TAKLAMAKAN, le désert qui crisse sous la dent.

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Après avoir reçu nos visas kirghizes et rallié Aksu depuis Lanzhou en 40 h de train, nous avons repris les vélos pour un défi : traverser le Taklamakan sur 500 km pour rallier les deux routes (méridionale et septentrionale) de la Soie. Un désert dont le nom signifie “qui s’y rend n’en revient jamais” tant les kara buran, ces redoutables tempête de sable, ont englouti des caravanes entières. Les larges fleuves qui y pénètrent s’y perdent à jamais et ne connaîtront d’autre mer que cet océan de sable que certains appellent d’ailleurs la “mer de la Mort”.
Avec 32 litres d’eau et nos lourds vélos, on s’est “offert” ce mythe. Une traversée pleine de surprises, bonnes et mauvaises. Deux jours de kara buran, et un incessant vent de face. Nos crânes sont devenus des sabliers ou le temps ne s’écoulait plus.

Après avoir reçu nos visas kirghizes et rallié Aksu depuis Lanzhou en 40 h de train, nous avons repris les vélos pour un défi : traverser le Taklamakan sur 500 km pour rallier les deux routes (méridionale et septentrionale) de la Soie. Un désert dont le nom signifie “qui s’y rend n’en revient jamais” tant les kara buran, ces redoutables tempête de sable, ont englouti des caravanes entières. Les larges fleuves qui y pénètrent s’y perdent à jamais et ne connaîtront d’autre mer que cet océan de sable que certains appellent d’ailleurs la “mer de la Mort”.

Avec 32 litres d’eau et nos lourds vélos, on s’est “offert” ce mythe. Une traversée pleine de surprises, bonnes et mauvaises. Deux jours de kara buran, et un incessant vent de face. Nos crânes sont devenus des sabliers ou le temps ne s’écoulait plus.

Soif de chameau

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1,5 litres d’une traite, sous le regard médusé du serveur.Il est 23h et nous venons d’atteindre l’oasis de Mazartag après 100 km de vent de face sur la route transdésert. Oasis, un bien grand mot ! Disons que c’est un des deux frigos qui ponctuent les 460 km de traversée de cet océan de sable. De l’eau fraîche et pas salée ! On en a rêvé pendant des heures dans 45 à 50 degrés sans ombre, la fournaise de l’aube au crépuscule. Nous y sommes, fourbus, trop épuisés pour le réaliser. La brûlure et la tension retombent : ici il y a des murs pour s’abriter du vent qui dessèche, du sable qui fouette. Les effrayantes tronches des hommes qui crèvent la nuit pour entrer dans la lumière de la gargote ne nous font ni chaud ni froid : rien ne peut-être aussi dangereux et impitoyable que le désert. Peut-être même leur ressemblons nous avec nos faces décomposées, nos yeux rouges et notre couche de poussière. Ici, la seule menace est de piquer du nez dans notre assiette de laghman pendant une des coupures d’électricité.

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Mazartag donc. Un bout du monde perdu au milieu des dunes, un cantonement d’ouvriers et des camionneurs qui réparent leur camion de nuit pour ne pas brûler au soleil. Rien de plus. On ne lit pas de sourires sur les visages fatigués, c’est un endroit où la joie a été ensablée, un sursis dans le désert qui tôt ou tard avalera le lieu.

Chez les ouvriers de la route, on espère trouver une douche. “Yok”, pas d’eau. Le patron moustachu semble désolé. M’indiquant le ciel, il conditionne l’arrivée de l’eau à un étrange geste : la main levée il refait tomber ses doigts vers le sol. Je le regarde, inexpressif d’épuisement. Seul l’esprit fonctionne encore un peu pour interpréter son étrange danse : soit il se fout de moi en disant qu’il faut attendre qu’il pleuve (à peu près quand les chameaux auront des plumes), soit il explique que c’est le soleil qui active la pompe à eau. Inch Allah. Le plus dur, c’est d’annoncer qu’on ne peut pas se doucher à Emilie qui en rêvait. Mais comme elle aussi est trop fatiguée pour être déçue…

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Interminable ligne droite. De chaque coté, des carrés de roseaux secs  tentent de freiner l’inexorable avancee du sable sur la route.On se sent seuls ici. En 6 jours, seulement deux véhicules s’arrêteront : le van d’un touriste allemand qui rêverait de faire ce désert à vélo. Et un car plein a crâquer d’où la main du chauffeur est sortie de la fenêtre en tendant 6 bouteilles d’eau fraîches. A ce moment-là, je l’avoue, les heures qui avaient précédé avaient été si rudes que j’ai craque. Des larmes assis au bord de la route. Le pire n’est pas de prendre gifle sur gifle mais plutôt de savoir accepter la caresse inattendue qui surgit. Enfin… les caresses ont été rares.

Quand la chance déserte

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5eme jour. Le vent a encore forci ce matin, et comme depuis le début de la traversée il sera de face. La dune qui nous domine semble débuter sa lévitation. Cette nuit encore il a fallu se lever pour assurer la tente qui se faisait la malle. Le marchand de sable passe et repasse, les grains et la poussière s’infiltrent partout, mais impossible d’avoir une récupération physique suffisante. Les réveils sont un supplice. Les yeux et la gorge brûlent, les lèvres sont blanches de poussières et de sécheresse. Ça craque sous nos dents. Et très vite la soif revient. On boit de l’eau chaude et saumâtre. Qu’est ce qu’on fout là ? Pourquoi les éléments sont-ils contre nous ? Le désert ne veut pas nous laisser sortir. Alors il nous envoie ses sbires : des kara buran, ces murs de sable que lèvent les vents. C’est sournois, ça épuise à petit feu. Les jambes, les nerfs, puis le cerveau. On tente de plaisanter, de fuir cette image obsédante d’une piscine d’eau pétillante aux geysers de sirop de menthe. On se dit que c’est un comble de ne pas trouver dans ce qui est le second désert de sable du monde (autrement dit la deuxième plus grande plage de la planète), une mer. On rit, on hurle, on s’encourage… on vit quoi. C’est la seule arme pour se défendre contre le désert. Est-ce que les chameaux sauvages que l’on croise en font de même ?

La Soie disant Route

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Hotan. On se jette dans la cohue de cette cite qui marque l’arrivée sur la route méridionale de la Soie et la fin de notre traversée du Taklamakan. On a droit à une escorte de Ouigours qui n’en reviennent pas de nous voir sortir du désert. D’une moto a l’autre, le téléphone arabe fonctionne, les pouces se lèvent. Hotan est la capitale Ouigour depuis que Kashgar est reliée par un train qui y déverse 7000 Chinois par jour. Un génocide démographique en passe d’être réussi: 300 000 il y 50 ans, les Chinois Han sont désormais plus nombreux que les 8 millions de Ouigours dans le Xinjiang. Pour nous Hotan est un premier pas vers chez nous : non seulement nous allons désormais pédaler vers l’ouest, mais en plus on se sent proche des Ouigours. Ils ont été manichéens, puis bouddhistes et enfin musulmans. Loin de notre culture pensez-vous ? Pas tant que ça, les Ouigours ont la moitie de leur patrimoine génétique en Europe. Ils sont le fruit de ce carrefour millénaire entre deux univers, les maillons de cette Route de la Soie. Une route dont il ne reste pas à Hotan que les épices, et ce kaléidoscope de visages dont on a du mal à décrocher nos yeux. Des traits européens, asiatiques, des yeux clairs et débrident, des cheveux boucles, des airs slaves parfois. Nous sommes dans un creuset culturel. On se sent si dépayses et en même temps déjà un peu chez nous. ” Tiens regarde, il ressemble à Luc lui ! Et tu t’étais déjà aperçu que Vincent avait une tête de ouigour ?” On voit des traits familiers et amicaux parmi ces gens fiers, dignes et souriants.

En revanche, difficile de trouver des vestiges de la route de la Soie dans la ville : les géniaux ingénieurs les ont réduit en poussière pour dresser leurs affreux bâtiments à la chinoise. Alors a Hotan, il ne reste que les histoires, comme celle-ci qui prête à sourire a l’époque de l’espionnage industriel made in China : au IVe siècle, la fiancée du roi de Hotan, une princesse chinoise un peu trop gâte qui aurait fait sortir le secret de la soie acheminant secrètement dans sa coiffe des vers à soie et des graines de mûriers à Hotan. Un siècle plus tard des moines nestoriens revenant de cette ville ramenèrent les premiers vers à soie en Europe, surprenant les Romains qui croyaient que la soie poussait dans les arbres (tandis que les Chinois pensaient que le coton provenait d’un animal).

Cap à l’ouest, vers Kashgar, ville phare sur la Route de la Soie, ou nous ferons nos adieux à la Chine pour entrer dans d’autres régions mythiques qui sont autant de promesses d’aventures.

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Encore merci pour vos messages. On tarde à les mettre en ligne car il nous est toujours difficile d’accéder à notre site, mais on parvient à les lire et ils nous font toujours autant plaisir.

Folle cavale dans L’HIMALAYA

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15 000 ème kilomètre. Nous sommes à Labrang, un des hauts lieux du bouddhisme. Les pèlerins font tourner les 1174 moulins à prières, progressent par prosternations autour de ce monastère où l’on enseigne théologie, astronomie, ésotérisme, médecine… Mais pour nous, c’est la page tibétaine qui se tourne. Labrang et sa forte minorité musulmane nous donne aussi un avant-goût de ce qui nous attend en Asie Centrale.

Bientôt, nous allons tenter un autre défi : traverser le Taklamakan, ce désert redoutable qui terrassait les caravanes de la Route de la Soie.

Pour l’heure, nous nous remettons de ces 2000 km de haute montagne. La dernière partie a de loin été la plus éprouvante du voyage moralement et physiquement : la météo, l’immensité désolée et sauvage, mais surtout une cavale de 500 km avec la police, des nuits entières à rouler dans la plus grande discrétion. La dernière fois nous disions avoir roulé sur la Lune, cette fois -ci on a roulé sous la Lune.

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Ça bat fort dans la poitrine. La pleine lune frôle la cime de la montagne. Dans quelques minutes, elle éclairera la rue déserte. C’est maintenant ou jamais. A pas de loup, on s’approche du gyrophare qui indique le check point. Pourvu que les policiers ne voient pas nos ombres… On y est presque, retenant notre souffle quand un chien nous repère. Hésitation d’une demi seconde. On enfourche les vélos et fuyons dans la pénombre… Il est 1h30 du matin ce 18 mai et nous venons de franchir notre premier barrage policier en douce, entrant dans un Sichuan du nord fermé aux étrangers. On roule sans autre lumière que les rayons de lune dans les majestueuses gorges de la Dadu He. Pas un bruit sauf le grondement de l’eau, c’est un univers endormi que l’on traverse furtivement. Il va falloir s’y faire, car devant nous, plus de 500 km de montagne clandestine s’alignent.

La raison ? Emeutes et répression policière après qu’un moine tibétain se soit immolé dans un monastère près duquel passe notre route. Les témoins étrangers deviennent gênants pour les autorités. “la route est mauvaise, la météo n’est pas bonne, vous devez faire demi-tour”, voila ce que la veille sur un bitume impeccable et sous un soleil éclatant, la police du barrage nous faisait lire sur un papier ou s’empilaient des prétextes tous aussi ridicules les uns que les autres. Alors, nous aussi on les a pris pour des C.., leur expliquant que ce n’était même pas du français sur leur fichu papier.

4h a leur tenir tête… en vain. Emilie ira même jusqu’à empêcher les policiers de faire leur sieste ou de regarder la télévision, feignant de s’offusquer de leur paresse. Alors, entre rebrousser chemin pour s’ajouter un gigantesque détour ou passer de nuit et suivre la route prévue, on a choisi la seconde option, avec adrénaline en bonus.

Formule Cavale, 5 jours/4nuits, difficulté ****

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Quatre nuits sans dormir pour rouler quand règne Morphée. On passe en noctambules Jinchuan et Barkam, deux villes où la présence policière est importante. Partout et nul part, des caméras de surveillance veillent. Tension palpable. Et puis il y a les check points, 5 au total sur notre route. Parfois, ça passe juste et l’on sent le faisceau d’une lampe torche nous lécher l’arrière des vélos. Mais tout vêtus de noir, difficile de nous repérer une fois que nous sommes passés. Nous roulerons aussi en journée, piquant du nez sur le guidon, parfois suivis par une voiture de police qui hésite à nous arrêter. Ou bien comme à ce croisement stratégique ou une foule se met a hurler “Hello, How are you…” en nous voyant alors que nous tentons de passer discrètement à côté d’un poste de police. Fiasco total, la police incrédule nous regarde. Ça passe… Peut-être était-ce l’heure du déjeuner, peut-être se sont-ils dit que l’on devait avoir une autorisation spéciale, ou tout simplement, étaient-ils découragés d’avance faute de manier l’anglais. En tout cas, on a une bonne étoile. Reste que ces journées débutées à 1h du matin pour pédaler jusqu’a 18h, avec pluie, neige, col a 4000 m et crevaisons pour nous pousser à bout nous ont forgé une volonté d’acier : nous sortir de ce piège et rouler sereins.

Une route pour un mythe

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Retour en arrière, sur la Sichuan-Tibet Road, qui n’a de road que le nom. “Une des plus hautes, difficiles, dangereuses et des plus spectaculaires de la planète”, annonce le guide. Une route pourrie sur laquelle on s’acharne pour passer des cols entre 4000 et 5000 mètres. Des montagnes à perte de vue. Somptueux. On change de saison en “altitudinal” : en bas le printemps explose, en haut l’hiver tenaille des espaces gigantesques. Montées interminables. Ici, nous sommes à contre-courant : derrière nous la route mène à Lhassa et l’on croise tous ceux qui s’y rendent. Ils sont les vitrines de ce qu’est devenue cette cité fantasme : des convois de 4×4 conduits par des Chinois aisés jouant aux rallys, des colonnes de camions militaires qui vont “sécuriser” le Tibet, et puis des dizaines de cyclos chinois allant tous vers l’emblématique cité tibétaine. Nous n’avons pas croisé un seul autre cyclo chinois sur une autre route de Chine. Ils sont tous sur cette Sichuan-Tibet, par cohortes, certains en jeans, d’autres poussant un vélo aux pneus de courses sur cette piste défoncée, d’autres encore ne parvenant plus à respirer à cause de l’altitude.

Nous verrons même un vieil homme qui poussant son vélo vers les froids redoutables des hauts cols, nu pied dans ses baskets (il avait perdu ses chaussettes… et peut être aussi sa tête). Inconscience, folie, bêtise ? Seul compte Lhassa et pouvoir dire qu’ils y sont allés avec leur vélo (plus souvent qu’à vélo). Lhassa n’est plus qu’un nom symbolisant l’aventure pour les Hans, un produit made in China à consommer, un mythe à décrocher pour se le mettre autour du coup. Et tout est si bien fait que même les panneaux mentionnant l’altitude des cols et sous lesquels ils se prennent en photo, sont gonflés de 100 à 200 mètres. Et bientôt, ce sera un bitume parfait qui ouvrira un peu plus large la porte vers Lhassa.

Un coup venu “Danba”

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Tangong, Bamei, nous mettons cap au nord. Et c’est la météo qui se gâte, comme toujours, soudainement. On le sait, 2/3 de l’année les températures sont négatives ici. Après une enième ascension avec sous une enième tempête de neige qui nous brûle le visage, c’est la descente aux enfers. 70 km de plongeon (qu’il faudra bien remonter) vers Danba, 2200 mètres plus bas. Un dénivelé négatif dont on ne pourra pas savourer un seul instant car la pluie, le froid et la boue font équipe contre nous. Du coup, le moral aussi est en chute libre. 48 heures de calvaire et notre salut viendra d’un couple tibétain qui nous ouvrira sans rien demander sa porte sur son univers kitchissime. Une caresse de courte durée puisque le lendemain, nous ne ferons que 6 km avant de nous heurter au barrage de police et débuter notre cavale.

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Nomad’s Land

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Ça tombe fort : 10 cm de neige en moins d’une heure et la tente qui ploie. Il faut se lever plusieurs fois pour déneiger dans la nuit. Mais au mois il ne fait pas trop froid cette nuit. Car notre ennemi dans cette immense prairie d’altitude, c’est le thermomètre. On en arrive à pédaler pour ne pas geler. Et rien pour s’abriter.

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Des steppes plates sur des centaines de km, des yaks, et des murailles enneigées, nous sommes dans les grasslands, terre des nomades goloks. Nous les doublons dans leur transhumance, Du haut de leurs chevaux, ils ont fière allure. Les visages entièrement enturbannes pour ne pas être brûles par le vent glacial, ils agitent en l’air leur longues manches pour canaliser le troupeaux.

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Des silhouettes débordant d’une grâce sauvage. Difficile d’expliquer comment ces carnassiers rougeoyants, reniflant et s’essuyant du revers de la main la graisse de yak qui dégouline de leur bouche, avant de s’allumer une cigarette, peuvent dégager autant de noblesse. A la table des boui-boui, on s’observe fixement; fascination mutuelle.

De quelle bouse je me chauffe !

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Dans ces paysages grandioses, notre distraction vient des aigles immenses dont les ombres nous passent devant les roues, et des marmottes qui détalent. Un désert haut perché où il ne faut rien attendre : notre carte indique des villages qui n’existent pas et a oublié des kilomètres qui existent bien. De toute façon, lorsque se dessine une tente de nomades à l’horizon, ce n’est jamais bon signe : les chiens vont surgirent. Jusqu’ici, on croyait que les pires étaient ceux qui étaient attachés. Mais là, c’est un peu comme si ces chiens fous avaient brisé leurs chaînes et fonçaient droit sur nous, en aboyant “A l’attaque !” Des molosses dont les crocs ont déjà décoré nos sacoches. Alors, réaction à la hauteur de la terreur qu’ils nous inspirent, on prend les plus gros cailloux et on vise la tête de toutes nos forces en hurlant. Nous les amis des animaux, si si, on est devenu enragés !

Notre réconfort quotidien vient de la pause dans les cantonnements des ouvriers de la route. Un poêle et un saut de bouses de yaks pour combustible pour faire cuire nos nouilles chinoises et (Ô luxe !), manger au chaud.

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Manger ; en montagne c’est obsessionnel. 500 g de riz (cru) à deux par repas et des quantités folles de gâteaux et autres cochonneries. Ajoutez à celà des étapes de plus de 110 km a 4000 m d’altitude, et une éternité sans se laver les cheveux, et on s’effraie nous même !!

En tout cas, les monstres que nous sommes, fondent d’émotions en découvrant tous vos messages d’encouragement après ces semaines éprouvantes. Merci c’est essentiel pour nous.

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Le TIBET sur un plateau

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Litang, une bourgade dont la perspective des rues ouvre sur de gigantesques espaces cernés de cimes enneigées, rappelant la vulnérabilité de ce semblant de ville face à l’univers qui l’entoure. Un univers que nous avons traversé ces 12 derniers jours : 400 km que jamais nous n’oublierons. 8 cols a plus de 4000 mètres, dont 3 a plus de 4600 mètres, des montées de plusieurs jours, et des descentes de plusieurs heures, 2 tempêtes de neige, des jours de piste à se déchausser les dents, une giardiase dans les intestins, la rencontre avec un loup, et surtout des paysages époustouflants d’un Tibet Toit du Monde.

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Ce matin là, c’est le souffle des yaks autour de notre tente qui nous reveille. L’air pique. Nous sommes à notre premier col à 3900 mètres, c’est la la porte d’entrée vers la haute montagne et le début des nuits glaciales avec parfois, au reveil, du givre jusque sur nos duvets. Mais derrière une nuit de glace peut se préparer une journée de canicule : 40 degrés d’amplitude thermique; l’organisme joue à l’élastique mais parfois ça craque : crevasses aux doigts, lèvres…

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Far-West tibetain

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Les paumettes hautes et rougies par cet air et ce soleil qui brûle, le chapeau fier sur une tignasse brune épaisse et anarchique, un chapelet à la main, un couteau à la ceinture, une moto à franges, des physiques solides, des airs sauvages, rebels. On pourrait être effrayés si ces visages captivant ne se fendaient de larges sourires. Des hommes et des femmes aussi impétueux que leur environnement. Et c’est si beau. La région tibétaine du Kham et ses habitants donnent un sentiment de far-west que les Hans -l’ethnie hégémonique en Chine- essaient de dompter par le comsumérisme et les garnisons de l’armée. Deux mondes aux antipodes. D’ailleurs, barrages et check-point se sont multipliés depuis qu’il y a 3 semaines, de nouveaux affrontements entre moines et militaires ont rendu les Occidentaux indésirables dans les parages. Pour l’heure, nos chemins de traverses nous ont permi de passer à travers les mailles du filet et de goûter à l’hospitalité tibétaine.

IMG_6477Dans ces grandes maisons en forme de trapèze, aux boiseries richement décorées, on se colle à côté du poële pour manger de la tsampa et boire du thé au beurre de yak. ça cale un orgre et pourtant il faut garder de la place pour le riz, les pommes de terre sautées et les oeufs frits qui arrivent, accompagnés de pain tibétain pour pousser tout ça. Bref, ici, la tartiflette passe pour un menu minceur. Repus, on entend siffler le vent en s’endormant à la lueur des braises sous le regard bienveillant d’un Bouddha qu’éclaire une bougie.



On a roulé sur la Lune

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Des cailloux et une poussiere aussi fine que de la farine : voilà la piste qui doit nous conduire à notre premier col au dessus des 4000 mètres. Nathalie et Michel, deux cyclos confirmés rencontrés plus tard, avaient renoncé à cette ascencion de la Daxueshan pass, qu’on leur avait présentée comme irréalisable à vélo. C’est sans doute pour ça que les deux gardiens de yak venus se réchauffer autour de notre feu ce matin, nous regardent partir, perplexes. En effet, on échappera pas à la tempête de neige qui s’abat sur le col. Mais attendre, c’est risqué d’être bloqués.

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On se sent forts de notre exploit et si vulnérables face aux monstres culminant autour de nous. Dans ces lieux si proches des cieux, plongés dans cet univers où tout semble hors proportion, où l’on est incapable de juger des distances, où seul le vent brise le silence, les deux petits humains que nous sommes se sentent sur une autre planète, dans le Royaume de l’Au-delà. Comme dans un rêve, tout semble y être sans limite. C’est grisant, envoutant. Alors, même avec une giardiase dans le ventre et une seconde tempête de neige, on se lancera dans une nouvelle ascension douloureuse, pour franchir dans les bourrasques neigeuses notre plus haut col a 4760 mètres en pleurant de joie et de souffrance. Un autre jour, un autre col, et c’est un loup solitaire que nous rencontrons : nous le regarderons s’enfuire devant nous, nous qui pensions être seuls sur ce haut plateau suspendu à 4500 mètres, nous avions en fait planté la tente sur sa propriété !
Grisés et remplis de toute la grâce de ces espaces, nous redescendons dans les vallées, dans notre monde. On y remet en état les organismes et les vélos qui souffrent de ces escapades en altitude avec en tête une seule et même idée : retourner là haut. Le souffle court et les jambes lourdes, mais les yeux humides et l’esprits élevé.

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Compte tenu du climat tendu qui règne actuellement dans la région, l’accès à internet est trés restraint pour les étrangers. Nous avons donc du quitter Litang il y a 3 jours et passer 8 cols à plus de 4000 mètres sur la route du Sichuan-Tibet pour trouver une bourgade où nous pouvons nous connecter. Trois jours et déjà plein de choses à vous raconter. Mais il faudra patienter un peu… En attendant, à vos plumes, on attend nous aussi de vous lire. On vous embrasse.


Yak’à monter

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Nous voilà à Shangrila, 3300 mètres. La porte du Tibet historique. Les touristes débarquent en bus y souffent du mal des montagnes. Alors pour eux, nous sommes des extra-terrestres, des héros qu’il convient de prendre en photo. Nous n’avons pour mérite que celui de la sueur et de la lenteur mais nous nous prêtons au jeu des poses et des accolades, V de Victoire en avant (les asiatiques adorent). Il y en a même un qui nous a fait une révérence, genou au sol !

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Mais en parvenant jusque là, nous avons avant tout gagné le droit de nous lancer à l’assaut d’une des plus rudes et belles régions du globe. D’ici nous allons commencer par 400 km de piste pour rejoindre le village tibétain de Litang, après 4 cols entre 4500 et 4700 m. Mais ça, on vous le racontera plus tard…

La montagne, ca creuse

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Depuis notre départ de Lijiang (nous avons opté pour le bus couchette pour sortir de Kunming), c’est l’apprentissage de la haute montagne. Le retour du froid, des caprices du vent, les longues, très longues ascensions, répétées chaque jour. Des centaines de kilomètres de montées suivies de plongeons dans des vallées isolées, loin du 21eme siècle. Chacune y abrite une ethnie aux parures étonnantes. Les visages y sont tanés, captivants, marqués par cette vie montagnarde. On y a croisé nos premiers yaks, nos premières langues de neige, nos premiers cols a 3000 mètres, nos premiers stupas, et depuis peu, nos premiers tibétains. Beaucoup de premières qui ennivrent et recompensent des journées d’ascension. Les paysages y sont grandioses. Lorsque l’on se retourne, on voit la route sinueuse se hissant le long des versants : des kilometres de souffrances, des heures, des jours de pédalages qui tiennent sur quelques encablures à vol d’oiseau. Mais le plus dur, reste de gérer notre appetit. Gargantuesque !

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Le saut du Tigre n’entrave pas la bave des deux escargots

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Plusieurs tonnes de rochers obstruent une partie de la route tandis que l’autre a été  emportée, 600 mètres de vide plus bas. L’éboulement pourrait en entrainer d’autres. Il faut faire vite. Dans les gorges du Saut du tigre comptant parmi les plus profondes du monde, la route n’a gagné qu’un droit de passage temporaire sur la paroi vertigineuse. 3900 mètres a pic, des cîmes aux eaux courroucées du Yangtze. Le voyageur, gorge oblige, peut vite s’y faire avaler : pas ou peu de garde fou d’un côté, rochers instables de l’autre. ça monte et ça descend. Parfois dans les virages en descente, on se suprend a penser à la fiabilité du serrage rapide des roues avant ou au brevets déposés sur les freins VBrakes. Et puis bizaremenent on préfère arrêter de se polluer l’esprit avec de pareils considérations techniques…

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Le Tigre, dit la légende, aurait tenté de franchir d’un bond le Yangtze en contrebas. Sa fin tragique donna son nom aux gorges.Nous ne donnerons pas notre nom aux gorges, franchissant sans encombres le chaos de rochers effondres en portant une a une nos sacoches.Et tant mieux, car nos compagnons de route, tout drapés de blanc et culminant au-dela des 5000 mètres nous attendaient.Nous vous laissons, un peu frustré de ne pouvoir mettre en ligne toute les photos. On les garde de côté et dès qu’on peut, on vous offre encore plus de voyage en images.

Chin’Chin’ pour notre anniversaire

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L’émotion du passage de la frontière cède très vite la place à une question : qui devance qui ? Doublés par des nuées de scooters électriques ayant leur propre voie de circulation, ébahis par les panneaux solaires omniprésents, on se demande bien si la Chine n’a pas déjà fait le Grand Bond vers Demain pendant que l’Occident s’oublie à la critiquer. Ca fait bizarre pour un occidental de se rendre compte que l’Empire du Milieu est tout autant au centre du monde que le sien, et qu’il n’est pas seulement puissant par ses faiblesses (faiblesses du droit du travail qui en fait une terre de délocalisations, faiblesse sur les droits de l’Homme qui en fait un Diable au yeux du monde).

Made in China

Il y a eu dans cette gigantesque civilisation des détails qui ont fait l’Histoire occidentale. L’ère féodale, essentielle pour la construction de l’Europe, reposait sur la puissance des cavaliers et de leurs lourdes armures. Mais jamais un de ces hommes de fer n’aurait pu tenir sur son cheval sans un détail capital : l’étrier. Un détail venu de Chine, qui l’a inventé au 4ème siècle.

Et avec quoi se termine l’ère féodale ? La poudre à canon. Encore venue de Chine ou elle servait aux feux d’artifices. L’atelier du monde a toujours été : la boussolle qui nous guide, l’imprimerie, la courroie, l’horloge, le harnais, le papier, les oranges, abricots, peches, roses, azalées; pivoines… autant de choses parmi d’autres “originaly made in China”. Notre ancien monde est-il si ancien ?

[R]Evolution chinoise

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C’est par le Yunnan que nous entrons en Chine. Et tout ce que l’on avait prévu explose: les Chinois que l’on pensait froids sont accueillants, souriants, calmes, au pire, gentiment indifférents. Les vieux (car ils le sont), eux qui ont pris la claque du Grand Bond en Avant, le revers de la Révolution culturelle (et ses famines), et qui aujourd’hui assistent au spectacle du capitalisme auquel ils ne comprennent rien, nous regardent passer comme des OVNIS.
On quitte Hékou, ville frontière, qui comme beaucoup de villes chinoises n’est qu’un gigantesque centre commercial où déambulent des Chinoises aux belles jambes (et à l’air gauche sur leurs talons trop hauts). Cap sur un autre monde à un jet de pierre : la campagne.
Là encore, nouvelle surprise : la route figurant sur notre carte et qui s’enfonce au fond de la vallée du fleuve Rouge n’est plus. La vallée non plus  d’ailleurs. Tout est noyé sous les eaux d’un lac tout neuf avec son gros barrage, juste achevé. Ce qui reste émergé n’est qu’un chantier autoroutier à flanc de montagne sur plusieurs centaines de kilomètres.
Des dizaines de viaducs se construisent en même temps dans des conditions très rudes. Les villageaois expropriés habitent des camps, heu… pardon, des “villages”. Leur vie paysanne déjà dure est à reconstruire sur ce que l’autoroute et le barrage voudront bien leur laisser comme terre.

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A la place de la route, il ne nous reste qu’une piste poussiéreuse avec ses kilomètres à l’horizontal comme à la verticale. C’est beau, difficile, mais les bivouacs sont de belles récompenses, comme celui au milieu des rizières en terrasses.

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Sensations en revanche lorsqu’avec nos lourds vélos, il faut franchir les 250 m, d’un pont tout juste flottant, glissant, et avec des dizaines de mètres d’eau sombres sous nos pieds.

Dans les contreforts d’un géant

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Puis il nous a fallu 50 km d’une magnifique ascencion pour nous hisser sur la première marche des contreforts de l’Himalaya à plus de 2000 m, où nous attendait la ravissante ville de Jianshui, avec sa cuisine… qui elle aussi a pris de la hauteur. Un régal en direct : réveil tranquille à Jianshui, cap sur les viennoiseries des Hui (l’ethnie musulmane).
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Midi, direction la cuisisne populaire où contre un ticket de papier crépon, on vous sert d’immense bols où l’on plonge la tête pour s’empifrer de soupe de nouilles froides, de raviolis vapeur à la coriandre… pour quelques centimes. Le soir, comme il fait un peu frais, on choisit les grillades de rue bien épicées. Entre tout ça, des fruits et des légumes. Pointez une aubergine du doigt et elle réapparait quelques minutes plus tard délicieusement cuisinée.
En quittant Jianshui, nous avons découvert que malgré les panneaux d’interdiction aux vélos sur l’autoroute, il est tout à fait normal de prendre la highway à bicyclette. La première, c’est sûr, ca fait drôle de passer le péage avec un grand sourire pour monnaie. Sensation garantie.

Par dessus le Grand Pare-Feu

De notre anonyme chambre d’hotel des faubourgs de Kunming, nous préparons notre mission de subvertion: parvenir à poster ce texte sur notre blog. Impossible d’accéder à A Tour de Roues. fr. Les cybercenseurs chinois y veillent. Mais c’est sans compter la complicité du Dr No (alias Richard) et ses agents double qui se plient en 4 jusqu’à 2 du mat’ pour que ce site puisse vivre malgré la chappe de plomb chinoise. On tiens à leur dire un grand merci pour tout ce qu’ils font pour vous apporter sur vos écrans les saveurs de notre voyage.

Un an : selle anniversaire !!!

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Voilà un an, on s’élancait avec nos cernes, nos larmes, nos vélos trop lourds, et nos jambes en guimauves
à l’assaut du monde. Finalement il est petit le monde. On peut s’y balader à vélo. C’est en revanche le quotidien sédentaire qui est gigantesque, si vaste qu’on s’y perd parfois toute sa vie. Le monde est donc bien à portée de jambes, et le monde est beau et bon. On apprend lentement à y récolter de ses richesses pour les mettre dans notre monde intérieur. Car finalement, un voyage est peu être réussi lorsqu’on le prolonge par un voyage en soi-même. Apprendre à se laisser transperser par les émotions, sans que vascillent la flamme qui nous occupe, ne plus être esclave de ses sentiments sans être pour autant insensible. On y reviendra.
Pour l’instant, dressons un petit bilan à mi-chemin de notre aventure.
Un an donc : 13 050 kilomètres, 16 pays, 82 000 mètres de dénivelé positif, soit 10 Everest
4 crevaisons pour Benjamin et 2 pour Emilie, 45 arbres plantés
Température max : 59 degrés au Cambodge
Vitesse max : 71 kms/h
Plus longue distance quotidienne : 106 kilomètres
Plus longue journée : 8h20 sur la selle
Les frousses : la traversée de part en part d’une autoroute urbaine à Ankara pour Benjamin. Plier le camp en catimini à 4h du matin sans réveiller les chiens enragés en Thailande pour Emilie.
Ce dont nous n’avons plus honte : faire sécher nos slips partout où ca séchera et voler du PQ.
Nos fiertés : avoir appris que l’humilité est plus riche que la fièrté, et avoir appris à se servir de sa trousse de mécanique (pour Benjamin) ; réussir à faire naître le sourire chez les personnes du monde entier, rester propre en toute circonstance (pour Emilie) !
Les questions qui nous occupent :
Pourquoi s’en poser ? Benjamin.
Mais après quoi je pédale ? Emilie dans les montées et contre le vent.
Pas de “meilleurs moments” ou de “plus beaux endroits” car sur un tel voyage, l’objectif est de ne pas
restreindre ou limiter le monde.
Voilà, on vous laisse. Kunming nous attend avec le meilleur guide soi : She Jah (activechina.com), un ami qui nous a tellement simplifié la vie ici.
Tout comme les trois cyclistes qui nous ont escortés à travers la ville pour y trouver les magasins de vélos.
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Nous partirons ensuite vers le nord-ouest; là où notre altitude de croisière ne descendra plus sous les 4000 m. Une zone isolée où il sera difficile de vous donner régulièrement de nos nouvelles, mais c’est promis, on vous racontera tout. Et croyez nous, d’après ce que nous ont dit les guides aguerris du coin, ca va être riche en aventures. Vos messages nous parviennent et nous boustent toujours autant. Alors merci et à bientôt.

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Voila le moment de quitter Kunming et de dire au-revoir a Thomas, un cyclo recontre dans cette ville et son compagnon, Wilson, avec qui Thomas s’est invente des discussions lors de ses longues ascencions. Il revenait de la ou nous allons et allait la d’ou nous venions… autant dire que nos soirees etaient riches de recits et d’aventure. Il nous a raconté les cols frolant les 5000 qui nous attendent. Un autre univers ou nous nous lancons. Lasoso !!!

Sapa en images

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Apres l’article d’hier, voici notre balade du jour en images. Demain, au bout de 38 km de descente, il y aura la Chine !

Gargotte populaire a Sapa Gargotte populaire a Sapa

Marche de Sapa Hmong

Copine de cantine

Terrassons la montagne

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101 ans

Il faut grimper à 1600 m, au pied du plus haut sommet vietnamien (le Fan Si à 3143 m) pour enfin trouver, dans cette ville touristique de Sapa, une connexion internet. Aux portes de la Chine, nous nous offrons quelques jours de repos et d’altitude avant d’entrer dans un nouvel univers. Ces derniers jours nous avons pu profiter d’un Vietnam bien différent de ce que l’on avait jusque là percu. Sur la petite route boueuse et presque déserte, dans les vallées oubliées, nous avons eu quelques échanges avec les minorités ethniques. Un bol d’air au milieu des théiers, les retrouvailles avec les bivouacs et l’hospitalité.

Ah Chum !

Chum et sa mamanLa rencontre avec Chum restera le symbole de ce petit bout de voyage agréable au Vietnam : nous avions trouvé un petit endroit à l’abri des regards pour pouvoir faire pipi (enfin surtout Emilie) quand Chum est arrivé, nous apportant maladroitement du lait de soja chaud. Il se démène pour nous expliquer la route puis nous invite à venir chez lui, où il vit avec sa maman. Une maison des plus modestes, mais une famille Ô combien généreuse chez qui nous passerons la nuit. La maman, toute petite et des cheveux clairs sous son bonnet de laine, vend du tofu sur le marché du bourg. Chum, 23 ans, s’est exilé à Hanoï pour ses études et revient dès qu’il le peut dans ses montagnes. Leur vie de petites gens est dure, et pourtant ils savent non seulement cultiver leur bonheur mais également celui des autres. Et bien qu’ils n’aient rien, ils nous sera impossible de repartir sans un cadeau : des gants et une écharppe pour affronter la montagne et son froid. La première marque d’hospitalité rencontrée au Vietnam.

Ça pèle à Sapa

Première rencontre avec une petite femme des montagnesRetour à Sapa; la station d’altitude où il neigeait il y a peu. La ville est la plus froide du Vietnam.  Sur les 30 km d’ascencion, nous croiserons des dizaines de bus dont descendent des cohortes de touristes, appareils photos armés en avant, comme prêts à mener un safari tribal. Les parures des minorités montagnardes crépitent sous les flashs, on ne regarde plus qu’à travers un objectif le spectacle furtif de ces hommes et ces femmes. Petits mais forts et endurants, portant de lourdes hottes, ils sont le produits de ces montagnes abruptes qu’ils fasconnent en terrasses. La question que l’on se pose, c’est “que voient ces montagnards quand nous, touristes, sommes face à eux ?”. Ils voient sans doute des centaines de dollars dont ils n’ont même plus la notion, des appareils photos, des caméras, des chaussures de marches toutes propres, des lunettes… Tout ce qu’ils ne pourront jamais s’offrir. Car paradoxalement, ces peuples qui ornent tant de photos de touristes restent pauvres. L’argent leur file sous le nez dans des bus affretés par des compagnies basées à Hanoi, Saigon, Paris… Et, même si cela nous agace, on commence à comprendre que les gosses qui nous tendent la main en lancant “money, money”, et les femmes qui s’attachent en grappes autour des occidentaux pour leur vendre des babioles ne font qu’essayer de ramasser quelques miettes de ce tourisme de masse qui leur échappe.

Prêt pour le grand bond en avant

Rizières Ascencion

Qu’allons nous faire à Sapa ? Remettre en état les freins des vélos pour les descentes qui s’annoncent, tenter de sécher notre linge, imprimer quelques photos du Dalaï Lama (chose plutôt risquée chez les Chinois) pour les offrir aux Tibétains que nous rencontrerons bientôt (un modeste cadeau qui, semble-t-il, les touche beaucoup), nous balader et bien sûr, planter nos arbres ! Puis, quelques coups de pédales, un passage devant les uniformes et les tampons, et à nous l’Empire du Milieu !
Merci pour vos messages qui nous aident à pousser dans les montées.

En route

Un Vietnam doucement séduisant

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Nous sommes à Yen Bai, à 120 km de la Chine. Depuis hier, la route s’est rétrécie, les sourires apaisants se retrouvent sur les visages que nous croisons, les relations sont moins perverties… On se sent plus confiants. Côté paysage, les rizières sont surplombées par les plantations de théiers. La route monte et descend en permanence, pas bien haut, mais elle nous annonce ces mois de montagnes qui nous attendent, avec des cols parmi les plus hauts au monde… 3000, 4000, 5000 metres. On en à déjà le vertige.

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Hanoi en images

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Quelques photos d’Hanoi prises en ce premier jour de printemps. On aime bien cette ville qui bouillonne. Nous quittons la capitale demain et vous disons a tres bientot.

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Une exception en Asie du Sud-Est

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Rain powerAprès dix jours de grisaille, de froid et de pluie non stop, voilà notre premier rayon de soleil vietnamien ! De quoi nous reconcilier un peu avec ce pays où les rapports avec la population sont contrastés. On nous avait prévenu : “les Viets sont fous”, nous avait glissé un couple de cyclos belge  rencontré peu avant la frontière. Une frontière qui a d’office annoncé la couleur : un col tourmenté par de violentes masses d’air et de nuages se gonflant à vue d’oeil. Ici se rencontrent l’hiver nord vietnamien et la chaleur humide du bassin du Mekong. Un contraste détonnant qui nous saisit et nous plonge dans d’épais nuages. Dans cet univers irréel, une silhouette fantomatique se dessine devant deux phares blafards : engoncé dans son uniforme, le douanier nous attend. “No dollar, no stamp”. On fait mieux comme accueil. Ici le backchich est une institution. On refuse de payer; nos passeports sont repoussés du revers de la main. Les Viets qui passent s’aquittent tous d’un billet. Il nous faudra plus d’une heure de harcelement pour que les douaniers furibonds apposent le tampon sans le backchich. Une petite victoire : voyageurs à vélo, nous sommes suffisament vulnérables pour ne pas etre racketés par ceux qui sont censés représenter l’ordre. Mais ce sera aussi le présage de ce qui nous attend.

Le cliché viet

Fini le zen asiatique

Le règne des motosAprès le Laos, c’est le choc violent d’une société vietnamienne survoltée qui nous saute au visage. Sur la route d’abord. Ici on klaxone en continue et en ultra-puissance. Un enfer en décibel, la mort du tympan  et une loi primaire pour toute règle de conduite : plus je fais de bruit, plus je démontre combien de suis déterminé à passer dans ce magma humain sans freiner. Et puis c’est le premier pays d’Asie où l’indifférence bascule très vite dans le conflits.

C’est également la première fois que nous avons à nous battre systématiquement pour obtenir un prix “raisonnable” ou pour retirer le zéro en plus qui se glisse souvent dans l’addition. Pas toujours de principes, sauf celui de tirer un maximum des poches de l’occidental. Le problème, c’est que ca nous place sur la défensive. Heureusement qu’ily a quelques rencontres empreintes d’honneteté et de sympathie… mais elles restent trop rares.

L’autre Vietnam

En attendant les touristesDans les guides, ily a deux Vietnam : celui du Nord et celui du Sud. Mais cet autre Vietnam dont nous parlons, c’est celui des touristes. Un Vietnam factice, loin de celui, pesant que nous avons traversé. Une vitrine propre où l’on met des petits bouts de femmes (poids moyen 40 kgs pour 1m50) au chapeau conique et au sourire muet sur des bateaux à rames pour balader les touristes. Un univers où l’on règle en dollars des circuits bien balisés par les guides, où les prix sont bien élevés et où l’on sert le spectacle fabriqué qu’ils sont venus voir, avec entre chaque scène, douche chaude, wc propres, Viets anglophones et plats sans piments.  Une machine à capter les dollars douce, indolore et instituée. Mais si pauvre en terme d’échanges.

Hanoï, un gout de chez nous

HanoiNous avons renoncé à nous rendre dans la baie d’Halong en raison de la puie incessante. Hanoï, où nous nous sommes réfugiés pour reprendre notre souffle, nous est agréable. Suractive bien sur, mais pourvue de charme et de caractère. Le “Paris asiatique” l’appellent certains. D’ailleurs, il n’est pas rare d’y voir des berets bien franchouillards au milieu des chapeaux coniques et des casques du vietminh. Sécher nos affaires, manger autre chose que l’éternel et certes délicieuse soupe pho (le plat d’une nation dont on fait une overdose après plusieurs jours non-stop)…, bref, trouver du repos dans une capitale réputée pour son agitation, là encore le Vietnam nous surprend.

Bientôt nous quitterons Hanoï pour le nord du pays et la frontière chinoise. La terre des minorités ethniques. En route vers un troisième Vietnam ?

Fleuriste, Hanoi

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