite jusque sur les tympans et hurle dans les airs. Notre seul arme, c’est la patience. Les yeux comme la bouche ne sont plus que du sable. On entend encore le tonton Richard nous demandant “vous avez des masques de ski ?”… Une heure d’eternite c’est long. Alors quand le camion d’Alim est arrive, on a saute dedans pour sortir de ces dunes en levitation.

Apres la tempete

avant la tempetePourtant, tout commencait bien sur cette route de la Soie : 115 km en quittant Hotan la veille a midi, on a cru quelques heures que les djins du Taklamakan avaient bien voulu nous offrir le vent en recompense. Mirage. Le vent a tourne, sans rien dire. Puis les colonnes de poussiere dansant dans l’immensite se sont multiplies. Ca aurait du nous alerter. Quand on a apercu la masse sombre a l’horizon, nous pensions que les nuages etaient tombes sur le sol… mais c’etait la terre qui se levait dans les airs.

Apres cet episode, jamais le terme oasis n’a eu autant de sens. On s’est senti comme ces caravanes de la route de la Soie, presses d’atteindre Kashgar, la myhtique d’ou nous ecrivons ces quelques lignes. De belles rencontres sur notre route, de beaux visages, de magnifiques images et notre premier apercu du Pamir, dominant majestueusement la fournaise du Tarim. Cet endroit du monde est a part, carrefour de l’Europe et de l’Asie, il en est hors du temps qui file sur ces continents, il est comme eternel.

Yarkand

TAKLAMAKAN, le désert qui crisse sous la dent.

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Après avoir reçu nos visas kirghizes et rallié Aksu depuis Lanzhou en 40 h de train, nous avons repris les vélos pour un défi : traverser le Taklamakan sur 500 km pour rallier les deux routes (méridionale et septentrionale) de la Soie. Un désert dont le nom signifie “qui s’y rend n’en revient jamais” tant les kara buran, ces redoutables tempête de sable, ont englouti des caravanes entières. Les larges fleuves qui y pénètrent s’y perdent à jamais et ne connaîtront d’autre mer que cet océan de sable que certains appellent d’ailleurs la “mer de la Mort”.
Avec 32 litres d’eau et nos lourds vélos, on s’est “offert” ce mythe. Une traversée pleine de surprises, bonnes et mauvaises. Deux jours de kara buran, et un incessant vent de face. Nos crânes sont devenus des sabliers ou le temps ne s’écoulait plus.

Après avoir reçu nos visas kirghizes et rallié Aksu depuis Lanzhou en 40 h de train, nous avons repris les vélos pour un défi : traverser le Taklamakan sur 500 km pour rallier les deux routes (méridionale et septentrionale) de la Soie. Un désert dont le nom signifie “qui s’y rend n’en revient jamais” tant les kara buran, ces redoutables tempête de sable, ont englouti des caravanes entières. Les larges fleuves qui y pénètrent s’y perdent à jamais et ne connaîtront d’autre mer que cet océan de sable que certains appellent d’ailleurs la “mer de la Mort”.

Avec 32 litres d’eau et nos lourds vélos, on s’est “offert” ce mythe. Une traversée pleine de surprises, bonnes et mauvaises. Deux jours de kara buran, et un incessant vent de face. Nos crânes sont devenus des sabliers ou le temps ne s’écoulait plus.

Soif de chameau

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1,5 litres d’une traite, sous le regard médusé du serveur.Il est 23h et nous venons d’atteindre l’oasis de Mazartag après 100 km de vent de face sur la route transdésert. Oasis, un bien grand mot ! Disons que c’est un des deux frigos qui ponctuent les 460 km de traversée de cet océan de sable. De l’eau fraîche et pas salée ! On en a rêvé pendant des heures dans 45 à 50 degrés sans ombre, la fournaise de l’aube au crépuscule. Nous y sommes, fourbus, trop épuisés pour le réaliser. La brûlure et la tension retombent : ici il y a des murs pour s’abriter du vent qui dessèche, du sable qui fouette. Les effrayantes tronches des hommes qui crèvent la nuit pour entrer dans la lumière de la gargote ne nous font ni chaud ni froid : rien ne peut-être aussi dangereux et impitoyable que le désert. Peut-être même leur ressemblons nous avec nos faces décomposées, nos yeux rouges et notre couche de poussière. Ici, la seule menace est de piquer du nez dans notre assiette de laghman pendant une des coupures d’électricité.

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Mazartag donc. Un bout du monde perdu au milieu des dunes, un cantonement d’ouvriers et des camionneurs qui réparent leur camion de nuit pour ne pas brûler au soleil. Rien de plus. On ne lit pas de sourires sur les visages fatigués, c’est un endroit où la joie a été ensablée, un sursis dans le désert qui tôt ou tard avalera le lieu.

Chez les ouvriers de la route, on espère trouver une douche. “Yok”, pas d’eau. Le patron moustachu semble désolé. M’indiquant le ciel, il conditionne l’arrivée de l’eau à un étrange geste : la main levée il refait tomber ses doigts vers le sol. Je le regarde, inexpressif d’épuisement. Seul l’esprit fonctionne encore un peu pour interpréter son étrange danse : soit il se fout de moi en disant qu’il faut attendre qu’il pleuve (à peu près quand les chameaux auront des plumes), soit il explique que c’est le soleil qui active la pompe à eau. Inch Allah. Le plus dur, c’est d’annoncer qu’on ne peut pas se doucher à Emilie qui en rêvait. Mais comme elle aussi est trop fatiguée pour être déçue…

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Interminable ligne droite. De chaque coté, des carrés de roseaux secs  tentent de freiner l’inexorable avancee du sable sur la route.On se sent seuls ici. En 6 jours, seulement deux véhicules s’arrêteront : le van d’un touriste allemand qui rêverait de faire ce désert à vélo. Et un car plein a crâquer d’où la main du chauffeur est sortie de la fenêtre en tendant 6 bouteilles d’eau fraîches. A ce moment-là, je l’avoue, les heures qui avaient précédé avaient été si rudes que j’ai craque. Des larmes assis au bord de la route. Le pire n’est pas de prendre gifle sur gifle mais plutôt de savoir accepter la caresse inattendue qui surgit. Enfin… les caresses ont été rares.

Quand la chance déserte

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5eme jour. Le vent a encore forci ce matin, et comme depuis le début de la traversée il sera de face. La dune qui nous domine semble débuter sa lévitation. Cette nuit encore il a fallu se lever pour assurer la tente qui se faisait la malle. Le marchand de sable passe et repasse, les grains et la poussière s’infiltrent partout, mais impossible d’avoir une récupération physique suffisante. Les réveils sont un supplice. Les yeux et la gorge brûlent, les lèvres sont blanches de poussières et de sécheresse. Ça craque sous nos dents. Et très vite la soif revient. On boit de l’eau chaude et saumâtre. Qu’est ce qu’on fout là ? Pourquoi les éléments sont-ils contre nous ? Le désert ne veut pas nous laisser sortir. Alors il nous envoie ses sbires : des kara buran, ces murs de sable que lèvent les vents. C’est sournois, ça épuise à petit feu. Les jambes, les nerfs, puis le cerveau. On tente de plaisanter, de fuir cette image obsédante d’une piscine d’eau pétillante aux geysers de sirop de menthe. On se dit que c’est un comble de ne pas trouver dans ce qui est le second désert de sable du monde (autrement dit la deuxième plus grande plage de la planète), une mer. On rit, on hurle, on s’encourage… on vit quoi. C’est la seule arme pour se défendre contre le désert. Est-ce que les chameaux sauvages que l’on croise en font de même ?

La Soie disant Route

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Hotan. On se jette dans la cohue de cette cite qui marque l’arrivée sur la route méridionale de la Soie et la fin de notre traversée du Taklamakan. On a droit à une escorte de Ouigours qui n’en reviennent pas de nous voir sortir du désert. D’une moto a l’autre, le téléphone arabe fonctionne, les pouces se lèvent. Hotan est la capitale Ouigour depuis que Kashgar est reliée par un train qui y déverse 7000 Chinois par jour. Un génocide démographique en passe d’être réussi: 300 000 il y 50 ans, les Chinois Han sont désormais plus nombreux que les 8 millions de Ouigours dans le Xinjiang. Pour nous Hotan est un premier pas vers chez nous : non seulement nous allons désormais pédaler vers l’ouest, mais en plus on se sent proche des Ouigours. Ils ont été manichéens, puis bouddhistes et enfin musulmans. Loin de notre culture pensez-vous ? Pas tant que ça, les Ouigours ont la moitie de leur patrimoine génétique en Europe. Ils sont le fruit de ce carrefour millénaire entre deux univers, les maillons de cette Route de la Soie. Une route dont il ne reste pas à Hotan que les épices, et ce kaléidoscope de visages dont on a du mal à décrocher nos yeux. Des traits européens, asiatiques, des yeux clairs et débrident, des cheveux boucles, des airs slaves parfois. Nous sommes dans un creuset culturel. On se sent si dépayses et en même temps déjà un peu chez nous. ” Tiens regarde, il ressemble à Luc lui ! Et tu t’étais déjà aperçu que Vincent avait une tête de ouigour ?” On voit des traits familiers et amicaux parmi ces gens fiers, dignes et souriants.

En revanche, difficile de trouver des vestiges de la route de la Soie dans la ville : les géniaux ingénieurs les ont réduit en poussière pour dresser leurs affreux bâtiments à la chinoise. Alors a Hotan, il ne reste que les histoires, comme celle-ci qui prête à sourire a l’époque de l’espionnage industriel made in China : au IVe siècle, la fiancée du roi de Hotan, une princesse chinoise un peu trop gâte qui aurait fait sortir le secret de la soie acheminant secrètement dans sa coiffe des vers à soie et des graines de mûriers à Hotan. Un siècle plus tard des moines nestoriens revenant de cette ville ramenèrent les premiers vers à soie en Europe, surprenant les Romains qui croyaient que la soie poussait dans les arbres (tandis que les Chinois pensaient que le coton provenait d’un animal).

Cap à l’ouest, vers Kashgar, ville phare sur la Route de la Soie, ou nous ferons nos adieux à la Chine pour entrer dans d’autres régions mythiques qui sont autant de promesses d’aventures.

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Encore merci pour vos messages. On tarde à les mettre en ligne car il nous est toujours difficile d’accéder à notre site, mais on parvient à les lire et ils nous font toujours autant plaisir.

Folle cavale dans L’HIMALAYA

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15 000 ème kilomètre. Nous sommes à Labrang, un des hauts lieux du bouddhisme. Les pèlerins font tourner les 1174 moulins à prières, progressent par prosternations autour de ce monastère où l’on enseigne théologie, astronomie, ésotérisme, médecine… Mais pour nous, c’est la page tibétaine qui se tourne. Labrang et sa forte minorité musulmane nous donne aussi un avant-goût de ce qui nous attend en Asie Centrale.

Bientôt, nous allons tenter un autre défi : traverser le Taklamakan, ce désert redoutable qui terrassait les caravanes de la Route de la Soie.

Pour l’heure, nous nous remettons de ces 2000 km de haute montagne. La dernière partie a de loin été la plus éprouvante du voyage moralement et physiquement : la météo, l’immensité désolée et sauvage, mais surtout une cavale de 500 km avec la police, des nuits entières à rouler dans la plus grande discrétion. La dernière fois nous disions avoir roulé sur la Lune, cette fois -ci on a roulé sous la Lune.

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Ça bat fort dans la poitrine. La pleine lune frôle la cime de la montagne. Dans quelques minutes, elle éclairera la rue déserte. C’est maintenant ou jamais. A pas de loup, on s’approche du gyrophare qui indique le check point. Pourvu que les policiers ne voient pas nos ombres… On y est presque, retenant notre souffle quand un chien nous repère. Hésitation d’une demi seconde. On enfourche les vélos et fuyons dans la pénombre… Il est 1h30 du matin ce 18 mai et nous venons de franchir notre premier barrage policier en douce, entrant dans un Sichuan du nord fermé aux étrangers. On roule sans autre lumière que les rayons de lune dans les majestueuses gorges de la Dadu He. Pas un bruit sauf le grondement de l’eau, c’est un univers endormi que l’on traverse furtivement. Il va falloir s’y faire, car devant nous, plus de 500 km de montagne clandestine s’alignent.

La raison ? Emeutes et répression policière après qu’un moine tibétain se soit immolé dans un monastère près duquel passe notre route. Les témoins étrangers deviennent gênants pour les autorités. “la route est mauvaise, la météo n’est pas bonne, vous devez faire demi-tour”, voila ce que la veille sur un bitume impeccable et sous un soleil éclatant, la police du barrage nous faisait lire sur un papier ou s’empilaient des prétextes tous aussi ridicules les uns que les autres. Alors, nous aussi on les a pris pour des C.., leur expliquant que ce n’était même pas du français sur leur fichu papier.

4h a leur tenir tête… en vain. Emilie ira même jusqu’à empêcher les policiers de faire leur sieste ou de regarder la télévision, feignant de s’offusquer de leur paresse. Alors, entre rebrousser chemin pour s’ajouter un gigantesque détour ou passer de nuit et suivre la route prévue, on a choisi la seconde option, avec adrénaline en bonus.

Formule Cavale, 5 jours/4nuits, difficulté ****

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Quatre nuits sans dormir pour rouler quand règne Morphée. On passe en noctambules Jinchuan et Barkam, deux villes où la présence policière est importante. Partout et nul part, des caméras de surveillance veillent. Tension palpable. Et puis il y a les check points, 5 au total sur notre route. Parfois, ça passe juste et l’on sent le faisceau d’une lampe torche nous lécher l’arrière des vélos. Mais tout vêtus de noir, difficile de nous repérer une fois que nous sommes passés. Nous roulerons aussi en journée, piquant du nez sur le guidon, parfois suivis par une voiture de police qui hésite à nous arrêter. Ou bien comme à ce croisement stratégique ou une foule se met a hurler “Hello, How are you…” en nous voyant alors que nous tentons de passer discrètement à côté d’un poste de police. Fiasco total, la police incrédule nous regarde. Ça passe… Peut-être était-ce l’heure du déjeuner, peut-être se sont-ils dit que l’on devait avoir une autorisation spéciale, ou tout simplement, étaient-ils découragés d’avance faute de manier l’anglais. En tout cas, on a une bonne étoile. Reste que ces journées débutées à 1h du matin pour pédaler jusqu’a 18h, avec pluie, neige, col a 4000 m et crevaisons pour nous pousser à bout nous ont forgé une volonté d’acier : nous sortir de ce piège et rouler sereins.

Une route pour un mythe

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Retour en arrière, sur la Sichuan-Tibet Road, qui n’a de road que le nom. “Une des plus hautes, difficiles, dangereuses et des plus spectaculaires de la planète”, annonce le guide. Une route pourrie sur laquelle on s’acharne pour passer des cols entre 4000 et 5000 mètres. Des montagnes à perte de vue. Somptueux. On change de saison en “altitudinal” : en bas le printemps explose, en haut l’hiver tenaille des espaces gigantesques. Montées interminables. Ici, nous sommes à contre-courant : derrière nous la route mène à Lhassa et l’on croise tous ceux qui s’y rendent. Ils sont les vitrines de ce qu’est devenue cette cité fantasme : des convois de 4×4 conduits par des Chinois aisés jouant aux rallys, des colonnes de camions militaires qui vont “sécuriser” le Tibet, et puis des dizaines de cyclos chinois allant tous vers l’emblématique cité tibétaine. Nous n’avons pas croisé un seul autre cyclo chinois sur une autre route de Chine. Ils sont tous sur cette Sichuan-Tibet, par cohortes, certains en jeans, d’autres poussant un vélo aux pneus de courses sur cette piste défoncée, d’autres encore ne parvenant plus à respirer à cause de l’altitude.

Nous verrons même un vieil homme qui poussant son vélo vers les froids redoutables des hauts cols, nu pied dans ses baskets (il avait perdu ses chaussettes… et peut être aussi sa tête). Inconscience, folie, bêtise ? Seul compte Lhassa et pouvoir dire qu’ils y sont allés avec leur vélo (plus souvent qu’à vélo). Lhassa n’est plus qu’un nom symbolisant l’aventure pour les Hans, un produit made in China à consommer, un mythe à décrocher pour se le mettre autour du coup. Et tout est si bien fait que même les panneaux mentionnant l’altitude des cols et sous lesquels ils se prennent en photo, sont gonflés de 100 à 200 mètres. Et bientôt, ce sera un bitume parfait qui ouvrira un peu plus large la porte vers Lhassa.

Un coup venu “Danba”

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Tangong, Bamei, nous mettons cap au nord. Et c’est la météo qui se gâte, comme toujours, soudainement. On le sait, 2/3 de l’année les températures sont négatives ici. Après une enième ascension avec sous une enième tempête de neige qui nous brûle le visage, c’est la descente aux enfers. 70 km de plongeon (qu’il faudra bien remonter) vers Danba, 2200 mètres plus bas. Un dénivelé négatif dont on ne pourra pas savourer un seul instant car la pluie, le froid et la boue font équipe contre nous. Du coup, le moral aussi est en chute libre. 48 heures de calvaire et notre salut viendra d’un couple tibétain qui nous ouvrira sans rien demander sa porte sur son univers kitchissime. Une caresse de courte durée puisque le lendemain, nous ne ferons que 6 km avant de nous heurter au barrage de police et débuter notre cavale.

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Nomad’s Land

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Ça tombe fort : 10 cm de neige en moins d’une heure et la tente qui ploie. Il faut se lever plusieurs fois pour déneiger dans la nuit. Mais au mois il ne fait pas trop froid cette nuit. Car notre ennemi dans cette immense prairie d’altitude, c’est le thermomètre. On en arrive à pédaler pour ne pas geler. Et rien pour s’abriter.

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Des steppes plates sur des centaines de km, des yaks, et des murailles enneigées, nous sommes dans les grasslands, terre des nomades goloks. Nous les doublons dans leur transhumance, Du haut de leurs chevaux, ils ont fière allure. Les visages entièrement enturbannes pour ne pas être brûles par le vent glacial, ils agitent en l’air leur longues manches pour canaliser le troupeaux.

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Des silhouettes débordant d’une grâce sauvage. Difficile d’expliquer comment ces carnassiers rougeoyants, reniflant et s’essuyant du revers de la main la graisse de yak qui dégouline de leur bouche, avant de s’allumer une cigarette, peuvent dégager autant de noblesse. A la table des boui-boui, on s’observe fixement; fascination mutuelle.

De quelle bouse je me chauffe !

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Dans ces paysages grandioses, notre distraction vient des aigles immenses dont les ombres nous passent devant les roues, et des marmottes qui détalent. Un désert haut perché où il ne faut rien attendre : notre carte indique des villages qui n’existent pas et a oublié des kilomètres qui existent bien. De toute façon, lorsque se dessine une tente de nomades à l’horizon, ce n’est jamais bon signe : les chiens vont surgirent. Jusqu’ici, on croyait que les pires étaient ceux qui étaient attachés. Mais là, c’est un peu comme si ces chiens fous avaient brisé leurs chaînes et fonçaient droit sur nous, en aboyant “A l’attaque !” Des molosses dont les crocs ont déjà décoré nos sacoches. Alors, réaction à la hauteur de la terreur qu’ils nous inspirent, on prend les plus gros cailloux et on vise la tête de toutes nos forces en hurlant. Nous les amis des animaux, si si, on est devenu enragés !

Notre réconfort quotidien vient de la pause dans les cantonnements des ouvriers de la route. Un poêle et un saut de bouses de yaks pour combustible pour faire cuire nos nouilles chinoises et (Ô luxe !), manger au chaud.

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Manger ; en montagne c’est obsessionnel. 500 g de riz (cru) à deux par repas et des quantités folles de gâteaux et autres cochonneries. Ajoutez à celà des étapes de plus de 110 km a 4000 m d’altitude, et une éternité sans se laver les cheveux, et on s’effraie nous même !!

En tout cas, les monstres que nous sommes, fondent d’émotions en découvrant tous vos messages d’encouragement après ces semaines éprouvantes. Merci c’est essentiel pour nous.

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