Stepp’a du coton !

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Stepp'a si mal !

Enfin ! Du hublot, la mer et le ciel s’affrontent sur une ligne de front parfaite. Notre cargo est un trait d’union entre l’Asie Centrale et le Caucase. Il a fallu 36 heures de patience pour que les vents violents se calment et permettent au cargo Azerbaidjan d’appareiller. Il est 3h du matin quand on embarque dans le ventre de ce monstre de fer, avec des wagons entiers entre lesquels on glisse nos petits vélos. Deux heures plus tard, c’est le doux bruit des vagues de la mer Caspienne que tranche l’étrave du navire qui nous éveille dans notre cabine aux airs de fin de partie. Exténués par le manque de sommeil de ces derniers jours, l’agitation d’Aktau -ville de flambeurs de pétrole où règnent dollars, gros 4×4 et nouveaux riches- qu’a précédé le millier de kilomètres pédalé dans le désert et la steppe, on se rendort. C’est bon d’abandonner un corps meurtri à la berceuse d’une houle. Après l’Ouzbekistan sous 48 degrés et le Kazakhstan contre le vent et une piste que la majeure partie des cyclos évitent en prenant le train, on a enfin le temps de vous raconter.

Steppe by steppe


Des kilometres qui se ressemblent Fin d'une rude traversee qui ne nous a pas epargne

Sans autre compagnie que les bornes kilometriques En piste dans le desert

Pas un coup de guidon sur 300 km. La ligne droite qui traverse le plateau de l’Oustiourt, entre la mer Caspienne et la mer d’Aral, est une rampe de lancement vers la folie. Steppe plate et infinie où l’on voit la silhouette d’un chameau à 10 km ! Même les sons, rares dans ce désert, se propagent différemment. Quant à nous, nous sommes contraints d’avancer car la steppe n’invite pas à la pause, et manquant de vivres, on livre un contre la montre avec la faim.
Le premier jour, on abat 160 km, avec la complicité du vent. Mais pas question de fanfaronner au soir de cette journée record : le vent ça tourne. C’est d’ailleurs ce qui se passera dès le lendemain matin : renversement des vapeurs, inversions des flux à 180 degrés. On peine à abattre 70 km et l’eau manque. Un bandit pour amiNotre samaritain de ce jour a des dents en or et une gueule de brigand sur sa moto Oural, du gros soviétique increvable. Sans doute la meilleure alliée de ce trafiquant écumeur des steppes qui nous sort une bouteille d’eau de la poche intérieur de son blouson. Dans l’autre poche, un GPS, idéal pour récupérer les cargaisons. L’Oustiourt a toujours été la plateforme de tous les trafics : steppe sans fin où l’on peut rouler dans toutes les directions sans rencontrer personne. Un monde incontrôlable ; les policiers peuvent continuer tranquillement leur sieste à l’ombre des checkpoints ou s’évertuer à enquiquiner les voyageurs à vélo.

“Passport !”

16 août, 8h du matin. Poste des douanes de Tursunzoda. C’est ici qu’on sort du Tadjikistan. Le douanier a la casquette (disproportionnée comme le veut l’héritage soviétique) rejetée en arrière, déjà épuisé par la journée qui vient de débuter. Sa petite moustache à la mode totalitaire dénonce un petit chef bien décidé à nous les briser menu. Voilà une heure qu’il fait attendre par plaisir, laissant passer les cohortes de locaux. La folie, notre meilleure armeD’un geste nonchalant, il m’ordonne de venir dans son bureau. Pas un mot, pas un regard et de nouveau un test de patience espérant que l’exaspération me mette en faute.
“Passport!” claque-t-il après de longues minutes. De son air blasé, affalé dans son siège, il épluche le passeport avant de lâcher un rot sonore, . ” Kimment tou t’eppelles ?” me lance-t-il, fier de connaître une phrase de français. L’occasion est trop belle : ” Paruski, nipanemach” (Désolé, je ne comprends pas le russe). Pas mécontent d’avorter ses petits effets de style. Il se résigne et commence à taper d’un index sur son clavier. Assis sur son fauteuil de jardinage dont les pieds menacent de céder sous son poids, son bureau de bois fait face à une télé allumée où passe une version russe de Tom & Jerry. Puis l’ordi s’éteint dans un bruit de grille pain. Le douanier se lève et tance un pauvre subalterne qui n’y est pour rien. A la télé, Jerry vient d’assommer Tom. La musique s’accélère, le volume monte, le douanier gueule… C’est à ce moment qu’Emilie entre dans le bureau et découvre la scène comique au possible : “c’est quoi se délire ?!” On se regarde pouffant dans un fou rire.
Passer les checkpoints sans s’arrêter en répondant aux injonctions des agents par de grands coucous débordant de fausses naïveté, tenir tête à ceux qui veulent nous fouiller… voilà ce que l’on a appris pour passer un bon séjour en Asie Centrale.

Petit bandit sur grand chemin

A posteriori, on a bien une idée de l’ange gardien qui a fait sonner l’appareil. Notre maison de toileMais c’est bien le bip bip d’un téléphone qui nous tire de notre sommeil au beau milieu de la nuit, dans notre tente. Ça remue à nos pieds, ça fouille dans nos affaires. Ça aurait pu être un chien errant dans cette rase campagne attiré par notre nourriture… Mais alors, ce bruit de téléphone portable ? … Emilie, elle aussi réveillée ne bouge pas. J’enfile un caleçon en silence, retiens mon souffle et approche au plus près de la toile, tout proche de là où je devine être la tête de l’indélicat qui tente de nous voler. Décompte. J’assène un coup et hurle tout ce que je peux d’insanités. Ça vacille de l’autre côté. Juste le temps d’ouvrir la tente et bondir. L’homme est seul (ça c’est pour la bonne nouvelle), et tient un bâton (ça c’est la mauvaise). Je braque la frontale droit pour l’éblouir pendant qu’Emilie, hurlant elle aussi son dico des injures, me passe la pleurnicheuse (le petit surnom de la bombe au poivre). Je n’aurais pas à m’en servir : le pauvre type recule, bafouille puis détale à travers champs. On le course pour la forme… Belle montée d’adrénaline. “Tiens, j’ai mis mon caleçon à l’envers”. Merci en tout cas à notre ange gardien.

Atkuda !!

Notre hote ouzbek d'un soir Makmud, le cotonier ouzbek Une femme en or

Mis à part ces incidents mineurs, l’Ouzbekistan nous a séduit. Bon, on est abattu par les sempiternels “Atkuda !?” (Où !!!?) qu’on nous hurle à longueur de journée (on s’invente d’ailleurs des pays fictifs pour changer un peu), et par les 48 degrés qui cuisent les cuisses et le moral, mais les nuits à la belle étoile dans les cours des maisons où l’on s’endort avec des familles entières et les réveils avant l’aube pour manger autour de grandes tablées (à même le sol) un plov toujours trop gras, nous ont donné la saveur d’une vie simple, honnête et heureuse.

Et puis il y a la magie des medersa de Samarcande, Boukhara et Khiva, épicentre de la Route de la Soie. Le bleu de leurs dômes et la grandeur des hommes qui y enseignèrent entre Orient et Occident fait oublier le trafic d’esclaves et le sang que fit couler Tamerlan (aujourd’hui icône de la nation) en se taillant au sabre un empire de la Méditerranée à la Chine. C’est dans ces cités qu’envahissent les hordes de touristes (et non plus de Gengis Khan), que des astronomes avaient, plusieurs siècles avant Corpernic, découvert que la Terre tourne sur elle-même et autour du soleil, et calculé à 20km près la distance de la Terre à la Lune (dire qu’aujourd’hui la plupart des Ouzbeks se trompent largement sur le nombre de kilomètres pour rejoindre le village voisin !). Sans oublier Avicennes, qui pendant 6 siècles fut le plus grand médecin de la planète.

Samarcande Khiva

Khiva Etales ambulants a Boukhara Cerf-volant dans le ciel de Boukhara

De magnifiques monuments, des kilos de figues et de raisins, et puis des retrouvailles très attendues avec Delphine, Marie et Guillaume, les amis cyclos de Bishkek qui ont eu le courage et la patience de nous amener du Kirghizistan un colis envoyé par la famille : on avait pas besoin de plus pour nous ressourcer avant de nous confronter à une tragique agonie; celle de la mer d’Aral.

[Dé]Moynaq

Moynak, port abandonne par la mer d'AralLes yeux semblent tristes. Peut-être parce qu’ils ont vu la mer fuir à l’horizon pour les abandonner à la pauvreté, la poussière, le sel et les maladies. C’est ici que le taux de mortalité de toute l’ex-URSS est le plus élevé. Pour faire oublier cette souffrance, les autorités ont installé tout au long de l’unique rue de Moynaq des affiches ventant la modernité de l’Ouzbekistan, histoire que ceux qui n’ont plus rien aient au moins la fierté d’être ouzbek. Pour comprendre le problème, il suffit de se pencher par dessus le pont qui franchi l’Amou-Daria : ici, le débit est plus faible que celui que nous avons vue au Tadjikistan, 1400 km en amont. Presque toute l’eau que déverse la chaîne du Pamir est engloutie par un monstre créé à l’époque soviétique : la monoculture du coton. Il ne laisse que 1/10 du débit poursuivre sa course vers une mer inatteignable. Même le climat s’est fâché. Ironie du sort, s’il n’y a plus de pêche, il reste un peu de travail mal payé dans les champs de coton. MoynaqD’ailleurs, c’est le début de la récolte de Qonjirad à la Zerafshan, cette région où l’on produisait il y a encore un siècle les meilleurs abricots d’Asie.
Mais il n’y a pas que les lits des fleuves qui sont à sec ici : les stations essence aussi. On est même à cours pour notre réchaud alors que sous nos pieds se trouvent d’énormes réserves d’hydrocarbures. Finalement, c’est avec l’aimable autorisation d’un pompiste que nous siphonnons l’essence de son groupe électrogène.

Il est l’heure de tourner la page des pays en STAN, la fin d’une région redoutée dont nous n’aurons laissé vierge que les routes du Turkmenistan, dictature trop fermée pour que l’on puisse y pédaler avec suffisamment de liberté. Le défi est relevé… et déjà des parfums d’Europe nous parviennent. Bakou, porte de la Transcaucasie, cap à l’ouest, toujours et encore. .. Les aventures ne sont pas encore terminées. Le programme ? Peut-être, pour commencer,prendre le temps de fêter les 20 000 km par une mini boite de caviar de la Caspienne en regardant arriver l’automne. Vous en pensez quoi vous ?

Fin de journee dans la steppe

Du bleu dans les yeux

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Boukhara

Samarcande, Boukhara… Nous voila en Ouzbekistan, dans ces cites mythiques ou l’on se console des journees de pedalage dans une fournaise (44 degres a l’ombre) en mangeant des figues et du raisins. En attendant de vous raconter, on vous invite a aller jeter un coup d’oeil dans notre galerie photo. De quoi rajouter quelques degres a la rentree qui s’annonce. A tres bientot.

Le toit du monde

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Glacier afghan
Wakhan valley

Diseuse de bonaventures pamiriBerger pamiriFemme pamiri

Afghan Portrait pamiri

Tente para-sismique

Bivouac2h30 du matin : “Ça tremble ou je rêve ?!” C’est le premier bivouac avec Richard, l’oncle courageux venu pédaler deux semaines avec nous et ça commence fort : un séisme de magnitude 6 nous réveille. Nos matelas semblent flotter sur le sol mais dans notre maison de toile, on ne craint rien ! Enfin presque. Car non loin de là, il y a le lac Sarez : 88 km2 d’eau sur 500 mètres de profondeur, retenu par un barrage naturel composé de roches et de boue. Dans la région, on sait qu’un séisme pourrait briser ce tampon, générant le plus gros déluge de memoire d’homme, balayant le Tadjikistan, l’Afghanistan, jusqu’à la mer d’Aral en Ouzbekistan, a plus de 1200 km. Quand on sait ça, ce sont  nos fesses qui se mettent à trembler. Et puis question secousse, on allait être servis par les jours a venir.

Pamir highway

Pamir highwayC’est un des rares ruban d’asphalte de la planète courant à 4000 mètres d’altitude. La Pamir highway, ouverte depuis peu aux étrangers, voit passer plus de cyclos et de camions chinois que de vieilles épaves soviétiques. Le terrain est peu accidenté, mais on se heurte sans surprise au patron du lieu : le vent constant et puissant. C’est lui qui a décidé qu’ici rien ne pousserait et que les cyclos osant rouler vers l’ouest finiraient fous ou épuisés. Il faut pédaler dans les descentes pour avancer à moins de 10km/h et l’on a le sentiment de forcer comme dans une ascension. Magnifique, la Pamir highway est vicieuse : peu à peu ses paysages grandioses vous broient, interminables, insaisissables. Le vent de face incessant, n’arrête son travail de sape qu’à la tombée du jour, lorsque l’on est réfugiés dans la tente. Quant à l’eau, parfois introuvable la journée, elle va venir vous sortir de vos rêves d’assoiffés en coulant autour de la tente au beau milieu de la nuit sans qu’aucun orage n’explique cela.

Des tours de roues avec Richard Richard et son copain sur la Pamir highway Corvee d'eau Lessive au bord de la Pamir highway

Alichur, un village pamiri. – 45 degrés l’hiver, + 40 l’été. De l’électricité, il ne reste que les poteaux de l’époque soviétique. Quant à l’eau, il faut aller la chercher au torrent avant de la faire chauffer à la bouse. Témoin de ce climat rude, les lacs de la région, splendides miroirs d’eau salés, ne se libèrent des glaces qu’à la fin du mois de mai. Dans l’épicerie improvisée, rien ou presque. Deux bouteilles de faux sodas poussiéreuses, quelques vieux biscuits en vrac, et miracle, trois yaourts longue conservation sur lesquels nous nous ruons. Dans le Pamir, il faut porter plus d’une semaine d’autonomie en nourriture. Depuis qu’en 1992 les Pamiris ont voulu prendre leur indépendance, les approvisionnements ont cessé et l’argent a même disparu pendant un temps. Mais pour leur salut, les pamiris sont des ismaeliens qui vénèrent l’Aga Khan. Et ça tombe bien car ce Dieu vivant, ce 49ème imam qui a sa photo dans toutes les maisons de la région, est un riche homme installé en Suisse dont les dons font vivre le Pamir.

Une route d’enfer pour le paradis

Wakhan A tour de bras
En piste vers l'Hargus pass, 4350mC”est parti pour une des plus mauvaises pistes de notre aventure : celle de la vallée de Wakhan. Elle débute par un col à 4350 mètres que l’on gravit chargé en nourriture et de 8 litres d’eau chacun. Parfois trop raide ou trop sableuse, il faut pousser les vélos, même les pieds peinent à trouver de l’adhérence et les poumons à s’oxygéner. Mais la récompense est somptueuse : 8 jours de vélos le long de l’Hindu Kuch, à mi-chemin entre ses cimes à plus de 7000 mètres et le fond des gorges où gronde une furieuse rivière couleur de pierre, qui deviendra la mythique Oxus, l’Amou Daria. Sur l’autre rive, les glaciers partant de cimes pakistanaises digèrent leurs moraines sur les pentes afghanes. Ici la montagne a des proportions et une puissance mécanique à donner le vertige aux géomorphologues du monde entier. D’ailleurs notre petite piste a bien du mal à se tenir : on s’enfonce dans des pierres, on s’ensable dans des dunes, on franchit des torrents débordant le chemin : l’occasion de nous baigner dans leurs eaux glacées quand le soleil brûle trop.
Puis la piste plonge : au fond de la vallée, revoilà des arbres qui abritent du vent. Les abricotiers ploient sous les fruits, des Pamiris s’affairent dans de petites parcelles cultivées. C’est très pauvre, mais après des jours de dénuement et de solitude, leur sourires nous ouvrent les portes du paradis.
Approche de l'Hindu Kuch Tadjik flag
Marchand d'etoffes afghanPin up au marche afghanPortrait d'afghan
Au pied de chaque torrent, sur ce que les géographes appellent les cônes de déjections, s’agrippent ces petits villages paisibles ou chacun dispose de sa propre langue : chugnani, wakhi, ishkashimi, rushani… Et puis il y a l’Afghanistan. Premier contact avec ce pays au bazar afghan d’Ishkashim : rien à acheter sur les étales, mais tant de visages à voir racontant à eux seuls l’histoire mouvementée de ce pays meurtri.
Khorog, capitale du Pamir. La ville est agréable. On s’y repose un peu. Richard est reparti vers la France, rassasié d’aventures. Quant à nous, il nous faut tracer la suite de notre aventure : quels pays ? quelles directions ? Quelles saisons ? On sait que l’Ouzbekistan et sa fournaise intenable nous attendent. Et ensuite ? Les réponses viendront aussi avec la reprise de la chasse… aux visas.
Fillette Zoro est arrive sans se presser
Derniere minute : lundi 8 aout a Dushanbe, nous avons obtenu avec du culot et en 15 minutes notre visa pour l’Azerbaidjan… Il a presque fallu refuser l’invitation a dejeuner de Monsieur le Consul … tres sympathique. Dire que ce visa a la reputation d’etre difficile a obtenir. Mercredi, le tampon kazakh devrait sceller la suite de notre itineraire. On vous souhaite de belles vacances et on attend vos cartes postales ! En attendant on vous invite sur la galerie photo du site pour aller plus loin dans notre aventure tadjik. Merci encore pour vos messages.
La piste des vacances

Des bougies et des amis en Kirghizie

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Depart de bivouacbenjemi

Nous voila a Osh, avec dans les passeports assez de visas pour nous occuper ces deux prochains mois : Tadjikistan et Ouzbekistan. Ca devait etre redoutable, mais on a eu les precieux sesames consulaires en quelques minutes … et dans la bonne humeur ! Et pour cause, au fil des kilometres, on a forge un petit groupe de cyclos. Il y a eu tout d’abord Delphine, une coupe garconne sur un petit bout de femme. Delphine detient deux records : le premier, c’est d’avoir le plus petit velo jamais concu par Rando-Cycles ; le deuxieme, est de nous avoir supporte pendant plus de deux semaines.
Delphine et son fanC’est avec elle que nous avons passe les cols du Pamir, basculant des paysages arides et peuples de chameaux vers les hauts versants de la vallee d’Alai, verdoyante, ou galopent des chevaux autour des yourtes nomades. Un col, une frontiere, et deux monde complement differents. Pas question de se laisser impressionner par le physique colossale des descendant de Gengis Khan avec leur cou de taureau, leurs epaules d’halterophiles et leurs dents en or pretes a bouffer des troupeaux de moutons. Seule constante, l’irreelle toile de fond des cimes enneigees culminant a 7000 metres. Et quand on croise des gosses au visage brule a vif par l’air et le soleil, galopant sur de folles montures dans d’immenses espaces, l’emotion nous rattrape. Le lien se cree, la magie opere, sublime theatre de leur vie. On leur souhaite de preserver cette liberte pluri-seculaire encore bien longtemps.

Ibrahim and coyourte

Apres avoir lutte des jours durant contre le vent de face avec Delphine, nous avons retrouver la fournaise de la vallee de Ferghana. Cure de fruits et de legumes apres la diete des montagnes et la pire des boissons experimentee depuis notre depart : le kumus, lait de jument fermente qui fait passer le beurre rance de yak pour du nutella. A Bishkek, c’est avec un autre couple de cyclos franco-quebecois, Marie et Guillaume que nous avons fete les 30 ans sur les toits, avec une pasteque d’anniversaire, entre bougies, minarets et lune bienveillante. Sur qu’on reverra ces trois amis sur les routes d’Asie centrale !

equipe bishkek

30 ans

Retour a Osh pour mettre le cap vers la Pamir highway et la vallee de Wahan, des mythes a faire tomber dans notre panier. On attend juste le tonton Richard pour s’elancer sur ce “toit du monde”. Du haut de notre piste, notre vue portera sur l’Afghanistan a un jet de pierre et sur l’Hindu Kush pakistanais.
Ce soir encore, Osh est paisible, elle qui, il y a un an, etait le theatre de violents affrontements entree Ouzbeks et Khirgizes, provoquant une deferlante de 100 000 refugies de l’autre cote de la frontiere. La zone reste deconseillee en ce premier anniversaire des affrontements mais a part les degats de la vodka, les sourires sont revenus dans le bazar de la cite, un des plus grands d’Asie centrale.

Bazar de OshPamir attitude

CENTRAL ASIA, nous voilà !

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Sur la Roue de la SoieNous voila a Osh, ville a la fronhtiere entre l’Ouzbekistan et le Kirghizistan. Enfin, nous pouvons reprendre la main sur notre site web. Nous avons quitte Kashgar pour traverser un premier bout du Pamir. Magnifique. Deja plein de choses a raconter dans notre prochain article. On file a Bishkek faire nos visas et on reprend l’aventure avec le Pamir Tadjik le long de la frontiere afghane… avec un invite surprise dont la venue signifie toujours pleins d’aventures : le tonton Richard. Donc d’ici peu, vous pourrez lire les Aventures de Tonton chez le Tadjiks. Ca promet. Mais pour vous faire patienter, voici un petit extra chinois : la route sud de la Soie et ses mesaventures. De quoi voir la plage estivale autrement…Bonne lecture et encore un enorme merci a tous pour vos messages.

Hotan” en emporte le vent

tempete

Quand on a compris ce qui nous arrivait, nous n’avons eu qu’une minute pour reagir : serrer les sangles des sacoches, s’accroupir derriere le velo et proteger nos visages. Plusieurs kilometres de large, des centaines de metres de haut, un tsunami de sable pousse par un vent d’une puissance inouie qui fait valser les velos. Le karaburan nous a avale. Ne pas ceder a la panique. Emilie pleure. Ca cogite… il parait que ca peut durer plusieurs jours. Regagner le village le plus proche ? Impossible, meme de nous lever. La lumiere est rouge orangee, on est sans repere, incapable de voir a plus de 5 metres quand on parvient a ouvrir les yeux. Ca fouette, ca s’infiltre partout. Reflechir. On pousse les velos jusqu’a une borne ou nous passerons une heure, prostres dans cet enfer. Par instant, on apercoit dans le ciel le halo du soleil… seul indice qui temoigne que ce n’est pas l’Apocalypse. Ne pas ecouter le bruit terrifiant du vent et du sable qui crepite jusque sur les tympans et hurle dans les airs. Notre seul arme, c’est la patience. Les yeux comme la bouche ne sont plus que du sable. On entend encore le tonton Richard nous demandant “vous avez des masques de ski ?”… Une heure d’eternite c’est long. Alors quand le camion d’Alim est arrive, on a saute dedans pour sortir de ces dunes en levitation.

Apres la tempete

avant la tempetePourtant, tout commencait bien sur cette route de la Soie : 115 km en quittant Hotan la veille a midi, on a cru quelques heures que les djins du Taklamakan avaient bien voulu nous offrir le vent en recompense. Mirage. Le vent a tourne, sans rien dire. Puis les colonnes de poussiere dansant dans l’immensite se sont multiplies. Ca aurait du nous alerter. Quand on a apercu la masse sombre a l’horizon, nous pensions que les nuages etaient tombes sur le sol… mais c’etait la terre qui se levait dans les airs.

Apres cet episode, jamais le terme oasis n’a eu autant de sens. On s’est senti comme ces caravanes de la route de la Soie, presses d’atteindre Kashgar, la myhtique d’ou nous ecrivons ces quelques lignes. De belles rencontres sur notre route, de beaux visages, de magnifiques images et notre premier apercu du Pamir, dominant majestueusement la fournaise du Tarim. Cet endroit du monde est a part, carrefour de l’Europe et de l’Asie, il en est hors du temps qui file sur ces continents, il est comme eternel.

Yarkand

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