Au sommet

Reveil glacialLa morsure du froid est telle que même dans la tente, collées à nos duvets, nos gourdes gèlent. Et nous aussi. La nuit en Djavakhetie, sur un plateau à 2200 mètres entre Géorgie, Turquie et Arménie, la survie ne tient qu’à un bon duvet. Contrée sauvage peuplée d’Arméniens, ces montagnes nous offrent le film somptueux de leurs paysages où les lacs se font peu à peu prendre par les glaces. Le ciel est bleu, la terre est nue, les hommes luttent contre le froid à grands coups de chaleur humaine et de simplicité.

On pédale contemplatifs quand une Lada s’arrête devant nous, le canon d’un fusil sort par la fenêtre du passager et deux détonations claquent. Sur le bord de la route, une nuée d’oiseaux s’envole, sauf un. Un des occupants de l’auto, fier de son tir devant les deux femmes assises à l’arrière, sort le ramasser avant de reprendre la route. C’est comme ça ici : pas de fleuriste, pas de pâtissier… alors quand on va chez des amis, on amène ce qu’on trouve.

Le boire pour le croire

Epiciere de villageAvant d’atteindre l’air sec et limpide de la Djavakhetie, il nous a fallu sortir des brumes. Celle des vallées au-dessus de Tbilissi : deux jours trempés et frigorifiés à ne pas voir à plus de 5 mètres. Heureusement, il y avait la richesse de ces pauvres gens qui n’ont à vous offrir que le poêle à bois et leur sourire édenté. Des gens contre qui la vie et l’histoire se sont acharnées mais qui ont une telle dignité qu’elle vous donne une leçon pour le reste de votre existence.

Et puis il y a eu les brumes des lendemains de soirées Géorgiennes. A Tbilissi, nos hôtes, Marina et Zaza, nous ont invités à une soirée avec leurs amis. Il faut le boire pour le croire. Zaza, ancien champion soviétique de natation a des épaules à faire peur à un rugbyman. Soiree chez des amis a TbilissiPlus impressionnant : sa soif et son hospitalité sont à la même échelle. Résultat : quand après avoir trinqué à l’Amour, aux femmes, à la Géorgie, à la France, à l’amitié franco-géorgienne, à Emilie, à Benjamin, aux enfants, aux belles-mères, à la tradition, à la famille, au sport, à la paix, au voisinage, au narguilé qui ne veut pas s’allumer… (le reste on a oublié), Zaza s’est envoyé 10 litres de vin tout en affichant une sobriété de circonstance . Cet art du repas et du toast s’appelle le Tamada. Expérience inoubliable mais qui anéantit toute capacité de pédalage le lendemain. Reste qu’après une nuit où on a cru que notre lit s’était métamorphosé en raft, Zaza nous a accueilli dans la cuisine en levant un verre … de bière à notre santé.

Retour en terre conquise

Il est juste à 100 mètres et pourtant le sol turc se dérobe à nos espoirs. Le petit poste frontière où nous nous présentons est fermé. Raison inconnue. Les soldats qui nous ont interceptés ne lâchent rien. Demi-tour, la boule au ventre, 60 km de montagne pour rien, ça rend amer. D’autant que derrière la frontière nous attendent les amis Suisses, Marie-Jo et Rodolphe, ainsi qu’un beau symbole : celui de regagner une terre connue, aimée, d’avoir bouclée la boucle, accompli le programme que nous nous étions fixé, revenir sur ce qui fut, il y a 17 mois, notre dernière marche européenne, et qui sonne aujourd’hui comme la première de notre retour. Demi-tour donc pour un détour de plus de 100 km. Mais l’impatience des retrouvailles poussera Rodolphe et Marie-Jo à venir à notre rencontre côté géorgien. On se retrouve dans le froid de la nuit, dans un chemin au milieu des champs, de nul part… chez nous quoi ! Le lendemain, on remonte sur nos vélos pour franchir la symbolique frontière Géorgie – Turquie avec une amicale accolade du douanier turc aux yeux bleus.

Six jours de vacances

33 ans a Dyarbakir, Turquie

MJ et RodVertige géographique. Tout file si vite. Même les ascensions, les cols enneigés. Dans le camion de Marie-Jo et Rodolphe, nous célébrons le gruyère suisse, surfons sur la 3G dans les campagnes Est-anatoliennes et nous réchauffons à grand renfort de tisanes helvétiques. Ainsi nous passons une zone sensible où nous n’avions pas envie de jouer les touristes : Van porte les stigmates du meurtrier séisme qui l’a frappé quelques jours plus tôt et le Kurdistan est sous tension avec son cycle offensives/représailles entre la guérilla et l’armée d’Ankara. Zone très militarisée, on a eu du mal à trouver des bivouacs en sécurité. Quant aux tempêtes de vent, elles nous ont tenu plusieurs nuit éveillés. Mais on a reussi à passer une belle soirée pour les 33 ans d’Emilie dans le caravenserail de Dyarbakir. Et puis ce fut la reprise, avec des vélos remis en état. Comme une rentrée des classes…

La clinique du velo Operation sans anesthesie a la clinique des velos © A Tour de Roues - Rodolphe S.

Dans les neiges du Mont Nemrut

Ascencion du Nemrut et premieres neiges Nemrut

Nemrut10 km pour grimper plus de 1100 mètres de dénivelé. Même sans les sacoches, l’ascension pour le mythique mont Nemrut à 2150 mètres est un beau morceau. Après 6 jours sans pédaler, il fallait bien ça pour canaliser l’énergie accumulée. Mais les 3 derniers km sont redoutables : pentes extrême et vent glacial balayant l’étroite bande de route déneigée courant sur la crête. Heureusement, les voitures de touristes turcs nous font une haie d’honneur et la vue sur le lac Ataturk et l’Euphrate est prodigieuse. On laisse les vélos pour gravir à pied les 200 derniers mètres de dénivelé dans la neige et la rocaille. Puis nous voilà dans un autre monde, celui de ces visages de pierres faisant face au couchant, pluri-millénaires, oubliés sur leur mont pendant des dizaines de siècles. Ils ne semblent plus faire partie du monde des mortels, présents sans l’être. Comme si ces visages de Zeus, d’Apollon, d’Hercule émergeant de la neige étaient entrés dans l’éternité. D’ailleurs le froid nous saisi déjà à mesure que le soleil décline. Pauvres vivants nous devons redescendre laissant ces mythiques statues à la pleine lune qui vient leur rendre visite. Le lendemain, la neige tombera plongeant ces colosses dans leur long hivernage annuel. La chance nous a donc sourit en nous laissant les portes célestes du mont Nemrut ouvertes le temps d’une ascencion à vélo.

Nemrut Nemrut

Nemrut

Baklava bien

Accueil a Gaziantep

Les bivouacs sous les pistachiers nous avaient mis au parfum : notre route, par le plus heureux des hasards, croise la capitale mondiale du baklava : Gaziantep. Autres delices de GaziantepNous y voilà donc, contraints par le temps maussade d’y rester plusieurs jours. Alors, comme on enchaîne plus de calories que de kilomètres, on se donne bonne conscience en dédiant les baklavas par centaines de grammes à Luc et Ingrid (baklavaddicted), à parrain dont c’est l’anniversaire, au cap des 150 000 mètres de dénivelé grimpés (17 Everest tout de même !)… On prendra ensuite la direction du sud pour longer la frontière avec la Syrie jusqu’à l’ancienne Antioche. On prend le temps de savourer cette Turquie si acceuillante. Le geste n’a pas changé, le pouce et l’index se joignent pour tourner une invisible petite cuillère, c’est l’invitation au çay, prélude de bien d’autres gestes d’hospitalité. Entre les amis qu’il nous reste à nous faire et ceux de notre précèdent passage que l’on veut revoir, la Turquie risque de nous occuper un petit moment. Tant mieux !

Mise au point matériel : sacoches Vaude ou Ortlieb ?

Une fois n’est pas coutume, on tient à sortir un carton rouge, qui, on l’espère aidera les cyclos en préparation à répondre à la question : sacoches Vaude ou sacoches Ortlieb ? Nous avions choisi Vaude et on le regrette. Outre quelques soucis de fermetures (pressions qui cèdent) dès le 4 ème mois de voyage, ce sont les coutures thermo-soudées qui se sont décollées depuis la Chine. Plus étanches, ces sacoches ne valent plus rien. Un gros désagrément qu’à égalementrencontrée une amie cyclo canadienne. Probleme sur les sacoches VaudeMais plus problématique encore, Vaude France n’a pas répondu à nos appels à l’aide et nos relances. Seule solution proposée par notre revendeur : ramener les sacoches au magasin pour les examiner (difficile vue la distance) pretextant que Vaude n’avait jamais eu de defaut de ce type sur leurs sacoches. Dommage qu’à la différence des marques références dans l’outdoor, Vaude France ne ne soit pas à l’écoute des cyclos qui éprouvent au long cours leur matériel et ne daigne même pas proposer la moindre solution adaptée aux voyage au long cours. Conclusion, Vaude nous apparait comme en dessous du niveau recquis pour ce genre d’aventures.