Yak’à monter

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Nous voilà à Shangrila, 3300 mètres. La porte du Tibet historique. Les touristes débarquent en bus y souffent du mal des montagnes. Alors pour eux, nous sommes des extra-terrestres, des héros qu’il convient de prendre en photo. Nous n’avons pour mérite que celui de la sueur et de la lenteur mais nous nous prêtons au jeu des poses et des accolades, V de Victoire en avant (les asiatiques adorent). Il y en a même un qui nous a fait une révérence, genou au sol !

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Mais en parvenant jusque là, nous avons avant tout gagné le droit de nous lancer à l’assaut d’une des plus rudes et belles régions du globe. D’ici nous allons commencer par 400 km de piste pour rejoindre le village tibétain de Litang, après 4 cols entre 4500 et 4700 m. Mais ça, on vous le racontera plus tard…

La montagne, ca creuse

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Depuis notre départ de Lijiang (nous avons opté pour le bus couchette pour sortir de Kunming), c’est l’apprentissage de la haute montagne. Le retour du froid, des caprices du vent, les longues, très longues ascensions, répétées chaque jour. Des centaines de kilomètres de montées suivies de plongeons dans des vallées isolées, loin du 21eme siècle. Chacune y abrite une ethnie aux parures étonnantes. Les visages y sont tanés, captivants, marqués par cette vie montagnarde. On y a croisé nos premiers yaks, nos premières langues de neige, nos premiers cols a 3000 mètres, nos premiers stupas, et depuis peu, nos premiers tibétains. Beaucoup de premières qui ennivrent et recompensent des journées d’ascension. Les paysages y sont grandioses. Lorsque l’on se retourne, on voit la route sinueuse se hissant le long des versants : des kilometres de souffrances, des heures, des jours de pédalages qui tiennent sur quelques encablures à vol d’oiseau. Mais le plus dur, reste de gérer notre appetit. Gargantuesque !

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Le saut du Tigre n’entrave pas la bave des deux escargots

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Plusieurs tonnes de rochers obstruent une partie de la route tandis que l’autre a été  emportée, 600 mètres de vide plus bas. L’éboulement pourrait en entrainer d’autres. Il faut faire vite. Dans les gorges du Saut du tigre comptant parmi les plus profondes du monde, la route n’a gagné qu’un droit de passage temporaire sur la paroi vertigineuse. 3900 mètres a pic, des cîmes aux eaux courroucées du Yangtze. Le voyageur, gorge oblige, peut vite s’y faire avaler : pas ou peu de garde fou d’un côté, rochers instables de l’autre. ça monte et ça descend. Parfois dans les virages en descente, on se suprend a penser à la fiabilité du serrage rapide des roues avant ou au brevets déposés sur les freins VBrakes. Et puis bizaremenent on préfère arrêter de se polluer l’esprit avec de pareils considérations techniques…

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Le Tigre, dit la légende, aurait tenté de franchir d’un bond le Yangtze en contrebas. Sa fin tragique donna son nom aux gorges.Nous ne donnerons pas notre nom aux gorges, franchissant sans encombres le chaos de rochers effondres en portant une a une nos sacoches.Et tant mieux, car nos compagnons de route, tout drapés de blanc et culminant au-dela des 5000 mètres nous attendaient.Nous vous laissons, un peu frustré de ne pouvoir mettre en ligne toute les photos. On les garde de côté et dès qu’on peut, on vous offre encore plus de voyage en images.

Chin’Chin’ pour notre anniversaire

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L’émotion du passage de la frontière cède très vite la place à une question : qui devance qui ? Doublés par des nuées de scooters électriques ayant leur propre voie de circulation, ébahis par les panneaux solaires omniprésents, on se demande bien si la Chine n’a pas déjà fait le Grand Bond vers Demain pendant que l’Occident s’oublie à la critiquer. Ca fait bizarre pour un occidental de se rendre compte que l’Empire du Milieu est tout autant au centre du monde que le sien, et qu’il n’est pas seulement puissant par ses faiblesses (faiblesses du droit du travail qui en fait une terre de délocalisations, faiblesse sur les droits de l’Homme qui en fait un Diable au yeux du monde).

Made in China

Il y a eu dans cette gigantesque civilisation des détails qui ont fait l’Histoire occidentale. L’ère féodale, essentielle pour la construction de l’Europe, reposait sur la puissance des cavaliers et de leurs lourdes armures. Mais jamais un de ces hommes de fer n’aurait pu tenir sur son cheval sans un détail capital : l’étrier. Un détail venu de Chine, qui l’a inventé au 4ème siècle.

Et avec quoi se termine l’ère féodale ? La poudre à canon. Encore venue de Chine ou elle servait aux feux d’artifices. L’atelier du monde a toujours été : la boussolle qui nous guide, l’imprimerie, la courroie, l’horloge, le harnais, le papier, les oranges, abricots, peches, roses, azalées; pivoines… autant de choses parmi d’autres “originaly made in China”. Notre ancien monde est-il si ancien ?

[R]Evolution chinoise

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C’est par le Yunnan que nous entrons en Chine. Et tout ce que l’on avait prévu explose: les Chinois que l’on pensait froids sont accueillants, souriants, calmes, au pire, gentiment indifférents. Les vieux (car ils le sont), eux qui ont pris la claque du Grand Bond en Avant, le revers de la Révolution culturelle (et ses famines), et qui aujourd’hui assistent au spectacle du capitalisme auquel ils ne comprennent rien, nous regardent passer comme des OVNIS.
On quitte Hékou, ville frontière, qui comme beaucoup de villes chinoises n’est qu’un gigantesque centre commercial où déambulent des Chinoises aux belles jambes (et à l’air gauche sur leurs talons trop hauts). Cap sur un autre monde à un jet de pierre : la campagne.
Là encore, nouvelle surprise : la route figurant sur notre carte et qui s’enfonce au fond de la vallée du fleuve Rouge n’est plus. La vallée non plus  d’ailleurs. Tout est noyé sous les eaux d’un lac tout neuf avec son gros barrage, juste achevé. Ce qui reste émergé n’est qu’un chantier autoroutier à flanc de montagne sur plusieurs centaines de kilomètres.
Des dizaines de viaducs se construisent en même temps dans des conditions très rudes. Les villageaois expropriés habitent des camps, heu… pardon, des “villages”. Leur vie paysanne déjà dure est à reconstruire sur ce que l’autoroute et le barrage voudront bien leur laisser comme terre.

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A la place de la route, il ne nous reste qu’une piste poussiéreuse avec ses kilomètres à l’horizontal comme à la verticale. C’est beau, difficile, mais les bivouacs sont de belles récompenses, comme celui au milieu des rizières en terrasses.

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Sensations en revanche lorsqu’avec nos lourds vélos, il faut franchir les 250 m, d’un pont tout juste flottant, glissant, et avec des dizaines de mètres d’eau sombres sous nos pieds.

Dans les contreforts d’un géant

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Puis il nous a fallu 50 km d’une magnifique ascencion pour nous hisser sur la première marche des contreforts de l’Himalaya à plus de 2000 m, où nous attendait la ravissante ville de Jianshui, avec sa cuisine… qui elle aussi a pris de la hauteur. Un régal en direct : réveil tranquille à Jianshui, cap sur les viennoiseries des Hui (l’ethnie musulmane).
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Midi, direction la cuisisne populaire où contre un ticket de papier crépon, on vous sert d’immense bols où l’on plonge la tête pour s’empifrer de soupe de nouilles froides, de raviolis vapeur à la coriandre… pour quelques centimes. Le soir, comme il fait un peu frais, on choisit les grillades de rue bien épicées. Entre tout ça, des fruits et des légumes. Pointez une aubergine du doigt et elle réapparait quelques minutes plus tard délicieusement cuisinée.
En quittant Jianshui, nous avons découvert que malgré les panneaux d’interdiction aux vélos sur l’autoroute, il est tout à fait normal de prendre la highway à bicyclette. La première, c’est sûr, ca fait drôle de passer le péage avec un grand sourire pour monnaie. Sensation garantie.

Par dessus le Grand Pare-Feu

De notre anonyme chambre d’hotel des faubourgs de Kunming, nous préparons notre mission de subvertion: parvenir à poster ce texte sur notre blog. Impossible d’accéder à A Tour de Roues. fr. Les cybercenseurs chinois y veillent. Mais c’est sans compter la complicité du Dr No (alias Richard) et ses agents double qui se plient en 4 jusqu’à 2 du mat’ pour que ce site puisse vivre malgré la chappe de plomb chinoise. On tiens à leur dire un grand merci pour tout ce qu’ils font pour vous apporter sur vos écrans les saveurs de notre voyage.

Un an : selle anniversaire !!!

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Voilà un an, on s’élancait avec nos cernes, nos larmes, nos vélos trop lourds, et nos jambes en guimauves
à l’assaut du monde. Finalement il est petit le monde. On peut s’y balader à vélo. C’est en revanche le quotidien sédentaire qui est gigantesque, si vaste qu’on s’y perd parfois toute sa vie. Le monde est donc bien à portée de jambes, et le monde est beau et bon. On apprend lentement à y récolter de ses richesses pour les mettre dans notre monde intérieur. Car finalement, un voyage est peu être réussi lorsqu’on le prolonge par un voyage en soi-même. Apprendre à se laisser transperser par les émotions, sans que vascillent la flamme qui nous occupe, ne plus être esclave de ses sentiments sans être pour autant insensible. On y reviendra.
Pour l’instant, dressons un petit bilan à mi-chemin de notre aventure.
Un an donc : 13 050 kilomètres, 16 pays, 82 000 mètres de dénivelé positif, soit 10 Everest
4 crevaisons pour Benjamin et 2 pour Emilie, 45 arbres plantés
Température max : 59 degrés au Cambodge
Vitesse max : 71 kms/h
Plus longue distance quotidienne : 106 kilomètres
Plus longue journée : 8h20 sur la selle
Les frousses : la traversée de part en part d’une autoroute urbaine à Ankara pour Benjamin. Plier le camp en catimini à 4h du matin sans réveiller les chiens enragés en Thailande pour Emilie.
Ce dont nous n’avons plus honte : faire sécher nos slips partout où ca séchera et voler du PQ.
Nos fiertés : avoir appris que l’humilité est plus riche que la fièrté, et avoir appris à se servir de sa trousse de mécanique (pour Benjamin) ; réussir à faire naître le sourire chez les personnes du monde entier, rester propre en toute circonstance (pour Emilie) !
Les questions qui nous occupent :
Pourquoi s’en poser ? Benjamin.
Mais après quoi je pédale ? Emilie dans les montées et contre le vent.
Pas de “meilleurs moments” ou de “plus beaux endroits” car sur un tel voyage, l’objectif est de ne pas
restreindre ou limiter le monde.
Voilà, on vous laisse. Kunming nous attend avec le meilleur guide soi : She Jah (activechina.com), un ami qui nous a tellement simplifié la vie ici.
Tout comme les trois cyclistes qui nous ont escortés à travers la ville pour y trouver les magasins de vélos.
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Nous partirons ensuite vers le nord-ouest; là où notre altitude de croisière ne descendra plus sous les 4000 m. Une zone isolée où il sera difficile de vous donner régulièrement de nos nouvelles, mais c’est promis, on vous racontera tout. Et croyez nous, d’après ce que nous ont dit les guides aguerris du coin, ca va être riche en aventures. Vos messages nous parviennent et nous boustent toujours autant. Alors merci et à bientôt.

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Voila le moment de quitter Kunming et de dire au-revoir a Thomas, un cyclo recontre dans cette ville et son compagnon, Wilson, avec qui Thomas s’est invente des discussions lors de ses longues ascencions. Il revenait de la ou nous allons et allait la d’ou nous venions… autant dire que nos soirees etaient riches de recits et d’aventure. Il nous a raconté les cols frolant les 5000 qui nous attendent. Un autre univers ou nous nous lancons. Lasoso !!!
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