IMG_7736 petite IMG_7667 petite

Après avoir reçu nos visas kirghizes et rallié Aksu depuis Lanzhou en 40 h de train, nous avons repris les vélos pour un défi : traverser le Taklamakan sur 500 km pour rallier les deux routes (méridionale et septentrionale) de la Soie. Un désert dont le nom signifie “qui s’y rend n’en revient jamais” tant les kara buran, ces redoutables tempête de sable, ont englouti des caravanes entières. Les larges fleuves qui y pénètrent s’y perdent à jamais et ne connaîtront d’autre mer que cet océan de sable que certains appellent d’ailleurs la “mer de la Mort”.
Avec 32 litres d’eau et nos lourds vélos, on s’est “offert” ce mythe. Une traversée pleine de surprises, bonnes et mauvaises. Deux jours de kara buran, et un incessant vent de face. Nos crânes sont devenus des sabliers ou le temps ne s’écoulait plus.

Après avoir reçu nos visas kirghizes et rallié Aksu depuis Lanzhou en 40 h de train, nous avons repris les vélos pour un défi : traverser le Taklamakan sur 500 km pour rallier les deux routes (méridionale et septentrionale) de la Soie. Un désert dont le nom signifie “qui s’y rend n’en revient jamais” tant les kara buran, ces redoutables tempête de sable, ont englouti des caravanes entières. Les larges fleuves qui y pénètrent s’y perdent à jamais et ne connaîtront d’autre mer que cet océan de sable que certains appellent d’ailleurs la “mer de la Mort”.

Avec 32 litres d’eau et nos lourds vélos, on s’est “offert” ce mythe. Une traversée pleine de surprises, bonnes et mauvaises. Deux jours de kara buran, et un incessant vent de face. Nos crânes sont devenus des sabliers ou le temps ne s’écoulait plus.

Soif de chameau

IMG_7624

1,5 litres d’une traite, sous le regard médusé du serveur.Il est 23h et nous venons d’atteindre l’oasis de Mazartag après 100 km de vent de face sur la route transdésert. Oasis, un bien grand mot ! Disons que c’est un des deux frigos qui ponctuent les 460 km de traversée de cet océan de sable. De l’eau fraîche et pas salée ! On en a rêvé pendant des heures dans 45 à 50 degrés sans ombre, la fournaise de l’aube au crépuscule. Nous y sommes, fourbus, trop épuisés pour le réaliser. La brûlure et la tension retombent : ici il y a des murs pour s’abriter du vent qui dessèche, du sable qui fouette. Les effrayantes tronches des hommes qui crèvent la nuit pour entrer dans la lumière de la gargote ne nous font ni chaud ni froid : rien ne peut-être aussi dangereux et impitoyable que le désert. Peut-être même leur ressemblons nous avec nos faces décomposées, nos yeux rouges et notre couche de poussière. Ici, la seule menace est de piquer du nez dans notre assiette de laghman pendant une des coupures d’électricité.

IMG_7484 petite

Mazartag donc. Un bout du monde perdu au milieu des dunes, un cantonement d’ouvriers et des camionneurs qui réparent leur camion de nuit pour ne pas brûler au soleil. Rien de plus. On ne lit pas de sourires sur les visages fatigués, c’est un endroit où la joie a été ensablée, un sursis dans le désert qui tôt ou tard avalera le lieu.

Chez les ouvriers de la route, on espère trouver une douche. “Yok”, pas d’eau. Le patron moustachu semble désolé. M’indiquant le ciel, il conditionne l’arrivée de l’eau à un étrange geste : la main levée il refait tomber ses doigts vers le sol. Je le regarde, inexpressif d’épuisement. Seul l’esprit fonctionne encore un peu pour interpréter son étrange danse : soit il se fout de moi en disant qu’il faut attendre qu’il pleuve (à peu près quand les chameaux auront des plumes), soit il explique que c’est le soleil qui active la pompe à eau. Inch Allah. Le plus dur, c’est d’annoncer qu’on ne peut pas se doucher à Emilie qui en rêvait. Mais comme elle aussi est trop fatiguée pour être déçue…

IMG_7617 petite IMG_7601 petite

IMG_7519 petite IMG_7580 petite

Interminable ligne droite. De chaque coté, des carrés de roseaux secs  tentent de freiner l’inexorable avancee du sable sur la route.On se sent seuls ici. En 6 jours, seulement deux véhicules s’arrêteront : le van d’un touriste allemand qui rêverait de faire ce désert à vélo. Et un car plein a crâquer d’où la main du chauffeur est sortie de la fenêtre en tendant 6 bouteilles d’eau fraîches. A ce moment-là, je l’avoue, les heures qui avaient précédé avaient été si rudes que j’ai craque. Des larmes assis au bord de la route. Le pire n’est pas de prendre gifle sur gifle mais plutôt de savoir accepter la caresse inattendue qui surgit. Enfin… les caresses ont été rares.

Quand la chance déserte

IMG_7575 petite

5eme jour. Le vent a encore forci ce matin, et comme depuis le début de la traversée il sera de face. La dune qui nous domine semble débuter sa lévitation. Cette nuit encore il a fallu se lever pour assurer la tente qui se faisait la malle. Le marchand de sable passe et repasse, les grains et la poussière s’infiltrent partout, mais impossible d’avoir une récupération physique suffisante. Les réveils sont un supplice. Les yeux et la gorge brûlent, les lèvres sont blanches de poussières et de sécheresse. Ça craque sous nos dents. Et très vite la soif revient. On boit de l’eau chaude et saumâtre. Qu’est ce qu’on fout là ? Pourquoi les éléments sont-ils contre nous ? Le désert ne veut pas nous laisser sortir. Alors il nous envoie ses sbires : des kara buran, ces murs de sable que lèvent les vents. C’est sournois, ça épuise à petit feu. Les jambes, les nerfs, puis le cerveau. On tente de plaisanter, de fuir cette image obsédante d’une piscine d’eau pétillante aux geysers de sirop de menthe. On se dit que c’est un comble de ne pas trouver dans ce qui est le second désert de sable du monde (autrement dit la deuxième plus grande plage de la planète), une mer. On rit, on hurle, on s’encourage… on vit quoi. C’est la seule arme pour se défendre contre le désert. Est-ce que les chameaux sauvages que l’on croise en font de même ?

La Soie disant Route

IMG_7754

Hotan. On se jette dans la cohue de cette cite qui marque l’arrivée sur la route méridionale de la Soie et la fin de notre traversée du Taklamakan. On a droit à une escorte de Ouigours qui n’en reviennent pas de nous voir sortir du désert. D’une moto a l’autre, le téléphone arabe fonctionne, les pouces se lèvent. Hotan est la capitale Ouigour depuis que Kashgar est reliée par un train qui y déverse 7000 Chinois par jour. Un génocide démographique en passe d’être réussi: 300 000 il y 50 ans, les Chinois Han sont désormais plus nombreux que les 8 millions de Ouigours dans le Xinjiang. Pour nous Hotan est un premier pas vers chez nous : non seulement nous allons désormais pédaler vers l’ouest, mais en plus on se sent proche des Ouigours. Ils ont été manichéens, puis bouddhistes et enfin musulmans. Loin de notre culture pensez-vous ? Pas tant que ça, les Ouigours ont la moitie de leur patrimoine génétique en Europe. Ils sont le fruit de ce carrefour millénaire entre deux univers, les maillons de cette Route de la Soie. Une route dont il ne reste pas à Hotan que les épices, et ce kaléidoscope de visages dont on a du mal à décrocher nos yeux. Des traits européens, asiatiques, des yeux clairs et débrident, des cheveux boucles, des airs slaves parfois. Nous sommes dans un creuset culturel. On se sent si dépayses et en même temps déjà un peu chez nous. ” Tiens regarde, il ressemble à Luc lui ! Et tu t’étais déjà aperçu que Vincent avait une tête de ouigour ?” On voit des traits familiers et amicaux parmi ces gens fiers, dignes et souriants.

En revanche, difficile de trouver des vestiges de la route de la Soie dans la ville : les géniaux ingénieurs les ont réduit en poussière pour dresser leurs affreux bâtiments à la chinoise. Alors a Hotan, il ne reste que les histoires, comme celle-ci qui prête à sourire a l’époque de l’espionnage industriel made in China : au IVe siècle, la fiancée du roi de Hotan, une princesse chinoise un peu trop gâte qui aurait fait sortir le secret de la soie acheminant secrètement dans sa coiffe des vers à soie et des graines de mûriers à Hotan. Un siècle plus tard des moines nestoriens revenant de cette ville ramenèrent les premiers vers à soie en Europe, surprenant les Romains qui croyaient que la soie poussait dans les arbres (tandis que les Chinois pensaient que le coton provenait d’un animal).

Cap à l’ouest, vers Kashgar, ville phare sur la Route de la Soie, ou nous ferons nos adieux à la Chine pour entrer dans d’autres régions mythiques qui sont autant de promesses d’aventures.

IMG_7524

Encore merci pour vos messages. On tarde à les mettre en ligne car il nous est toujours difficile d’accéder à notre site, mais on parvient à les lire et ils nous font toujours autant plaisir.