Message d’Istanbul

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Message d’Istanbul from Benjamin & Emilie on Vimeo.

Premières impressions turques

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La Turquie, c’est tout d’abord l’émotion qui nous a saisi lorsque l’on a franchi la frontière. Malgré toutes ces voitures françaises remplies de familles turques qui arrivaient au pays pour les vacances (on se serait cru sur l’autoroute du soleil un jour de grands départs), nous avions le sentiment d’être loin. Jamais nous n’aurions la force de tenir trois jours de voiture comme ces familles franco-turques pour atteindre cette frontière oü flotte une douce agitation. On s’y engouffre, silencieux, les yeux humides et le coeur battant… Nous entrons en Orient ; premier aboutissement de ces humbles sauts de puces que nous faisons chaque jour à la force de nos mollets.

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Mélasse sous les roues

Côté route, on perd au change. Finie l’asphalte financée par Bruxelles des routes européennes. Ici, le goudron fond comme pour s’échapper de la brulure du soleil. Pas une journée sous les 40 degrés. On se retrouve comme ces mouches épuisées, engluées sur les bandeaux collants sur lesquels elles se sont posées.  Et puis en Turquie nous n’avons jamais le sentiment de pédaler sans forcer. Pas montagneux mais pas plat non plus… Ajoutez à celà la folie de ces routes où un parpaing chute d’un camion pour vous passer au ras des moustaches et où le pneu d’une grosse berline éclate à votre hauteur… et vous trouverez que les routes turques relèvent parfois du calvaire. Les quelques mots doux et imagés que m’a appris mon ami Kadir nous sont d’ailleurs utiles contre les bus qui nous frôlent les sacoches à toute berzingue.

Terre d’accueil

Mais la Turquie nous enchante tant !!! L’hospitalité y prend tout son sens, surprenant sans cesse les occidentaux que nous sommes. En deux semaines, nous n’avons planté la tente que trois fois : une fois dans une caserne de pompiers avec un accueil “du feu de Dieu”, une fois les pieds dans l’eau des Dardanelles avec les tankers comme voisins, et une fois sur la pelouse d’une station-service.

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Toutes les autres nuits, nous avons été invités. Yurdokul, ce grand-père gâteau nous a laissé sa maison et son jardin plein de fruits et de légumes ; Necmettin et Aysun qui nous ont juste dépassé en voiture sur une piste désertique m’ont offert une fabuleuse journée d’anniversaire en nous gâtant de mille attentions pendant deux jours. Difficile de quitter cette famille débordante de gentillesse. A Istanbul, c’est Oslem et Ahsen, deux étudiantes, qui nous ont recu et fait découvrir cette cité dont nous sommes tombés amoureux. La magie du Bosphore sans doute.

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Toutes ces rencontres nous donnent les clés d’une Turquie atypique, et fasconnent le visage d’un pays tout entier où nous savons déjà que les deux mois que nous allons y passer seront de toute façon trop courts. Alors allons en profiter… C’est promis, on vous racontera tout. En attendant, rendez-vous dans la galerie photos.

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Sur la route d’Ulysse

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27 juin – 5 juillet 2010

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Ce que nous avons retenu de ce pays en crise, c’est bel et bien qu’il est malade de ses excès et que les Grecs semblent vivre au dessus de leurs moyens. On y a parfois peiné à trouver un commerce alimentaire ouvert. Seuls les stations services fleurissent et se multiplient malgré des prix au litre bien supérieurs à ceux de la France. Ici c’est le royaume de la voiture. “Aller en vacances dans les îles grecques coute plus cher qu’un séjour à Dubaï”, nous explique une jeune femme grecque qui y prépare son voyage. Mais tu vas y faire quoi à Dubaï ? Bah… skier sur la neige synthétique, du shopping ! ”nous répond-elle comme une évidence.  No comment.

Nous aurons aimé dans le pays d’Ulysse l’accueil que nous a réservé une famille… albanaise ! Mondi, bosseur, a  longtemps été clandestin errant de petit boulot en petit boulot avant d’avoir ses papiers et de pouvoir créer son enreprise de maconnerie. Aujourd’hui, dans sa maison où a pu le rejoindre sa famille, ca respire le bonheur. Nous aurons le plaisir de savourer cette hospitalité, entourés et gâtés par sa femme, ses frères et soeur.  Ici , nous avons retrouvé ce sens de la famille que nous affectionnons tant.

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Les vélos sur un bateau, nous quittons le continent pour un repos “mérité” sur l’île de Thassos avant la déferlante de touristes bruyants, pressés, déja “autobronzés”… Remise en état des vélos les pieds dans l’eau, les fesses sur le sable doux.

Pays aride battu par le soleil, la Grèce a mis sur notre route son meilleur ambassadeur : Filos, un maҫon qui gueule sa joie de vivre et nous invite dans le café de Maria pour qu’on s’y rafraîchisse. On ne comprendra rien de ce qu’il nous racontera avec son haleine au raki mais on se sentira bien, entouré de sa gentillesse.

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Puis nous nous élancerons pour nous perdre et nous épuiser sur une piste défoncée qui longe les bords de la mer Egée à travers de vénérables oliviers, parsemés de vestiges grecs que les routes touristiques ont oubliés. Naturellement, nous y avons planté quelques figuiers… Et puis nous avons pris l’autoroute à remonter le temps : la voie Egnatia, première route romaine vers l’Orient. Elle a vu passer Alexandre le Grand, les conquérants ottomans partis prendre les Balkans… ainsi que deux cyclos partis s’emparer de leur rêve : Istanbul !!

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Bulgarie

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19 – 29 juin 2010

Première nuit au poste

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Sauvage. C’est le premier mot qui vient à l’esprit quand on entre en Bulgarie par la ville de Kula. Rues larges et désertiques, voitures rouillées, comme abandonnées, odeur âcre d’urine et silhouettes fantomatiques. Comme si une guerre nous avait précédé. Dans les campagnes, de rares voitures pour des légions de moustiques qui nous assaillent dès qu’une côte nous ralentit. Mais c’est beau. La nature a repris ses libertés dans ces paysages vallonnés. Ceux qui, il y a encore quelques années travaillaient ces grands espaces sont aujourd’hui entassés dans les gigantesques banlieues soviétiques de Sofia ou d’autres villes bulgares. L’âne squeletique que nous dépassons nous regarde moqueur : l’orage qui se prépare en cette fin de journée promet d’être dément et nous avons beau appuyer de tout ce que l’on peut sur nos pédales, nous ne lui échapperons pas.

Mais nous ne serons pas seul sous la tempête : deux petits bouts de femmes –dont l’une est infirmière- assistées d’un petit garҫon parlant anglais se sont mis en tête de nous aider à trouver un improbable bivouac en cette fin de journée. A force de tractations sous des sauts d’eau, elles nous décrochent la meilleure place du village : le petit carré de pelouse fraîche du poste de police. “Ici vous serez en sécurité”, nous rassure avec aplomb le petit garçon en nous tendant un sac plein de nourriture. Une nuit au poste qui nous enchante tant l’orage continue de gronder.

Le pays du “Tiens, mange”

La première fois, il faut l’avouer, ca ne nous a pas beaucoup rassuré. Ces silhouettes d’hommes qui nous attendaient au loin sur cette route déserte avec un chien à leur côté, cela inquète. En arrivant à leur hauteur ils nous font signe de s’arrêter. Je pause le pied à terre. Le plus vieux des deux hommes me tend un sac plastique : “Tiens, mange”. Un ordre qu’ Emilie et moi n’avons pas trop de mal à éxécute depuis que l’on pédale 5 heures par jour, surtout lorsqu’il s’agit de gâteaux comme ceux qui se trouvent dans le sac. Nous voilà tous rassurés, nous sur leurs intentions, eux sur notre satiété.

Ce premier épisode sera révélateur de ce geste commun à tous les Bulgares : offrir de la nourriture. Demandez votre route à un berger et il vous tend une poignée des champignons qu’il vient de ramasser. Dormez devant le commissariat et le policier de garde vous amène de quoi grignoter. Rechargez vos gourdes en eau à une fontaine et on vous apporte du vin accompagné de gras de porc grillé et de figues confites. Nous aurons même droit à un plateau de framboises alors que nous attendions sur le bord de la route.

Haute montagne

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Anastasie, cette ancienne avocate qui a défendue des généraux de l’OTAN en pleine guerre froide, n’a fait qu’aviver notre envie de gravir la chaine des Rodopes par ses cols désertiques à plus de 2000 mètres. Elle qui est amoureuse de la culture bulgare nous a évoqué la magie des versants du mont Musala auquel nous nous attaquons.  C”est sur cette route qui a vu passer les croisades, que la vieille femme nous a arrêté dans un français parfait : “je vais vous raconter l’histoire du pays que vous traversez”. Impossible de refuser pareille invitation. Nous ne nous arracherons de sa table remplie de fruits que parce que la pluie et la nuit approchaient.

Le lendemain, nous reprennons notre montée, plein de cette énergie qui nait quand on s’élance dans un défi mais qui va se stopper net au petit village de Beli Iksar. “La route est barrée 10 km plus haut. Impossible de passer, même à vélo”, nous assène un villageois. Deux solutions : soit faire demi tour et prendre une route de vallée où les camions écrasent ce que la montagne a de magique ; soit bifurquer en nous hissant jusqu’ la station de ski de Borovec à 1600 m, pour ensuite redescendre vers le versant Est du mont Musala et en entreprendre l’ascencion par une autre petite route de haute montagne.

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Dans le minuscule café où nous nous sommes posés pour réfléchir un peu, une tablée d’hommes tuant le temps avec des verres d’alcool débatent sur la route à prendre. Aucun n’est d’accord. Nous laisserons un café tout entier en train de s’engueuler sur la route que nous devons emprunter. Même des bonnes femmes sortent leur tête de leur fenêtre pour mettre leur grain de sel. Comme pour ajouter à notre amertume, la pluie fine nous fouette sous le maigre arbre où nous nous abritons pour déjeuner. Nous choisissons de tenter le passage par le lac Belmeken à 2000 mètres (à deux journées de vélos) et continuons donc sur une pente à nous arracher le coeur, sacs plastics aux pieds et sensation de n’être que des cocottes minutes. Seule la dérision nous permet de ne pas enrager. Peu à peu, la magie des cimes opère et nous apaise avant de nous laisser redescendre vers des températures plus clémentes pour planter notre tente sous la barre des 1000 mètres.

Le lendemain, la descente se poursuit jusqu’à Gabrovica, à 450 mètres. Toute une ascencion à refaire. Mais le défi de franchir la chaine des Rodopes reste entier. Avant de nous lancer dans la pente, nous interpellons un homme, la soixantaine. Carrure d’athlète, cet ancien champion international de javelot nous rassure : “ La route est ouverte. 20 km de montée. Mais vous allez avoir froid là haut”.

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Haut au-dessus de nos têtes, nous voyons une tour qui se détache, comme inatteignable. Nous l’ignorons encore mais c’est bien au pied de cette tour que nous nous échouerons ce soir. Dernier village avant… longtemps. A la dernière maison, un homme nous avertit : “Il fait trés froid en haut. Dormez là” dit-il en montrant une roulotte.

Cinq kilomètres de montée plus loin, premier coup au moral lorsque l’on apprend qu’il reste encore plus de 20 km. Peter le lanceur de javelot se serait donc trompé. Nous optons pour l’ancienne route qui file dans une vallée encaissée sur la gauche. Déserte, elle serait plus courte mais aussi plus raide que la nouvelle.  Lorsque nous atteignons un premier barrage, les jambes sont déjà bien fatiguées par 3 heures d’ascencion. Une voiture arrive, improbable. Je demande à ses occupants dont l’anglais est parfait combien de km nous séparent encore du lac. Sa réponse m’assomme : “ıl reste 13 km minimun et ils ne font que monter.” Nous qui pensions qu’il ne nous en restait que la moitié ! La route s’allonge à mesure que l’on progresse. Il faut continuer. Les feuillus eux ont jeté l’éponge, cédant la place aux résineux. 1600 m… 1650 m… l’altimètre monte au ralenti. Le froid nous gagne. La lucidité se perd. Nos trajectoires deviennent hasardeuses, l’équilibre plus précaire : l’épuisement nous guette. Mais ce qui nous inquiète, c’est que depuis de nombreux kilomètres aucun côté de la route n’a offert un replat où planter la tente. Trop abrupte et trop boisé. Pas d’autre choix que de poursuivre. Emilie sature : jambes et tête sont au bord de la crise. A plus de 1800, un petit chemin s’échappe vers la gauche. Il mène vers une clairière en hauteur à cheval sur une cime d’où la vue sur la plaine est somptueuse. Endroit sauvage et désertique. On jette nos dernières forces dans le raidillon en poussant nos vélos et nous voilà au milieu d’un champs de fleurs sauvages, de sauterelles et de coccinnelles, abrités de ce vent glacial qui nous poussera au fond de nos duvets pour cette nuit en altitude.

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Réveil tranquille après l’éprouvante journée d’hier. Les nuages défilent mais la pluie ne semble pas menacer. Devant le paysage qui s’offre à nous, je répare le réchaud qui fait quelques caprices. Nous plions tranquillement le bivouac, soulagés de ne pas avoir eu la visite des ours. Nous revoilà sur la petite route, pour abattre les 200 mètres de denivelé qui nous séparent du lac Belmeken. Sur les côtés, aux pieds des épineux, ce sont des tapis de myrtilles qui s’étalent. Enfin, le barrage se dresse devant nous. Dessus, de la vie. Des hommes y travaillent, comme écrasés par le silence qui règne en maître. Quelques cimes enneigées surplombent le paysage où les arbres ont capitulé. Le mont Musala est là, dans les nuages à 2925 mètres.

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Nous franchissons le barrage et longeons le lac. Le froid nous fait souffrir mais le paysage est magnifique. Une femme, la tête couverte cueille des fleurs oranges. Elle vit ici, dans cet espace rude, avec son mari. Ils gardent les vaches qui sont ici en liberté. Discrète, presque distante, elle est la première femme musulman de cette vallée que nous allons prendre et qui est une terre d’islam. Parlant peu, elle offre son bouquet de fleurs à Emilie. Le froid et l’humidité nous poussent vers l’autre bout du lac, vers cet horizon plat, comme une mer dans le ciel, et qui fait ensuite un grand plongeon vers la Mesta, ce fleuve qui file vers la Grèce et que nous allons suivre.

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Serbie, le coeur des Balkans

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Belliqueux, gros fumeurs, capables de vous dépouiller de tous vos biens…  Les Serbes ont la mauvaise réputation que quelques forcenés leur ont tristement leguée. Combien de mises en garde avant d’arriver dans ce pays encore balafré par la guerre ? Pourtant ce peuple à l’accueil fraternel nous est apparu comme un vrai trésor caché au coeur des Balkans où les bazars animés délivrent les premières saveurs d’Orient : parfums d’agneau grillées aux herbes et de boreks.

Certes, les Serbes sont soucieux de se refaire une image face au monde qui les boude. La guerre, les embargos et la douleur de la défaite ont déjà fait faire marche arrière à ce pays jadis exemplaire. En attendant que le temps fasse son travail et efface les affres, c’est le pays tout entier qui fume. Clope sur clope, paquet après paquet, c’est le passe temps national.

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12 juin. Potzarevac. Le fief de Milosevic. Théoriquement, l’endroit le moins accueillant pour des Franҫais. L’homme qui fume sur le bord du terrain de foot où nous lorgnons pour planter la tente n’a, lui non plus, pas l’air commode. Ce ne sera qu’une trompeuse apparence. Quelques instants plus tard, nous voilà en slip sous l’arrosage automatique du stade en guise de douche.  Les voisins nous apportent de quoi boire et manger, le président du club nous offre des maillots que nous devons amener à l’autre bout du monde… et c’est une soirée agréable que nous passerons au milieu de ce petit village venu regarder au club de foot les matchs de la coupe du monde.

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Sur la route, nous luttons contre la chaleur en nous mettant tout habillé sour les jets d’eau. Quelques minutes de répis partagées avec ces familles sur le bord du chemin. Emilie a droit aux embrassades des grands-mères qui la prennent par la mains. Le courant passe sans les mots, la magie opère en quelques minutes. Nous nous retrouvons couverts de cadeaux. Fruits, gateaux… L’humain dans ce qu’il a de plus simple, de plus pur, de plus noble. Parfois, on est bien plus proche de personne qu’on ne connait pas et qui ne parle pas la même langue.  Cela mérite réflexion… Mais nous voilà à nouveau sur nos vélos, engloutis par la fournaise.

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Le roi des ferrailleurs

“Il y a un étrange bonhomme qui nous fait des grands signes”, me lance Emilie. C’est Stefan qui s’agite au loin. Pas question de ne pas dormir chez ce grand enfant de 50 ans, au nez refait pour ressembler à Mickeal Jakson et aux cheveux en implants qui semblent avoir trouvé des gens aussi “fous” que lui à inviter. L’éxubérance des gipsies de Serbie, dont nous avions eu un aperçu à Belgrade avec ces gamins courant nus dans les avenues pour aller plonger d’une fontaine à une autre, ou encore avec ces chateaux forts médiévaux tout juste construits en béton au milieu de nul part pour satisfaire la douce folie d’un “roi gitan”, s’offre à nous. Vlaska, la jeune femme de Stefan, est  le stéréotype de la gitane avec ses longs cheveux d’un noir intense, ses bijoux et son diamants sur la dent. Margareta la petite fille, a ce coté sauvage, cette “griffe” tzigane.

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Pour eux, ouvrir leur maison aux gens de passage est naturel : “C’est vous les vrais gipsies” nous sourit Vlaska en découvrant notre aventure. Stefan “ferrailleur international” comme il se présente, nous quittera dans la soirée, partant pour la Hollande où il entend faire fortune en récupérant  les vieilles canettes de bières dans les festivals de musique de l’été. Nous terminerons la soirée avec Vlaska, sa fille et cette étrange bonne femme clope au bec, “qui reste ici car elle n’a nul part où aller” explique Vlaska. Finalement la maison de Stefan, c’est un peu la maison de tout le monde.

Le bonheur est dans le pré

Les jambes sont lourdes après cette longue journée sur les reliefs serbes… Dans un virage, une modeste ferme. Ce sont les chiens qui nous acceuillent. Mais le sourire de Lubico, regard franc et torse bombé sous son marcel nous rassure.  Quelques instants plus tard, nous voilà au milieu de la ferme à partager ce qui a été la vie des campagnes franҫaises il y a un demi-siècle. La nuit tombe. La grand-mère racommode un pantalon, avant d’aller ramasser les légumes pour le repas du soir. Le grand-père termine les travaux des champs. Lubica rendre les vaches pour les traire. Sa femme Sneza nourrit les cochons avant d’allumer le poële pour préparer le repas. Nikola, le fıls, coupe du bois et rassemble les moutons. Aleksandra, la petite dernière aide sa maman. Un monde modeste fait de bravoure et de dignité. Peut-être le ressentent-ils, mais c’est un vrai bonheur de partager ces instants de vie et de profiter de ces sourires qui occupent leur visages.

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Il fait déjà nuit depuis longtemps quand sur la grande table en bois –l’unique meuble de la pièce- s’étalent de grosses pièces de fromage et de pain, d’omelettes au lard, et morceaux de viandes grillées, d’assiettes de soupe, de salades… Dans les verres coule le rakıja et le lait frais qui rassasie. C’est une magnifique famille qui nous entoure et nous gâte.

Nous nous coucherons à une heure du matin, heureux d’avoir vécu pareils instants. Les enfants se glisseront tête-bêche et tout habillés dans un petit lit. Dans à peine 4 heures Lubica se lèvera de nouveau. La traite n’attend pas.

Cette chaleur humaine et cette générosité nous accompagneront tout au long de notre traversée de la Serbie. Miki et sa maman feront également parti de ce magnifique tableau, eux qui en plus de nous avoir servi des boreks et laissé un de leur propre lit et appelé jusqu’à leur beau-frère en France pour nous traduire combien ils étaıent heureux de nous accueillir, sont même allés jusqu’à se forcer à manger une des rares choses que nous avions à offrir : des biscuits trop secs dont une bouchée vous colle deux heures aux dents….

Souvent le matin, les embrassades et les accolades se font les yeux embués de larmes. Un tour du monde à vélo, c’est un éternel départ.

Un vélostoppeur encombrant

Ce soir là, pour une fois nous n’arrivons pas les mains vides. Dans la sacoche de guidon, un chaton  récupéré lors d’une énèime pause pipi. Il a dû flairer le pigeon ce petit chat abandonné au bord d’une route passante : il s’est jeté sur nous en miaulant toute sa tristesse, se frottant à nos chevilles, grimpant sur nos épaules. “Ok ok, on cède, aller grimpe, on va te trouver une famille”. Sauf que l’opération de sauvetage tourne à la petite galère : sur une trentaine de kilomètres, ce sont presque autant de refus que l’on essuie en tendant le chaton vers les fermiers, sans compter le violent orage qui nous rattrape. Emilie, trempée, gronde autant que le tonnerre.  Que faire de ce vélostoppeur ?  Désormais, ce n’est  plus le chaton mais bien nous qui sommes désepérés.

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Dernière tentative sans vraiment y croire à l’entrée de la ville Zajecar. La femme que nous interpelons semble intriguée, on lui ferait presque” miaou miaou” pour l’attendrir. Elle s’approche… prend le chat sans trop comprendre. Quelques instants plus tard, c’est son petit fils qui tient l’animal, avec autour de lui deux jeunes filles gagas devant la boule de poils. Mission accomplie : voilà la nouvelle famille de l’orphelin.

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En passant

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Pour les turcophones et les curieux, un petit article sur deux cyclos en Turquie : www.bigajans.com

Brèves depuis l’Orient

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Après avoir passé la frontière turque avec l’émotion de franchir un cap, nous voilà en Orient, et plus précisement en Asie depuis que, il y a une heure, nous avons franchi les Dardanelles ! Petit détour vers Troie avant de remettre le cap sur Istanbul, où c’est promis, nous prendrons le temps de vous raconter toutes les aventures de ces dernières semaines. Et pour patienter, quelques photos dans notre galerie.Entrée en Turquie

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