Derniers tours de roues en Turquie

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patara 1Patara 2Patara 3

Patara, une plage et les vestiges d’une antique cité de Lycie. Pour nous, c’est d’ici que débute la piste lycienne qui, entre falaises, mer turquoise et neige, va nous offrir une dernière épreuve turque. Du niveau de la mer aux neiges des cimes en quelques kilomètres et litres de sueurs, on vous embarque pour une dernière virée en images sur nos vélos.

Lumière de fin de journée sur la voie lycienne © A Tour de Roues Problème d'échelle entre une gamelle et son molosse Fin de représentation, cité antique de Patara © A Tour de Roues 23 000 km qui ne s'effaceront jamais

Ombres chinoises de deux Français dans des vestiges grecs en Turquie ! © A Tour de Roues Parée pour la montée © A Tour de Roues Ca glisse !!! © A Tour de Roues

Vue sur la Turquie turquoise © A Tour de Roues Printemps précoce pour les euphorbes © A Tour de Roues Sur la piste © A Tour de Roues

Bivouac au col © A Tour de Roues IMG_2383

Un oeil sur la Turquie © A Tour de Roues

Lycian way 1 © A Tour de Roues1Lycian way 3 © A Tour de Roues

Demain, un bateau nous éloignera de ce pays où l’on a passé tant de temps. Nous avons fait plus que de traverser cette Turquie.Aujourd’hui comme il y a deux ans, elle fut le trait d’union entre “chez nous ” et les terres inconnues. Nous y avons désormais des amis qui ont marqué notre voyage. A tous ceux qui nous ont offert leur gentillesse, nous disons un grand “tesekur ederim”, et, à bientôt !

Merci à la Turquie ! © A Tour de Roues

La Turquie c’est Terre d’Aventures en famille

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Ligne de départ !

A Antalya, il y a un Club Med, façon cocktails de douceurs, farniente à volonté, amollissement des chairs (certains appellent ça « détente ») le tout dans un carde de carte postale : une mer limpide, côte escarpée sur un fond de montagnes enneigées. Vue comme ça : un paradis. Parfait pour former deux cyclos stagiaires : Vincent et Elise, venus partager un peu du quotidien de leur frère et d’Emilie. Parfait non pas pour le repos, mais pour avoir un bon aperçu de ce qu’est la longue et interminable lutte du cyclo. Car pour le voyageur à vélo, le fond de montagne enneigées c’est de longues heures de grimpe et de violents chocs thermiques en perspectives. La mer ? Ça veut dire du vent, beaucoup de vent (de face bien sûr) dans des montagnes russes comme seuls les ingénieurs de ponts et chaussées turques savent les faire. Voilà comment la carte postale du Club se transforme en baptême du feu. De quoi faire en quelques jours, de vrais cyclos à partir de touristes de passage !

Il nous aura fallu pédaler comme des forçats pour accueillir Vincent et Elise à temps pour ce qui sera leur premier voyage à vélo. Pluie battante, 1000 mètres de dénivelé quotidien et de longues heures sur la selle jusqu’à Antalya : on donne tout ce qu’on a. Au point que le 31 décembre, un verre de vin suffira à nous coucher à…21h. Mais le 4 janvier, nous sommes à l’aéroport d’Antalya pour réceptionner Vincent et Elise avec leur gros cartons de vélo. C’est parti !

Temps de chienVincent fuit l'orage

Cirali, petit village au fond d’une vallée isolée ouvrant sur la mer. Ce qu’on ignore en y descendant, c’est que contrairement à ce qu’indique la carte, on plonge dans un cul de sac d’où on ne s’extrait que par une raide ascension de 7 kilomètres. Il y a bien une possibilité de sortir en passant une rivière à gué, mais les pluies qui débutent la rendront bientôt infranchissable. Le village est éteint. En guise de comité d’accueil, une chienne nous suit toute heureuse jusqu’à la pension où nous nous installons. Nous l’appellerons Steaka, hommage à la balafre béante et toute fraiche qui lui parcourt la cuisse.

Petite grèle d'hiver Coup durLe lendemain matin on ouvre la porte. Le ciel gris pisse tout ce qu’il peut. Sur le paillasson, la chienne est toujours là, remuant sa queue. Elle ne nous quittera pas. La météo nous contraint à attendre dans cette pension, sorte de bastion hippie défraichi. Quarante années sont passées depuis que le peace and love version turc avait pour capitale ce petit havre de paix, mais les réflexes sont restés là : «  vous voulez aller voir les Chimères ce soir ? Prenez ma voiture, les clés sont sur le contact », nous propose la patronne. Les Chimères, des flammes s’échappant du sol qui ont nourrit bien des histoires depuis l’antiquité. On laisse d’abord le ciel calmer sa colère avec une tempête de grêle et d’éclairs qui grille le réseau électrique. Puis on prend la voiture dans la nuit. Problème Steaka se met à suivre l’auto en courant. Impossible d’accélérer sur ce chemin défoncé par l’orage. On la voit dans nos rétros cavaler tout ce qu’elle peut. Ok, ok, ok, on a pitié, ce n’est pas humain de faire courir un chien blessé sur près de 5 km.

Les ChimèresOn s’arrête et elle bondit illico dans la voiture. Voilà, on est bon pour visiter le site des Chimères avec une chienne errante. Pourtant, à ce moment là on ignore encore combien elle va nous être utile.

Deux entorses au réglement : on prend la voiture et on fait ami ami avec un chienLes Chimères devraient être là par dizaines, brulant dans la nuit sur le flanc de la colline. Mais l’orage a presque tout éteint. Seules trois flammes subsistent. Mais  par un heureux hasard, on s’aperçoit que la chienne adore se faire des « shoot » au méthane : dès qu’elle sent du gaz s’échapper d’entre les rochers, elle y colle la truffe et s’en met une bonne dose. On a juste à la suivre avec un briquet pour rallumer les flammes ! Derrière la chienne, la colline s’embrase. Le spectacle des flammes avec les éclairs dans le ciel est fascinant. Nous qui pensions que ce voyage nous avait fait détester les chiens pour toujours…

Nous quittons Cirali. Au menu : petites routes et gros dénivelés, passage à gué, mer turquoise surmontée de crêtes parfaitement enneigées. Le vent de face et les orages ne nous arrêtent  pas et nous atteignons Ucagiz. De ce petit port entouré d’îlots, nous marcherons jusqu’à ce qui reste de Simena, cité antique qu’un séisme a plongé sous les eaux. De la mer limpide où nous osons une baignade, émerge le haut des tombeaux lyciens.  Ici, c’est la trêve avant de reprendre nos vélos pour attaquer l’épreuve redoutée par nos deux stagiaires : la montagne.

Passage de gué Assaut contre la pluie... et le ridiculeBaignade plutôt fraîche à Kekova Inspiration nocturne lors de la sortie pipi de VincentUcagiz, petit paradis Ucagiz depuis notre balcon :  escale sympathique !

Deux stagiaires à la montagne

Elise cherche ses vêtements« Mon leggins, mon débardeur, mon sous pull,  le T-shirt manches longues de Benjamin, ma polaire, la polaire d’Emilie… j’ai tout mis et je me gèle ». Elise est un peu frileuse, mais c’est vrai que ce matin il pèle méchamment. Pourtant nous ne sommes qu’à 600 mètres et nous serons ce soir trois fois plus haut, où nous devrions encore perdre 7 degrés. Nous rallumons le feu le temps de plier le camp et de regagner au plus vite la route au soleil. La montagne, c’est toujours très beau, mais ça ne fait pas de cadeau. Vélo sans chaîne, cyclo qui peineQuelques instants plus tard, nous voilà en T-shirt, transpirant dans des épingles à s’en décrocher le cœur, sur une piste impraticable sur 15 km qui devait être une route d’après la carte. C’est toujours dans ces moments que les galères s’enchainent comme des perles : cette fois, c’est une crevaison ! Simple crevaison. Etonnant car ces derniers jours, nous nous étions habitués à mieux : deux pneus explosés, un roulement en vrac, un câble de dérailleur cassé, une crevaison par jour, une tige de selle KO… Alors, quand juste avant que la nuit et la neige ne tombent, Vincent nous arrête en criant : « j’ai pété ma chaîne ! », c’est l’excitation du vrai défi mécano !

11.750 km pour un pneu qui n'ira pas plus loin

Ascension vers les cimes pour Vincent Bivouac autour du feu

Vincent entre mer et montagne Barbiers & Cie FIn de journée en montagne pour Elise

Arrivée à Antalya avec tous nos stagiaires sains et saufs

Au final la réparation de la chaîne aura tenu le franchissement du col à 1600 mètres. Puis, c’est le plongeon vers Antalya, un autre univers. Voilà, leur première à vélo est bouclée. Nous allons fêter ça par une douche brulante, un énorme kébap, un barbier (pour Vincent) et du shopping (pour Elise).  Finalement, ce ne sont pas des vacances le voyage à vélo, mais c’est quand même bon, hein ?! Bravo à Elise et Vincent ! Quant à nous, nous revoilà tous les deux, prêts à accueillir d’autres stagiaires sur la route de notre retour.

Dernière montée et toujours partant !

Escapade à Chypre

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Un coup de tampon pour Chypre

Sur le pont avant du navire, seul le bruit de l’étrave se fait entendre. Le sommeil se dissipe lentement du visage des matelots après une nuit bien courte. Mais c’est surtout la beauté du paysage au petit matin qui plonge chacun dans une contemplation. L’eau est limpide et l’île vers laquelle nous naviguons est celle d’Aphrodite, déesse de la beauté. Nous débarquons à Chypre, 3ème île de la Méditerranée. Un paradis coupé en deux depuis bientôt 40 ans : partie turque au nord, grecque au sud et ligne verte au milieu. Ça n’empêche pas les britanniques (qui ont occupé l’île) de venir se faire rougir au soleil.

Une île pour deux mondes

Chypre nord sous le regard d'Ataturk D’ailleurs, au milieu des camions qui débarquent en même temps que nous, nous roulons à gauche. Dans la ville de Girne où nous arrivons l’ambiance est un étrange mélange de Turquie et d’Europe.Cathédrale St Nicolas avec son minaret à Famagusta “Ça ne dépend que d’eux. Ce sont les dirigeant du sud qui ont coulés les dernières négociations et les perceptives de réunification”, nous interpelle un ancien gradé de Chypre nord. Plus tard à Nicosie, seule capitale d’Europe coupée en deux, dans le no man’s land de la ligne verte où tout est figé depuis 1974, un groupe de militants occupe les ruines de bâtiments abandonnés dont certains sont encore criblés de balles. L’ONU, empêtrée dans les lourdeurs administratives ne peut les déloger : “on occupe cette zone pour tirer un trait d’union vers la réunification. Et si les dirigeants des deux parties de l’île s’accordent pour intervenir alors on aura au moins réussi à les mettre d’accord pour une première fois”, ironise un jeune.

Champagne de Noël à la réception de notre pension turque à ChypreL’incursion que l’on fait dans la partie grecque de l’île, celle qui est la plus européanisée, nous fait froid dans le dos. La ligne verte et ses sacs de sable séparent bien deux monde : les prix explosent, le culte du paraître s’impose, le superficiel règne à l’image des vitrines toutes plus clinquantes et tape à l’oeil les unes des autres. Fini aussi les sourires. Demander sa route provoque un réflexe de recul, presque de peur. Chacun sa bulle. En ce 24 décembre, l’ultra-conso bat son plein et nous rend nauséeux. On se sent étranger dans ce monde qui pourtant est le notre. Vite on repasse côté turc,  plus calme et chaleureux. Tant pis, pas de clocher pour Noël mais un kébab et un demi de champagne de Cappadoce que le patron de notre pension ouvrira pour nous.

Préretraite pour cyclos au long cours

Cap sur Karpaz Christian comme voisin

Christian au départ de notre premier bivouac chypriote IMG_2654

A trois, on se sent plus résolus. Christian, patriache cyclopédique en tour du monde depuis 5 ans agite ses mains pour montrer qu’il ne comprend pas pourquoi les militaires nous barrent la route. Il faut dire que nous avons déjà rencontré Christian à 3 reprises en Asie centrale, là où franchir un barrage de police peut être une véritable épreuve de force. Alors, pour lui comme pour nous ce ne sont pas des plantons de Chypre nord qui vont nous empêcher de passer. Bref, chacun de nous trois y met de son talent pour faire céder les soldats. Mais les bougres en treilli tiennent bon… Vestiges à Salamis © A Tour de RouesLe point final de nos négociations sera mis par une détonation à notre gauche suivi d’un sifflement au dessus de nos têtes et, quelques secondes plus tard, d’une déflagration sur notre droite. A ce moment nous comprenons : nous sommes en plein milieu d’un exercice de l’armée de Chypre nord, pile poil sur la trajectoire du canon des chars qui canardent. OK, OK, on s’en va.

Mis à part cette épisode, nous avons passé avec Christian de belles vacances au rythme doux le long des côtes, entrecoupées de baignades, visites et bivouacs de rêve dans la magnifique pointe sauvage de Karpaz.  Une vraie préretraite de cyclo au long cours. En revanche c’est aussi lors de cette agréable parenthèse que nous ferons une rencontre bien écoeurante . Étonnement c’est “une des notre”, une cyclo solo canadienne qui nous a démontré qu’on pouvait faire tenir sur un si petit vélo et dans deux petites sacoches autant de malhonnêteté, de mauvais coups et d’égocentrisme.Au départ de Chypre © A Tour de Roues Une véritable insulte à l’esprit des voyageurs à vélo que l’on a connu depuis 21 mois sur la route !

Même si en ville on nous affirme qu’il n’y a pas de bateau pour retourner en Turquie, un tour au port de Girne et nous voilà avec nos billets pour embarquer dans l’heure. Des fois il ne faut pas chercher à comprendre… Mehmet, le matelot nous attend sur le quai. On embarque sur le bateau réservé aux poids lourds. Une fois de plus, nous allons être au centre de leur curiosité et de leur effluves de cigarettes pendant les 6 heures de traversée. Le vent est violent. Ca promet…

Le soleil se couche sur Tasucu, port d'arrivée en Turquie

Dans quelques jours, la suite de nos aventures avec le récit de la venue d’Elise et Vincent pour une échappée familiale entre la mer et les montagnes : deux semaines pour leur offrir un concentré d’aventures ! A bientôt.

La mer en fil d’Ariane

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Petits pêcheursnprès d'Antioche

Voilà voilà, l’aventure se poursuit. On est resté silencieux de longues semaines mais pas inactifs pour autant ! Juste quelques jours de balades à Chypre avant de foncer sur Antalya pour réceptionner Vincent et Elise, le frère et la soeur venus partager un peu de ce qui a été notre quotidien ces 20 derniers mois. Alors commençons par vous raconter la fin de notre année 2011 entre Turquie et l’île de Chypre. En voici la première partie.


IMG_1341 28 novembre 2011. Les retrouvailles se font dans une fin de journée ensoleillée : elle est là, valse sur les galets, nous ouvrant un horizon plat où se couche le soleil. Il n’y a que le doux bruit des vagues. Nous revoilà face à notre mer qui nous mènera chez nous. On ne peut plus se perdre. Au sud, on voit la Syrie. Derrière nous, la route mène à Hatay, l’ancienne Antioche, cité des croisades, des premiers apôtres et des plus belles mosaïques au monde. Clocher et minaret à Hatay (Antioche)Aujourd’hui musulmans, juifs, chrétiens y vivent ensemble et en paix. Une paix dont les visages métissés descendant de païens grecs et romains, de chevaliers croisés, d’orthodoxes arméniens, de musulmans ottomans ou des arabes sont les garants. Face à la Méditerranée nous mettons cap au nord. Piste déserte et somptueuse entre mer et montagne. On la voudrait sans fin. Et quand on parvient au premier village, c’est pour planter notre tente au milieu des mandariniers ployant sous leurs fruits mûrs. Kilométriquement les journées sont courtes. A chaque village son invitation pour un çay, des kilos de clémentines, des pides sortant du four.Mozaïque à Hatay Les nuits, elles, sont animées : les sangliers tournent autour de la tente, les chauves-souris géantes hurlent, les pêcheurs font péter leur TNT et les chiens, ah les chiens, se chargent du réveil. On a pas fait les fiers le jour où 6 kangals (des monstres appelés chiens) en patrouille matinale sont tombés sur notre bivouac. Ça grogne et ça aboie tout autour de la tente. On s’en sortira en restant immobile, étouffant notre respiration dans nos duvets histoire de se faire oublier de la meute. Ça prendra tout de même 3/4 d’heure !

© A Tour de Roues Récolte du coton près d'Hatay © A Tour de Roues Bivouac en bord de mer près d'Hatay Réveil vitaminé

Un sprint pour un pote

Kadir me prête son tricycle à MersinDans une main, le téléphone avec un message signé de Kadir, le collègue, l’ami : “je prends un avion demain pour Mersin alors pédalez !!!” . Dans l’autre, la carte qui froidement aligne les dizaines de kilomètres nous séparant de la grande cité portuaire. La bonne surprise de Kadir s’avère être un véritable défi : abattre 230 km en une journée et demi à travers le delta au sud d’Adana. Un sprint dans un labyrinthe de petites routes anonymes et tortueuses. “Même si vous réussissez par miracle à trouver votre chemin, vous ne serez jamais à temps à Mersin ” s’esclaffe un vieil homme à qui on demande notre route. Sans doute ignorait-il combien ça motive de retrouver un ami qui n’hésite pas à prendre un avion d’Istanbul pour vous accueillir dans l’appartement familial. Reste qu’après une journée de plus de 8h, 150 km vent de face, dont un bout à rouler sur une autoroute de nuit, nous reconnaissons une grande silhouette familière qui traverse la rue et s’approche de nous : c’est celle de Kadir. Madame Notre Voisine à MersinOn a réussi. C’est qu’il faut pédaler fort pour être à la hauteur des potes ! Ces moments passés avec lui nous permettrons de connaître un peu plus les subtilités de ce pays qui nous plait tant.  Merci aux parents de Kadir, car la grosse semaine passée dans l’appartement de Mersin nous a permis de nous reposer dans le confort de la vie sédentaire et de commencer à réfléchir à l’avenir au retour. Merci aussi à Madame la Voisine, particulièrement attentionnée à l’égard de ses nouveaux voisins français.

Miss aubergine Mosquée à Hatay Ataturk chez le boucher

A tour de rouleau

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T'es goofie ou regular ?

On est comme ça nous… rien ne nous effraie ! Pas même les mega “tuoube” de la Méditerranée ! Intenses les vacances à Chypre ! Promis, dès que  ça se calme un peu, on vous envoie la suite de nos aventures histoire de bien commencer l’année. En attendant, passez de beaux instants pour cette fin d’année 2011.

La boucle est bouclée

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Au sommet

Reveil glacialLa morsure du froid est telle que même dans la tente, collées à nos duvets, nos gourdes gèlent. Et nous aussi. La nuit en Djavakhetie, sur un plateau à 2200 mètres entre Géorgie, Turquie et Arménie, la survie ne tient qu’à un bon duvet. Contrée sauvage peuplée d’Arméniens, ces montagnes nous offrent le film somptueux de leurs paysages où les lacs se font peu à peu prendre par les glaces. Le ciel est bleu, la terre est nue, les hommes luttent contre le froid à grands coups de chaleur humaine et de simplicité.

On pédale contemplatifs quand une Lada s’arrête devant nous, le canon d’un fusil sort par la fenêtre du passager et deux détonations claquent. Sur le bord de la route, une nuée d’oiseaux s’envole, sauf un. Un des occupants de l’auto, fier de son tir devant les deux femmes assises à l’arrière, sort le ramasser avant de reprendre la route. C’est comme ça ici : pas de fleuriste, pas de pâtissier… alors quand on va chez des amis, on amène ce qu’on trouve.

Le boire pour le croire

Epiciere de villageAvant d’atteindre l’air sec et limpide de la Djavakhetie, il nous a fallu sortir des brumes. Celle des vallées au-dessus de Tbilissi : deux jours trempés et frigorifiés à ne pas voir à plus de 5 mètres. Heureusement, il y avait la richesse de ces pauvres gens qui n’ont à vous offrir que le poêle à bois et leur sourire édenté. Des gens contre qui la vie et l’histoire se sont acharnées mais qui ont une telle dignité qu’elle vous donne une leçon pour le reste de votre existence.

Et puis il y a eu les brumes des lendemains de soirées Géorgiennes. A Tbilissi, nos hôtes, Marina et Zaza, nous ont invités à une soirée avec leurs amis. Il faut le boire pour le croire. Zaza, ancien champion soviétique de natation a des épaules à faire peur à un rugbyman. Soiree chez des amis a TbilissiPlus impressionnant : sa soif et son hospitalité sont à la même échelle. Résultat : quand après avoir trinqué à l’Amour, aux femmes, à la Géorgie, à la France, à l’amitié franco-géorgienne, à Emilie, à Benjamin, aux enfants, aux belles-mères, à la tradition, à la famille, au sport, à la paix, au voisinage, au narguilé qui ne veut pas s’allumer… (le reste on a oublié), Zaza s’est envoyé 10 litres de vin tout en affichant une sobriété de circonstance . Cet art du repas et du toast s’appelle le Tamada. Expérience inoubliable mais qui anéantit toute capacité de pédalage le lendemain. Reste qu’après une nuit où on a cru que notre lit s’était métamorphosé en raft, Zaza nous a accueilli dans la cuisine en levant un verre … de bière à notre santé.

Retour en terre conquise

Il est juste à 100 mètres et pourtant le sol turc se dérobe à nos espoirs. Le petit poste frontière où nous nous présentons est fermé. Raison inconnue. Les soldats qui nous ont interceptés ne lâchent rien. Demi-tour, la boule au ventre, 60 km de montagne pour rien, ça rend amer. D’autant que derrière la frontière nous attendent les amis Suisses, Marie-Jo et Rodolphe, ainsi qu’un beau symbole : celui de regagner une terre connue, aimée, d’avoir bouclée la boucle, accompli le programme que nous nous étions fixé, revenir sur ce qui fut, il y a 17 mois, notre dernière marche européenne, et qui sonne aujourd’hui comme la première de notre retour. Demi-tour donc pour un détour de plus de 100 km. Mais l’impatience des retrouvailles poussera Rodolphe et Marie-Jo à venir à notre rencontre côté géorgien. On se retrouve dans le froid de la nuit, dans un chemin au milieu des champs, de nul part… chez nous quoi ! Le lendemain, on remonte sur nos vélos pour franchir la symbolique frontière Géorgie – Turquie avec une amicale accolade du douanier turc aux yeux bleus.

Six jours de vacances

33 ans a Dyarbakir, Turquie

MJ et RodVertige géographique. Tout file si vite. Même les ascensions, les cols enneigés. Dans le camion de Marie-Jo et Rodolphe, nous célébrons le gruyère suisse, surfons sur la 3G dans les campagnes Est-anatoliennes et nous réchauffons à grand renfort de tisanes helvétiques. Ainsi nous passons une zone sensible où nous n’avions pas envie de jouer les touristes : Van porte les stigmates du meurtrier séisme qui l’a frappé quelques jours plus tôt et le Kurdistan est sous tension avec son cycle offensives/représailles entre la guérilla et l’armée d’Ankara. Zone très militarisée, on a eu du mal à trouver des bivouacs en sécurité. Quant aux tempêtes de vent, elles nous ont tenu plusieurs nuit éveillés. Mais on a reussi à passer une belle soirée pour les 33 ans d’Emilie dans le caravenserail de Dyarbakir. Et puis ce fut la reprise, avec des vélos remis en état. Comme une rentrée des classes…

La clinique du velo Operation sans anesthesie a la clinique des velos © A Tour de Roues - Rodolphe S.

Dans les neiges du Mont Nemrut

Ascencion du Nemrut et premieres neiges Nemrut

Nemrut10 km pour grimper plus de 1100 mètres de dénivelé. Même sans les sacoches, l’ascension pour le mythique mont Nemrut à 2150 mètres est un beau morceau. Après 6 jours sans pédaler, il fallait bien ça pour canaliser l’énergie accumulée. Mais les 3 derniers km sont redoutables : pentes extrême et vent glacial balayant l’étroite bande de route déneigée courant sur la crête. Heureusement, les voitures de touristes turcs nous font une haie d’honneur et la vue sur le lac Ataturk et l’Euphrate est prodigieuse. On laisse les vélos pour gravir à pied les 200 derniers mètres de dénivelé dans la neige et la rocaille. Puis nous voilà dans un autre monde, celui de ces visages de pierres faisant face au couchant, pluri-millénaires, oubliés sur leur mont pendant des dizaines de siècles. Ils ne semblent plus faire partie du monde des mortels, présents sans l’être. Comme si ces visages de Zeus, d’Apollon, d’Hercule émergeant de la neige étaient entrés dans l’éternité. D’ailleurs le froid nous saisi déjà à mesure que le soleil décline. Pauvres vivants nous devons redescendre laissant ces mythiques statues à la pleine lune qui vient leur rendre visite. Le lendemain, la neige tombera plongeant ces colosses dans leur long hivernage annuel. La chance nous a donc sourit en nous laissant les portes célestes du mont Nemrut ouvertes le temps d’une ascencion à vélo.

Nemrut Nemrut

Nemrut

Baklava bien

Accueil a Gaziantep

Les bivouacs sous les pistachiers nous avaient mis au parfum : notre route, par le plus heureux des hasards, croise la capitale mondiale du baklava : Gaziantep. Autres delices de GaziantepNous y voilà donc, contraints par le temps maussade d’y rester plusieurs jours. Alors, comme on enchaîne plus de calories que de kilomètres, on se donne bonne conscience en dédiant les baklavas par centaines de grammes à Luc et Ingrid (baklavaddicted), à parrain dont c’est l’anniversaire, au cap des 150 000 mètres de dénivelé grimpés (17 Everest tout de même !)… On prendra ensuite la direction du sud pour longer la frontière avec la Syrie jusqu’à l’ancienne Antioche. On prend le temps de savourer cette Turquie si acceuillante. Le geste n’a pas changé, le pouce et l’index se joignent pour tourner une invisible petite cuillère, c’est l’invitation au çay, prélude de bien d’autres gestes d’hospitalité. Entre les amis qu’il nous reste à nous faire et ceux de notre précèdent passage que l’on veut revoir, la Turquie risque de nous occuper un petit moment. Tant mieux !

Mise au point matériel : sacoches Vaude ou Ortlieb ?

Une fois n’est pas coutume, on tient à sortir un carton rouge, qui, on l’espère aidera les cyclos en préparation à répondre à la question : sacoches Vaude ou sacoches Ortlieb ? Nous avions choisi Vaude et on le regrette. Outre quelques soucis de fermetures (pressions qui cèdent) dès le 4 ème mois de voyage, ce sont les coutures thermo-soudées qui se sont décollées depuis la Chine. Plus étanches, ces sacoches ne valent plus rien. Un gros désagrément qu’à égalementrencontrée une amie cyclo canadienne. Probleme sur les sacoches VaudeMais plus problématique encore, Vaude France n’a pas répondu à nos appels à l’aide et nos relances. Seule solution proposée par notre revendeur : ramener les sacoches au magasin pour les examiner (difficile vue la distance) pretextant que Vaude n’avait jamais eu de defaut de ce type sur leurs sacoches. Dommage qu’à la différence des marques références dans l’outdoor, Vaude France ne ne soit pas à l’écoute des cyclos qui éprouvent au long cours leur matériel et ne daigne même pas proposer la moindre solution adaptée aux voyage au long cours. Conclusion, Vaude nous apparait comme en dessous du niveau recquis pour ce genre d’aventures.

Cette Turquie qu’on a failli ne pas quitter

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Bombe désamorcée à l’aéroport d’Ankara


Devant l'aeroport d'Ankara

« Nous sommes désolés mais nous ne pouvons vous laisser embarquer ». Rester calme, ne pas étriper l’hôtesse de l’air ridiculement accoutrée en Marie Poppins. Ne pas laminer le panneau publicitaire de la compagnie aérienne qui clame : Q…Airways It could’nt be simpler ». On vient d’abattre 400 km vent de face sur le désertique plateau anatolien, bravé la traversée d’Ankara, nous retrouvant parfois sur des autoroutes à 10 %  où l’on a assisté à des accidents parfois meurtriers, mené des razzias de cartons à travers toute la ville pour emballer nos deux vélos, acheminé plus de 100 kilos de bagages jusqu’à ce foutu comptoir … pour qu’au final on nous refuse l’embarquement au motif que « la carte de crédit utilisée pour le règlement des billets n’est pas la même que celle que nous avons aujourd’hui » ???!!! On a beau nous le dire avec sourire, ça a du mal à passer. Appeler la France, mettre en branle toute une chaîne pour que quelqu’un dans une agence du Crédit Agricole mette la main sur mon ancien numéro de carte… avant que l’enregistrement ne soit fermé. Cette personne l’ignore sans doute, mais elle a sauvé notre vol mais aussi le stewart dont on avait bien envie de tailler le règlement en pointe pour lui …

Bref, on a embarqué pour un  bond de 17 000 km qui nous a fait atterrir la tête en bas, en Australie.

Reste que l’on commence a avoir l’habitude des moments de stress a chaque fois que l’on « triche » en prenant un transport autre que nos vélos. Laissez nous vous raconter… On vous l’a promis, voici la Turquie pour le pire et surtout le meilleur.

"La piste n'est sable et poussière que pour celui qui regarde ses pieds"

Samedi noir pour Bison futé

Ce samedi, c’est du costaud. A force d’accepter les invitations quotidiennes des Turcs, on a pris un sérieux retard dans le planning. Du coup, pour être à temps en Cappadoce et y accueillir la famille, on se résigne à prendre les transports. Donc aujourd’hui c’est saut-de-puce-en-bus pour Ankara où nous prendrons un train pour Kayseri, « parce que le train, ça rend le voyage tellement plus poétique », pensions-nous.

On arrive devant le bus. A notre vue, l’aide-chauffeur bondit de son banc, gesticulant comme un pantin, gueulant comme un putois. D’un geste de la main accompagné d’un sifflement, je lui demande de baisser les décibels et de commencer par le traditionnel « Merhaba ». Ca le calme un peu. Il remonte son pantalon trop grand pour lui, m’intime un « ticket » sévère. Je lui tends et lui explique qu’il n’a qu’à appeler la compagnie qui nous a vendu les billets en nous affirmant que les vélos ne seraient pas un problème. « Ok, money » lance-il. Autrement dit, backchich. D’autres pays que nous allons traverser s’en sont déjà fait une spécialité. Hors de question que la Turquie rejoigne ce triste groupe. Je charge moi-même les vélos pendant qu’Emilie lui fait comprendre qu’il n’aura rien. Il cherche du renfort du côté du chauffeur. En vain. Cette fois-ci, on s’en sort bien.

Ankara. Le train maintenant. Voilà deux heures que l’on attend un train en retard que personne n’annonce. Les contrôleurs s’approchent, entament la discussion. Soudain, leur ton change : “ticket !” On sort les notres. “Biciklet tiket !”. Ah non, ils ne vont pas recommencer ! On explique une nouvelle fois qu’au guichet on ne nous a rien demandé pour les vélos et qu’on ne sortira pas une lira de plus. Le train arrive avec 2h de retard. On charge les vélos dans la précipitation quand un des contrôleurs me pousse vers l’extérieur. Je lui tiens tête et l’invite à appeler la police si vraiment nous sommes en tort. Scandale. C’est un militaire parlant anglais qui viendra jouer les médiateurs, nous donnant raison mais ne voulant pas manquer de respect à ce vieux bouc de contrôleur. La situation s’apaise. Le train part. Il sillonnera lentement, très lentement, tout le plateau anatolien la nuit durant. Notre wagon « populaire » est un vrai théâtre dont nous avons donné le premier acte :  engueulades, fous rires… tout se joue devant nous… jusqu’à l’arrivée dans Kayseri endormie. Il est 4h. Nous aurions dû arriver à minuit. Demain c’est promis, on reprend nos vélos.

Ca sera toujours mieux que le train !Ce sera toujours mieux que le train

SaladEtLoukoum !

Il faut dire que la Turquie à bicyclette, c’est avant tout un parcours truffé de bonnes surprises. Pas un jour sans que l’on nous arrête pour nos offrir des fruits, des légumes, un thé ou un toit. Parfois une voiture arrivant face à nous change de trajectoire, fonce droit sur nous et s’arrête à deux centimètres de notre roue avant, manquant de nous faire tomber : « Mais il est c.. ou bien ? ». Une main sort de la fenêtre et vous tend … un melon. Dans la voiture, une tribu de moustaches et de sourires édentés. Les bras vous en tombent. Ebeté, vous en ramassez un pour saisir le melon. Puis la voiture repart.

Les mains dans les pates"Alors tu vois, moi je fais comme ça pour bien laver les petites taches..." Vaisselle d'altitude

Parfois on vous propose un thé, auquel succède une pastèque, auquel succèdent du miel et des biscuits, auxquels succède un plat, du fromage… ça n’en finit jamais… et impossible de refuser. Parfois, on s’arrête simplement demander de l’eau à une famille qui pic-nique dans son jardin. Emilie est conduite dans la maison et quand elle revient une minute après les gourdes pleines, Benjamin est déjà attablé une cuisse de poulet dans les mains. On finit toujours par la séance photos avant de repartir après de longues et fraternelles embrassades, les yeux quelques fois humides.

"C'est le mien"Mehmet, l'oasis

Le directeur de la bibliothèque au coeur en or

La bonne étoile du drapeau turc

Mais pour mériter toutes ces rencontres, il a déjà fallu reprendre la route. Pas facile de quitter la fascinante Istanbul. La perspective de nous extraire de ce monstre urbain ne nous enchantait pas non plus. Après un rodéo dans sa folle circulation, on a embarqué pour l’entrée nord du Bosphore. Premiers coups de pédales pour gravir un mur au sommet duquel Benjamin –qui refuse de pousser son vélo- sera surpris par une belle hypoglycémie. Pour une reprise, ça commence fort. Nousret, rencontré lors de la traversée du Bosphore, nous invite dans le petit restaurant de poissons de son village natal. Modeste, timide, Nousret s’avère être un érudit parlant plus de 5 langues dont un français parfait. On redécouvre l’histoire de la Turquie sous une lumière captivante. Nous aurions aimé passer la soirée en sa compagnie, mais la route nous appelle. Très vite on affronte le relief répute de la côte de la mer Noire. L’air est saturé  d’humidité. On s’épuise. Mais les paysages, les routes désertes et surtout le plaisir de retrouver de la végétation nous donnent de la force. Ca tombe bien parce qu’il va en falloir.

Nousret, l'érudit du Bosphore

Il fait déjà nuit lorsque nous entrons dans Riva. On ne sent pas cette ville où l’alcool semble régner sur une jeunesse venue se défouler en dehors d’Istanbul. Ici, le fric prévaut sur l’hospitalité. On demande au tenancier du bar (un cousin de Nousret) si nous pouvons dormir dans son bistrot après la fermeture. Il refuse et nous indique un terrain vague dans l’obscurité. Ca y sent la pisse et c’est plein d’ordures. « Ok, on cherche autre chose ». On part en quête du chemin côtier qui quitte la ville mais que l’on refuse de nous indiquer pour on ne sait quelle raison. On tourne, on vire, on refuse un camping qui nous propose la nuit au même prix qu’un hôtel… 22h00, fatigués, on interpelle un homme qui semble un peu plus éveillé que les autres. Espoir. Devant la porte d’une bâtisse de vacances, il travaille pour nous auprès du tenancier : « Regarde, ils ont même le drapeau turc accroché à leur vélos. Tu peux bien les laisser planter la tente ». L’autre sourit sous sa petite moustache toute droite. « Tamam, ce sont mes invités ». On plantera la toile au milieu de familles en vacances, pleine de curiosité pour notre grande maison de tissu. On mettra nos dernières étincelles d’énergie à répondre à toutes leurs questions en turc…

La piste ou le cholera ?

AvertissementLe lendemain matin, on comprend pourquoi personne ne voulait nous indiquer ou était le chemin côtier. Voilà déjà 10 km que l’on se déchausse les dents sur ce qui est impraticable, au risque de casser les vélos. 5 km/h en descente, on pousse en montée. L’enfer. Pourtant la cote est belle, semblable a la cote sauvage de Bretagne. « Ouhou, come on and have a tea ». C’est une femme qui s’agite au balcon de sa grande villa isolée. On ne se fait pas prier. « Vous faites quoi sur ce chemin ? Bahhh justement, on se posait la même question ». Dans la maison gigantesque, on apprend que ce chemin côtier, ce n’est pas 20 mais 40 km de cauchemar. « Il y a une solution. Vous pouvez bifurquer à droite et entrer dans les terres, mais vous aller traverser la foret ». On signe. Une belle forêt, déserte. Et pour cause : à l’entrée un panneau indique la présence de l’ennemi : des tiques, des vilaines qui vous transmettent la très exotique fièvre hémorragique. Fatale. On se lance en se jurant de pas mettre un orteil en dehors du chemin. Bonne stratégie : on est encore vivant aujourd’hui.

Nos familles turques

Ibrahim et compagnie

Il y a des soirée comme où tout arrive d’un coup. Alors que l’on demande où planter notre tente, on nous indique un chemin qui longe la clôture. «  Ça ne sera pas le bivouac du siècle mais ça ira bien ». On s’installe quand une voiture s’arrête. A bord, un couple. Je m’avance vers eux, l’homme me stoppe et ouvre son coffre pour en sortir … une cagette de légumes. Il s’appelle Ibrahim et repart aussi sec.

Quelques instants après, une nouvelle voiture arrive. Oups, le propriétaire du terrain.. Je lui explique pourquoi nous sommes là. Son visage s’illumine. Il nous conduit dans son potager où il nous remplit des sacs de concombres, tomates, poivrons… On ne sait plus où les mettre. Et voilà que les voisins arrivent eux aussi avec des fraises, du mais, du pain… Ce soir la place du village, c’est devant notre tente.

Une autre voiture. Revoilà Ibrahim : « on vous invite dans notre maison de famille. Une douche, une table et un lit vous y attendent si vous acceptez ». Douche, lit, table… des mots qui nous ensorcellent. Et nous voilà à plier la tente dans la nuit. On débarque dans une grande maison où deux grands-mères n’arrêteront pas de nous prendre dans leur bras. Leurs filles, Emine la femme d’Ibrahim et sa sœur Kadriye, deux sourires explosifs, nous nourrissent comme leurs enfants. Ici, les femmes s’activent mais sont l’égal de l’homme. Ezgi, 12 ans, est la fille d’Emine et Ibrahim. Son rêve : être danseuse à l’opéra. Dynamique, elle nous guide dans la maison avec sa cousine. On se sent bien dans cette famille qui ressemble à la notre. Je m’offrirai même une cigarette avec la grand-mère le soir au balcon avant de tomber de fatigue.

Les grands-momans

Les copines de montagne

Balcon toujours, mais autre lieu quelques semaines plus tard chez Aziz. Originaire de Turquie où il revient avec sa femme et ses enfants, ce Français nous a invité dans sa grande maison. Il nous raconte la passionnante histoire de son petit village au milieu des volcans éteints de la Cappadoce du sud.

Et puis il y a eu Mehmet, Filiz, Dilara et Efe, famille modèle qui nous a offert un concert familial et un tour de moto de sport sur les hauteurs de Kayseri. On s’était juste arrêté prendre de l’eau devant leur maison, quand le portail automatique de cette riche villa s’est ouvert devant nous. Nous ne sommes repartis que le lendemain matin les sacoches pleines de confitures. De toute façon il ressemblait tellement a mon parrain que ça ne pouvait pas être autrement.

On en oublie plein. Adil et Gulserin… et tous les autres… De quoi écrire un bottin.

Un parrain nommé MehmetPetit dejeuner

Pas de ramadan pour les Kangals

Zziiiiiiiipppp. C’est la fermeture éclair de la tente de nos voisins, Luc et Ingrid, qui s’ouvre. Crinch…, crinch…, crinch… encore allongé dans la notre, on devine Luc faire trois pas dans les buissons épineux, souriant à l’idée d’aller faire son pipi matinal face a un paysage somptueux, bercé par la douce lumière du lever du jour. Instant suspendu, quiétude matinale… jusqu’à ce que…

Wouah woUAHWOUAHWOUAHWOUAH, Rrrr. Un tonnerre d’aboiements fond droit sur nos tentes.

Crinch, crinch crinch… C’est Luc qui courre en sens inverse : «  C’est pas vrai, le fermier d’ à cote a détaché les chiens ! » lance-il en plongeant dans sa tente. Et quels chiens ! Des kangals, ceux qui tiennent tête et repoussent les ours, mettent en pièces les loups. Avec les tunnels non éclairés, ce sont nos pires cauchemars. Des monstres qui sur leurs deux pattes arrières dépassent les hommes. « Les chiens les plus puissants du monde » fanfaronne-t-on ici. On a jamais eu envie de vérifier. Et puis finir en petit déjeuner de ces gardiens de troupeaux en ce premier jour de ramadan, ça ne serait pas très… catholique.

Quoi ! Tu viens pas me caresser ?Déjà cette nuit, Emilie a dû se persuader qu’elle n’avait plus envie de pipi quand ça a grogné juste à coté de notre tente. Plus tard, ce sera à mon tour, criant a Luc et Ingrid « le boîtier, le boîtier » pour qu’ils allument l’appareil a ultra-sons censé arrêter la course du « meilleur ami de l’homme ». Un jour un Turc nous a dit que « devant un kangal qui vous fonce dessus, vous devez vous tenir droit face à lui (sic), ne pas bouger (double sic), et le regarder dans les yeux (on aurait tendance a les fermer pour ne pas voir le carnage). Le molosse sera alors désemparé, s’arrêtera net et aura pour seul réaction …de pisser un coup (tout comme celui qui est en face d’ailleurs !) ».

« Ca ira bien pour les gens que c’est »


Plus on est de fous...Revenons en à Luc et Ingrid. Rencontrés à Cannakale mi juillet. « Where do you come from ? » avec des R si prononces qu’on a pas eu à leur retourner la question. Ce jour là on s’est croisé quelques heures, nous entendant si bien que nous nous étions jurés de nous retrouver un mois plus tard en Cappadoce. Nous roulerons ensemble quelques jours dans des paysages grandioses de canyons où grondent les parois rocheuses s’effondrant dans la nuit. Une belle amitié est née et c’est avec peine que nous les avons quittés à la Kilim Pansion d’Uchisar (où le patron nous offert une nuit dans une suite troglodytique).

On leur souhaite le meilleur et de belles aventures en Iran où ils se rendent. Ni plus ni moins, car « ça ira bien pour les gens que c’est » comme dit Luc.

Et puis on a rechargé les batteries avec la visite de nos familles. Les vélos sont restés au placard le temps que l’on profite des parents de Benjamin, puis d’Edouard, le frère d’Emilie, Caroline, sa chérie et Emie leur fille. C’est fou comme c’est bon ces instants avec les notres. Quelques jours passés si vite dans l’univers particulier qu’est la Cappadoce. Un rêve éveillé.

Notre arrivée en CappadoceCappadoceEn familleEn famille" Si les filles voyaient ça "En famille

Sibel rencontre

Il faut que l’on vous parle de Sibel… parce qu’elle le vaut bien. Statistiquement, c’est un miracle de l’avoir rencontre : Sibel est une des 30 femmes pilotes de lignes que compte tout le pays.

Meme les panneaux le disentCa faisait une éternité que l’on roulait tête baissée sur cette route qui traverse les venteux et immenses espaces de l’Anatolie, cette route où l’on a cru devenir fou a cause d’un étrange phénomène : pendant des jours, sur des centaines de kilomètres, il y avait tous les mètres un grain de maïs sur le bord de la chaussée. A la fin on ne voyait plus que ça. Et chaque matin en remontant sur sa selle Emilie lançait : « Bon, je reprends ou j’ai arrêté hier soir : Trois million cinq cent cinquante mille deux cent quatre vingt un, trois million cinq cent…. ». Quant à moi je me demandais comment le camion qui transportait le maïs n’avait pas fini sa course vide. Un grain dans la mécanique, et c’est la raison qui fout le camp.

Alors, quand sur le bord de la route, en plein nul part, Sibel est apparue, petite robe d’été, immenses lunettes de soleil, on a vraiment cru qu’on avait perdu tête: « Wouahh ! Je vous attendais. D’où venez vous ? ». Son anglais est excellent. Elle nous dit qu’elle est pilote d’avion. Je regarde Emilie : « C’est pas possible, c’est un sketch ». Epuisés, abrutis par les bruits de moteur des poids lourds qui emportent la moitie de ses phrases, on acquiesce sans tout comprendre. « Appelez-moi quand vous arriverez à Ankara. Je vais vous y trouver un hôtel ». Et elle repart dans sa voiture, nous laissant à notre route infernale pour cette fin de voyage en Turquie.

Sans eux, on croit pédaler sans avancerCul de sacVent de faceLine

Deux jours plus tard, lorsque l’on contacte Sibel après une nuit passée sur un terrain municipal non loin de l’aéroport, elle nous indique un nom d’hôtel ou elle nous a réservé une chambre. On se rend compte alors qu’il s’agit du 5 étoiles qui se dresse juste en face du terrain vague où nous venons de nous réveiller. On plie la tente, on traverse la route, et on entre avec nos têtes hirsutes dans cette explosion de faste et de velour. On craint le pire mais tout de suite nous nous rendons compte que Sibel nous y a négocié un tarif imbattable. Hammam, piscine, sauna et tout le tralala au prix d’un une étoile. «  Mademoiselle Sibel passera vous prendre pour dîner », nous prévient-on à la réception. Avec son ami Harun, magnat de l’immobilier en Turquie, ils nous emmènent dans un restaurant huppé qui domine la ville. On comprend alors que ces personnes qui ne manquent de rien recherchent avant tout sincérité et amitié et restent ouverts sur le monde.

Sibel et HarunC'est un cycliste de l'equipe national qui nous a ouvert la route a Ankara

Divine montagne

Il y a plus dur comme reveilL’avion décolle du sol turc, s’élève rapidement au-dessus des montagnes. En les voyant défiler de plus en plus petites, on repense à tous ces kilomètres parcourus dans ces vastes étendues. La Turquie est si grande et riche que l’on en a découvert qu’une petite partie. Les paysages où l’on a installé notre toile de tente nous reviennent. Parmi ceux-ci, celui accroché aux flancs d’Erciyes, la montagne vénérée des Hittites qui culmine à 3917 m et sur laquelle s’étirent de belles langues de neiges éternelles. On salivait rien qu’à la voir depuis Kayseri, quand nous luttions dans un air chauffé à 48 degrés. On a pris nos vélos pour monter au plus près de ce maître de roches et d’éther. 2300 mètres, un lac d’altitude et des espaces vierges pour planter notre toile à côté d’une source glacée. Bienvenu dans un autre univers où le temps ne se compte plus en heures mais en saisons, où l’on ne parle plus de jour et de nuit mais de tempêtes et d’accalmies. Nous verrons un berger au loin, des rongeurs dressés en cercle sur leurs pattes arrières pour mieux nous observer, et un jeune kangal qui voudra jouer : voilà pour les visites. Paysage somptueux qui récompense les longues et dures ascensions. Chaque minute offre son tableau avec sa lumière différente. Les nuages noirs arriveront en même temps que la nuit et nous aurons juste le temps de nous coucher avant que la tempête ne se déchaîne. Quand le calme sera revenu le lendemain matin, les bergers nous inviteront pour le petit déjeuner. On aurait voulu ne jamais redescendre sur le plateau balayé par un vent brûlant de face qui nous desséchait.

Reste que la beauté de ces paysages et l’hospitalité de leurs habitants nous ont persuadé d’une chose : notre route repassera par la Turquie.


Ce sont les poteaux ou les montagnes qui nous suivent ?Ercyies depuis le col

Avant de quitter la Cappadoce…

L'Orient 6 Comments »

…et de vous donner le recit de nos dernieres aventures, nous avons mis en ligne nos dernieres photos… Des paysages lunaires, et des etapes partagees avec deux autres cyclos au long cours, Luc et Ingrid, et des retrouvailles avec la famille venue nous rendre visite avant que l’on ne s’envole vers l’Australie.

45 degrés et des montagnes pour respirer

L'Orient 4 Comments »

Nous sommes dans la ville de Kayseri dans le centre de l’Anatolie, attendant dans ce café Internet que la température baisse un peu pour pouvoir nous lancer a l’assault des montagnes Erciyes (3917m) avec l’espoir d’y trouver un peu de fraîcheur. Bientôt, ce sera les retrouvailles avec la famille qui vient partager un peu de nos plaisirs ottomans. Et pour ceux qui n’ont pas cette chance, on a ajouté quelques images de notre périple sur le bord de la mer Noire dans la galerie. Alors bon voyage…

Message d’Istanbul

L'Orient 4 Comments »

Message d’Istanbul from Benjamin & Emilie on Vimeo.

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