Un coup de tampon pour Chypre

Sur le pont avant du navire, seul le bruit de l’étrave se fait entendre. Le sommeil se dissipe lentement du visage des matelots après une nuit bien courte. Mais c’est surtout la beauté du paysage au petit matin qui plonge chacun dans une contemplation. L’eau est limpide et l’île vers laquelle nous naviguons est celle d’Aphrodite, déesse de la beauté. Nous débarquons à Chypre, 3ème île de la Méditerranée. Un paradis coupé en deux depuis bientôt 40 ans : partie turque au nord, grecque au sud et ligne verte au milieu. Ça n’empêche pas les britanniques (qui ont occupé l’île) de venir se faire rougir au soleil.

Une île pour deux mondes

Chypre nord sous le regard d'Ataturk D’ailleurs, au milieu des camions qui débarquent en même temps que nous, nous roulons à gauche. Dans la ville de Girne où nous arrivons l’ambiance est un étrange mélange de Turquie et d’Europe.Cathédrale St Nicolas avec son minaret à Famagusta “Ça ne dépend que d’eux. Ce sont les dirigeant du sud qui ont coulés les dernières négociations et les perceptives de réunification”, nous interpelle un ancien gradé de Chypre nord. Plus tard à Nicosie, seule capitale d’Europe coupée en deux, dans le no man’s land de la ligne verte où tout est figé depuis 1974, un groupe de militants occupe les ruines de bâtiments abandonnés dont certains sont encore criblés de balles. L’ONU, empêtrée dans les lourdeurs administratives ne peut les déloger : “on occupe cette zone pour tirer un trait d’union vers la réunification. Et si les dirigeants des deux parties de l’île s’accordent pour intervenir alors on aura au moins réussi à les mettre d’accord pour une première fois”, ironise un jeune.

Champagne de Noël à la réception de notre pension turque à ChypreL’incursion que l’on fait dans la partie grecque de l’île, celle qui est la plus européanisée, nous fait froid dans le dos. La ligne verte et ses sacs de sable séparent bien deux monde : les prix explosent, le culte du paraître s’impose, le superficiel règne à l’image des vitrines toutes plus clinquantes et tape à l’oeil les unes des autres. Fini aussi les sourires. Demander sa route provoque un réflexe de recul, presque de peur. Chacun sa bulle. En ce 24 décembre, l’ultra-conso bat son plein et nous rend nauséeux. On se sent étranger dans ce monde qui pourtant est le notre. Vite on repasse côté turc,  plus calme et chaleureux. Tant pis, pas de clocher pour Noël mais un kébab et un demi de champagne de Cappadoce que le patron de notre pension ouvrira pour nous.

Préretraite pour cyclos au long cours

Cap sur Karpaz Christian comme voisin

Christian au départ de notre premier bivouac chypriote IMG_2654

A trois, on se sent plus résolus. Christian, patriache cyclopédique en tour du monde depuis 5 ans agite ses mains pour montrer qu’il ne comprend pas pourquoi les militaires nous barrent la route. Il faut dire que nous avons déjà rencontré Christian à 3 reprises en Asie centrale, là où franchir un barrage de police peut être une véritable épreuve de force. Alors, pour lui comme pour nous ce ne sont pas des plantons de Chypre nord qui vont nous empêcher de passer. Bref, chacun de nous trois y met de son talent pour faire céder les soldats. Mais les bougres en treilli tiennent bon… Vestiges à Salamis © A Tour de RouesLe point final de nos négociations sera mis par une détonation à notre gauche suivi d’un sifflement au dessus de nos têtes et, quelques secondes plus tard, d’une déflagration sur notre droite. A ce moment nous comprenons : nous sommes en plein milieu d’un exercice de l’armée de Chypre nord, pile poil sur la trajectoire du canon des chars qui canardent. OK, OK, on s’en va.

Mis à part cette épisode, nous avons passé avec Christian de belles vacances au rythme doux le long des côtes, entrecoupées de baignades, visites et bivouacs de rêve dans la magnifique pointe sauvage de Karpaz.  Une vraie préretraite de cyclo au long cours. En revanche c’est aussi lors de cette agréable parenthèse que nous ferons une rencontre bien écoeurante . Étonnement c’est “une des notre”, une cyclo solo canadienne qui nous a démontré qu’on pouvait faire tenir sur un si petit vélo et dans deux petites sacoches autant de malhonnêteté, de mauvais coups et d’égocentrisme.Au départ de Chypre © A Tour de Roues Une véritable insulte à l’esprit des voyageurs à vélo que l’on a connu depuis 21 mois sur la route !

Même si en ville on nous affirme qu’il n’y a pas de bateau pour retourner en Turquie, un tour au port de Girne et nous voilà avec nos billets pour embarquer dans l’heure. Des fois il ne faut pas chercher à comprendre… Mehmet, le matelot nous attend sur le quai. On embarque sur le bateau réservé aux poids lourds. Une fois de plus, nous allons être au centre de leur curiosité et de leur effluves de cigarettes pendant les 6 heures de traversée. Le vent est violent. Ca promet…

Le soleil se couche sur Tasucu, port d'arrivée en Turquie

Dans quelques jours, la suite de nos aventures avec le récit de la venue d’Elise et Vincent pour une échappée familiale entre la mer et les montagnes : deux semaines pour leur offrir un concentré d’aventures ! A bientôt.