La Turquie c’est Terre d’Aventures en famille

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Ligne de départ !

A Antalya, il y a un Club Med, façon cocktails de douceurs, farniente à volonté, amollissement des chairs (certains appellent ça « détente ») le tout dans un carde de carte postale : une mer limpide, côte escarpée sur un fond de montagnes enneigées. Vue comme ça : un paradis. Parfait pour former deux cyclos stagiaires : Vincent et Elise, venus partager un peu du quotidien de leur frère et d’Emilie. Parfait non pas pour le repos, mais pour avoir un bon aperçu de ce qu’est la longue et interminable lutte du cyclo. Car pour le voyageur à vélo, le fond de montagne enneigées c’est de longues heures de grimpe et de violents chocs thermiques en perspectives. La mer ? Ça veut dire du vent, beaucoup de vent (de face bien sûr) dans des montagnes russes comme seuls les ingénieurs de ponts et chaussées turques savent les faire. Voilà comment la carte postale du Club se transforme en baptême du feu. De quoi faire en quelques jours, de vrais cyclos à partir de touristes de passage !

Il nous aura fallu pédaler comme des forçats pour accueillir Vincent et Elise à temps pour ce qui sera leur premier voyage à vélo. Pluie battante, 1000 mètres de dénivelé quotidien et de longues heures sur la selle jusqu’à Antalya : on donne tout ce qu’on a. Au point que le 31 décembre, un verre de vin suffira à nous coucher à…21h. Mais le 4 janvier, nous sommes à l’aéroport d’Antalya pour réceptionner Vincent et Elise avec leur gros cartons de vélo. C’est parti !

Temps de chienVincent fuit l'orage

Cirali, petit village au fond d’une vallée isolée ouvrant sur la mer. Ce qu’on ignore en y descendant, c’est que contrairement à ce qu’indique la carte, on plonge dans un cul de sac d’où on ne s’extrait que par une raide ascension de 7 kilomètres. Il y a bien une possibilité de sortir en passant une rivière à gué, mais les pluies qui débutent la rendront bientôt infranchissable. Le village est éteint. En guise de comité d’accueil, une chienne nous suit toute heureuse jusqu’à la pension où nous nous installons. Nous l’appellerons Steaka, hommage à la balafre béante et toute fraiche qui lui parcourt la cuisse.

Petite grèle d'hiver Coup durLe lendemain matin on ouvre la porte. Le ciel gris pisse tout ce qu’il peut. Sur le paillasson, la chienne est toujours là, remuant sa queue. Elle ne nous quittera pas. La météo nous contraint à attendre dans cette pension, sorte de bastion hippie défraichi. Quarante années sont passées depuis que le peace and love version turc avait pour capitale ce petit havre de paix, mais les réflexes sont restés là : «  vous voulez aller voir les Chimères ce soir ? Prenez ma voiture, les clés sont sur le contact », nous propose la patronne. Les Chimères, des flammes s’échappant du sol qui ont nourrit bien des histoires depuis l’antiquité. On laisse d’abord le ciel calmer sa colère avec une tempête de grêle et d’éclairs qui grille le réseau électrique. Puis on prend la voiture dans la nuit. Problème Steaka se met à suivre l’auto en courant. Impossible d’accélérer sur ce chemin défoncé par l’orage. On la voit dans nos rétros cavaler tout ce qu’elle peut. Ok, ok, ok, on a pitié, ce n’est pas humain de faire courir un chien blessé sur près de 5 km.

Les ChimèresOn s’arrête et elle bondit illico dans la voiture. Voilà, on est bon pour visiter le site des Chimères avec une chienne errante. Pourtant, à ce moment là on ignore encore combien elle va nous être utile.

Deux entorses au réglement : on prend la voiture et on fait ami ami avec un chienLes Chimères devraient être là par dizaines, brulant dans la nuit sur le flanc de la colline. Mais l’orage a presque tout éteint. Seules trois flammes subsistent. Mais  par un heureux hasard, on s’aperçoit que la chienne adore se faire des « shoot » au méthane : dès qu’elle sent du gaz s’échapper d’entre les rochers, elle y colle la truffe et s’en met une bonne dose. On a juste à la suivre avec un briquet pour rallumer les flammes ! Derrière la chienne, la colline s’embrase. Le spectacle des flammes avec les éclairs dans le ciel est fascinant. Nous qui pensions que ce voyage nous avait fait détester les chiens pour toujours…

Nous quittons Cirali. Au menu : petites routes et gros dénivelés, passage à gué, mer turquoise surmontée de crêtes parfaitement enneigées. Le vent de face et les orages ne nous arrêtent  pas et nous atteignons Ucagiz. De ce petit port entouré d’îlots, nous marcherons jusqu’à ce qui reste de Simena, cité antique qu’un séisme a plongé sous les eaux. De la mer limpide où nous osons une baignade, émerge le haut des tombeaux lyciens.  Ici, c’est la trêve avant de reprendre nos vélos pour attaquer l’épreuve redoutée par nos deux stagiaires : la montagne.

Passage de gué Assaut contre la pluie... et le ridiculeBaignade plutôt fraîche à Kekova Inspiration nocturne lors de la sortie pipi de VincentUcagiz, petit paradis Ucagiz depuis notre balcon :  escale sympathique !

Deux stagiaires à la montagne

Elise cherche ses vêtements« Mon leggins, mon débardeur, mon sous pull,  le T-shirt manches longues de Benjamin, ma polaire, la polaire d’Emilie… j’ai tout mis et je me gèle ». Elise est un peu frileuse, mais c’est vrai que ce matin il pèle méchamment. Pourtant nous ne sommes qu’à 600 mètres et nous serons ce soir trois fois plus haut, où nous devrions encore perdre 7 degrés. Nous rallumons le feu le temps de plier le camp et de regagner au plus vite la route au soleil. La montagne, c’est toujours très beau, mais ça ne fait pas de cadeau. Vélo sans chaîne, cyclo qui peineQuelques instants plus tard, nous voilà en T-shirt, transpirant dans des épingles à s’en décrocher le cœur, sur une piste impraticable sur 15 km qui devait être une route d’après la carte. C’est toujours dans ces moments que les galères s’enchainent comme des perles : cette fois, c’est une crevaison ! Simple crevaison. Etonnant car ces derniers jours, nous nous étions habitués à mieux : deux pneus explosés, un roulement en vrac, un câble de dérailleur cassé, une crevaison par jour, une tige de selle KO… Alors, quand juste avant que la nuit et la neige ne tombent, Vincent nous arrête en criant : « j’ai pété ma chaîne ! », c’est l’excitation du vrai défi mécano !

11.750 km pour un pneu qui n'ira pas plus loin

Ascension vers les cimes pour Vincent Bivouac autour du feu

Vincent entre mer et montagne Barbiers & Cie FIn de journée en montagne pour Elise

Arrivée à Antalya avec tous nos stagiaires sains et saufs

Au final la réparation de la chaîne aura tenu le franchissement du col à 1600 mètres. Puis, c’est le plongeon vers Antalya, un autre univers. Voilà, leur première à vélo est bouclée. Nous allons fêter ça par une douche brulante, un énorme kébap, un barbier (pour Vincent) et du shopping (pour Elise).  Finalement, ce ne sont pas des vacances le voyage à vélo, mais c’est quand même bon, hein ?! Bravo à Elise et Vincent ! Quant à nous, nous revoilà tous les deux, prêts à accueillir d’autres stagiaires sur la route de notre retour.

Dernière montée et toujours partant !

Escapade à Chypre

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Un coup de tampon pour Chypre

Sur le pont avant du navire, seul le bruit de l’étrave se fait entendre. Le sommeil se dissipe lentement du visage des matelots après une nuit bien courte. Mais c’est surtout la beauté du paysage au petit matin qui plonge chacun dans une contemplation. L’eau est limpide et l’île vers laquelle nous naviguons est celle d’Aphrodite, déesse de la beauté. Nous débarquons à Chypre, 3ème île de la Méditerranée. Un paradis coupé en deux depuis bientôt 40 ans : partie turque au nord, grecque au sud et ligne verte au milieu. Ça n’empêche pas les britanniques (qui ont occupé l’île) de venir se faire rougir au soleil.

Une île pour deux mondes

Chypre nord sous le regard d'Ataturk D’ailleurs, au milieu des camions qui débarquent en même temps que nous, nous roulons à gauche. Dans la ville de Girne où nous arrivons l’ambiance est un étrange mélange de Turquie et d’Europe.Cathédrale St Nicolas avec son minaret à Famagusta “Ça ne dépend que d’eux. Ce sont les dirigeant du sud qui ont coulés les dernières négociations et les perceptives de réunification”, nous interpelle un ancien gradé de Chypre nord. Plus tard à Nicosie, seule capitale d’Europe coupée en deux, dans le no man’s land de la ligne verte où tout est figé depuis 1974, un groupe de militants occupe les ruines de bâtiments abandonnés dont certains sont encore criblés de balles. L’ONU, empêtrée dans les lourdeurs administratives ne peut les déloger : “on occupe cette zone pour tirer un trait d’union vers la réunification. Et si les dirigeants des deux parties de l’île s’accordent pour intervenir alors on aura au moins réussi à les mettre d’accord pour une première fois”, ironise un jeune.

Champagne de Noël à la réception de notre pension turque à ChypreL’incursion que l’on fait dans la partie grecque de l’île, celle qui est la plus européanisée, nous fait froid dans le dos. La ligne verte et ses sacs de sable séparent bien deux monde : les prix explosent, le culte du paraître s’impose, le superficiel règne à l’image des vitrines toutes plus clinquantes et tape à l’oeil les unes des autres. Fini aussi les sourires. Demander sa route provoque un réflexe de recul, presque de peur. Chacun sa bulle. En ce 24 décembre, l’ultra-conso bat son plein et nous rend nauséeux. On se sent étranger dans ce monde qui pourtant est le notre. Vite on repasse côté turc,  plus calme et chaleureux. Tant pis, pas de clocher pour Noël mais un kébab et un demi de champagne de Cappadoce que le patron de notre pension ouvrira pour nous.

Préretraite pour cyclos au long cours

Cap sur Karpaz Christian comme voisin

Christian au départ de notre premier bivouac chypriote IMG_2654

A trois, on se sent plus résolus. Christian, patriache cyclopédique en tour du monde depuis 5 ans agite ses mains pour montrer qu’il ne comprend pas pourquoi les militaires nous barrent la route. Il faut dire que nous avons déjà rencontré Christian à 3 reprises en Asie centrale, là où franchir un barrage de police peut être une véritable épreuve de force. Alors, pour lui comme pour nous ce ne sont pas des plantons de Chypre nord qui vont nous empêcher de passer. Bref, chacun de nous trois y met de son talent pour faire céder les soldats. Mais les bougres en treilli tiennent bon… Vestiges à Salamis © A Tour de RouesLe point final de nos négociations sera mis par une détonation à notre gauche suivi d’un sifflement au dessus de nos têtes et, quelques secondes plus tard, d’une déflagration sur notre droite. A ce moment nous comprenons : nous sommes en plein milieu d’un exercice de l’armée de Chypre nord, pile poil sur la trajectoire du canon des chars qui canardent. OK, OK, on s’en va.

Mis à part cette épisode, nous avons passé avec Christian de belles vacances au rythme doux le long des côtes, entrecoupées de baignades, visites et bivouacs de rêve dans la magnifique pointe sauvage de Karpaz.  Une vraie préretraite de cyclo au long cours. En revanche c’est aussi lors de cette agréable parenthèse que nous ferons une rencontre bien écoeurante . Étonnement c’est “une des notre”, une cyclo solo canadienne qui nous a démontré qu’on pouvait faire tenir sur un si petit vélo et dans deux petites sacoches autant de malhonnêteté, de mauvais coups et d’égocentrisme.Au départ de Chypre © A Tour de Roues Une véritable insulte à l’esprit des voyageurs à vélo que l’on a connu depuis 21 mois sur la route !

Même si en ville on nous affirme qu’il n’y a pas de bateau pour retourner en Turquie, un tour au port de Girne et nous voilà avec nos billets pour embarquer dans l’heure. Des fois il ne faut pas chercher à comprendre… Mehmet, le matelot nous attend sur le quai. On embarque sur le bateau réservé aux poids lourds. Une fois de plus, nous allons être au centre de leur curiosité et de leur effluves de cigarettes pendant les 6 heures de traversée. Le vent est violent. Ca promet…

Le soleil se couche sur Tasucu, port d'arrivée en Turquie

Dans quelques jours, la suite de nos aventures avec le récit de la venue d’Elise et Vincent pour une échappée familiale entre la mer et les montagnes : deux semaines pour leur offrir un concentré d’aventures ! A bientôt.

La mer en fil d’Ariane

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Petits pêcheursnprès d'Antioche

Voilà voilà, l’aventure se poursuit. On est resté silencieux de longues semaines mais pas inactifs pour autant ! Juste quelques jours de balades à Chypre avant de foncer sur Antalya pour réceptionner Vincent et Elise, le frère et la soeur venus partager un peu de ce qui a été notre quotidien ces 20 derniers mois. Alors commençons par vous raconter la fin de notre année 2011 entre Turquie et l’île de Chypre. En voici la première partie.


IMG_1341 28 novembre 2011. Les retrouvailles se font dans une fin de journée ensoleillée : elle est là, valse sur les galets, nous ouvrant un horizon plat où se couche le soleil. Il n’y a que le doux bruit des vagues. Nous revoilà face à notre mer qui nous mènera chez nous. On ne peut plus se perdre. Au sud, on voit la Syrie. Derrière nous, la route mène à Hatay, l’ancienne Antioche, cité des croisades, des premiers apôtres et des plus belles mosaïques au monde. Clocher et minaret à Hatay (Antioche)Aujourd’hui musulmans, juifs, chrétiens y vivent ensemble et en paix. Une paix dont les visages métissés descendant de païens grecs et romains, de chevaliers croisés, d’orthodoxes arméniens, de musulmans ottomans ou des arabes sont les garants. Face à la Méditerranée nous mettons cap au nord. Piste déserte et somptueuse entre mer et montagne. On la voudrait sans fin. Et quand on parvient au premier village, c’est pour planter notre tente au milieu des mandariniers ployant sous leurs fruits mûrs. Kilométriquement les journées sont courtes. A chaque village son invitation pour un çay, des kilos de clémentines, des pides sortant du four.Mozaïque à Hatay Les nuits, elles, sont animées : les sangliers tournent autour de la tente, les chauves-souris géantes hurlent, les pêcheurs font péter leur TNT et les chiens, ah les chiens, se chargent du réveil. On a pas fait les fiers le jour où 6 kangals (des monstres appelés chiens) en patrouille matinale sont tombés sur notre bivouac. Ça grogne et ça aboie tout autour de la tente. On s’en sortira en restant immobile, étouffant notre respiration dans nos duvets histoire de se faire oublier de la meute. Ça prendra tout de même 3/4 d’heure !

© A Tour de Roues Récolte du coton près d'Hatay © A Tour de Roues Bivouac en bord de mer près d'Hatay Réveil vitaminé

Un sprint pour un pote

Kadir me prête son tricycle à MersinDans une main, le téléphone avec un message signé de Kadir, le collègue, l’ami : “je prends un avion demain pour Mersin alors pédalez !!!” . Dans l’autre, la carte qui froidement aligne les dizaines de kilomètres nous séparant de la grande cité portuaire. La bonne surprise de Kadir s’avère être un véritable défi : abattre 230 km en une journée et demi à travers le delta au sud d’Adana. Un sprint dans un labyrinthe de petites routes anonymes et tortueuses. “Même si vous réussissez par miracle à trouver votre chemin, vous ne serez jamais à temps à Mersin ” s’esclaffe un vieil homme à qui on demande notre route. Sans doute ignorait-il combien ça motive de retrouver un ami qui n’hésite pas à prendre un avion d’Istanbul pour vous accueillir dans l’appartement familial. Reste qu’après une journée de plus de 8h, 150 km vent de face, dont un bout à rouler sur une autoroute de nuit, nous reconnaissons une grande silhouette familière qui traverse la rue et s’approche de nous : c’est celle de Kadir. Madame Notre Voisine à MersinOn a réussi. C’est qu’il faut pédaler fort pour être à la hauteur des potes ! Ces moments passés avec lui nous permettrons de connaître un peu plus les subtilités de ce pays qui nous plait tant.  Merci aux parents de Kadir, car la grosse semaine passée dans l’appartement de Mersin nous a permis de nous reposer dans le confort de la vie sédentaire et de commencer à réfléchir à l’avenir au retour. Merci aussi à Madame la Voisine, particulièrement attentionnée à l’égard de ses nouveaux voisins français.

Miss aubergine Mosquée à Hatay Ataturk chez le boucher

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