Pied à terre

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Dimanche 13 mai 2012, 26000 ème kilomètre à Saint Jean le Blanc : nous posons définitivement le pied à terre. Un compte rond sur le pas de cette même porte que deux ans plus tôt nous refermions sur notre vie de sédentaire. Les vélos guidonnaient secoués par l’émotion et des sacoches trop lourdes.

dimanche 13 mai, dernière ligne droite © A Tour de Roues727 jours d’aventures et 25 pays plus tard, ce sont nos cerveaux qui se sont alourdis de milliers de souvenirs, de paysages, de visages, d’émotions, d’odeurs, de sons… C’est la malle du voyageur au long cours, celle pas plus grosse qu’une boite crânienne mais tellement pleine de tout ce que nous avons pu glaner lors de notre épopée nomade. Nous l’ouvrons tout doucement, discrètement, pour laisser s’échapper ce qui, il y a quelques mois encore, étaient parmi les moments les plus intenses de notre vie et qui aujourd’hui s’appellent “souvenirs“. Une richesse inestimable.

Les steppes d’Asie centrale, les cimes de l’Himalaya, du Pamir, le plateau du Tibet, les jungles et les rizières d’Asie du Sud-Est, le désert australien, la traversée du Taklamakan, la Route de la Soie, le Caucase, des ascensions équivalent à 22 Everest, des pistes aux confins du monde… tous ces rêves que nous avons réalisés, ces mythes que nous avons décrochés ne sont rien à côté de notre plus belle fierté : celle de revenir à trois. Partir en couple, revenir en famille : la promesse d’une nouvelle aventure ! La dernière photo de notre périple est donc une échographie !

Et puis, nous sommes heureux. Heureux d’avoir laissé à travers le monde une soixantaine d’arbres plantés. Heureux d’avoir laissé dans notre sillage un peu de rêve, de folie, de surprise et de passerelle entre les cultures.

© A Tour de RouesDe quoi rêvons-nous aujourd’hui ? De garder la saveur de ce voyage. De plein de choses. D’ailleurs un de ces rêves vous concerne : celui de vous offrir un livre et un film pour extraire le meilleur de nos deux années d’aventures. Nous allons prendre la direction du sud de la France, une vallée ensoleillée des Pyrénées pour nous y installer et démarrer la vie que l’on a réfléchi pendant deux ans nomades. Pour la suite, on ne dit rien… mais a-tour-de-roues.fr ne va pas s’éteindre : il en reste des routes du monde à découvrir et à faire découvrir !

En attendant, nous avons un mot qui nous tient à cœur : MERCI. Ce mot est sans doute celui que nous avons le plus utilisé tout au long de notre voyage. Alors, c’est par un Merci que nous souhaitons conclure. Merci tout d’abord à notre bonne étoile. Merci à tous ceux qui nous ont accompagné depuis notre entrée sur le sol français : merci à Elise, la petite sœur chérie qui nous a accompagné sous la pluie avec son vélo au bord de l’agonie, à Chico et Chaton, les grands coeurs à la générosité sans limite, à Vincent, Weïba et Elohim toujours présents, à Christine, Claude, Margot et Eliot, aux cousins de Sorède et de Salses, à Gilbert et Francine, à Zaza et Pat’, Doiré, Caro et Emie. Merci à nos familles et en particulier  à Katou et Pirik, qui ont organisé notre retour. Merci à tous ceux qui sont venus -parfois de très loin- ce dimanche 13 mai nous accompagner pour nos derniers kilomètres.

Merci aux amis qui ont toujours été présents, à tous ceux qui nous ont suivi et encouragé à travers leurs messages. Merci à Richard et Claire pour la logistique et le virus du voyage. Merci à Vincent pour ses coups de main.Merci à Rodolphe et Marie-Jo. Merci à la famille Pasquier pour son réseau digne d’Erasmus. Merci à Zéfal et Katadyn qui ont assuré !

Enfin, à tous ceux qui par leur présence, leur hospitalité, leur générosité, leur humanisme ont nourri tous ces instants qui font de cette aventure un véritable trésor humain, nous disons :

Merci, Thank you, Мерси ,留言, Muchas gracias, təşəkkür edirəm, დიდი მადლობა, köszönöm, σας ευχαριστώ, Grazie, mulţumesc, спасибо, хвала, hvala, ขอขอบคุณคุณ, teşekkür ederim, cảm ơn bạn, Kop djai, hokoun, Ua koj tsaug, Tashi Delek

Pour finir, retour en images sur deux ans d’aventures.

© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues Bivouac a 100 km du voisin le plus proche © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues Ligne de départ ! © A Tour de Roues  © Tour de Roues© A Tour de Roues

A bientôt…

On a pas dit notre dernier mot !

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Pas d’inquiétude, nous sommes là !  Un pirate du web a “hacké” notre site a-tour-de-roues, nous contraignant à quelques manipulations derrière le rideau.  Le temps de tout remettre en ordre, de relancer la galerie A Tour d’Images en état de fonctionnement, et on vous donnera les dernières saveurs de cette promenade de 26000 km que vous avez été nombreux à venir clore à nos côtés. Pour vous remercier, nous vous donnons rendez-vous ici même dans quelques jours…

Retour en terre inconnue

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Première image de France © A Tour de Roues

Dimanche 1er avril, 15h04, 685 ème jour, km 24 779 Le petit bout de tôle sur lequel est écrit « France » scintille tant nos yeux sont noyés d’émotion. Un petit col de rien du tout entre Port Bou et Cerbères ; l’Espagne et la France ; le ciel, la terre et la mer. Les yeux vers le soleil, les premières pensées vont à Maman qui de là-haut veille sur nous. A elle qui était inquiète en nous voyant partir il y a deux ans, nous voulons juste lui dire que nous sommes de retour, que nous avons accompli notre aventure, que nous lui offrons chaque kilomètre de cette grande promenade sur le globe, qu’elle nous manque tant.

« On est en France !!! », hurle Emilie à cheval sur la frontière. Lluis et Dani, un couple de catalans passant par-là acquiescent, interloqués. Ils n’ont pas le temps de comprendre ce qu’il leur arrive que déjà on leur fait la bise :
- Vous êtes notre premier « bonjour » depuis deux ans, ça mérite la bise !
- Deux ans ?! Mais où étiez-vous donc ?
On explique, la discussion s’engage. Lluis et Dani supplantent Marianne, la Joconde, VictorAvec Lluis et Dani, nos premiers Français catalans Hugo et tous les autres porte drapeau tricolore : « Vous avez bien fait de prendre ces deux années pour découvrir le monde. Bienvenu à la maison. Vous allez voir, le pays est beau ».  Le hasard fait de ces deux inconnus, à l’accent rocailleux, les plus illustres ambassadeurs de France, là pour nous accueillir malgré eux, là pour nous rassurer sur ce pays presque devenu « étranger » après tout ce temps passé sur les routes du monde. Nous nous étions jurés d’embrasser les premiers français que l’on trouverait à la frontière. Un douanier, un routier, un ronchon… peu importait. On voulait embrasser la France, voir comment elle nous accueillerait. Nous voilà rassurés.

Premiers kilomètres en France © Antoine Sanchez

Quelques kilomètres plus loin, une voiture s’arrête : Antoine et Marie, les cousins de Sorède nous ont fait la surprise de venir à notre rencontre. Retrouvailles, émotion, on sent que nous venons de raccrocher le dernier maillon de la chaîne, que l’on va pouvoir commencer à ouvrir les sacoches pour en sortir les récits, les souvenirs…Le soir, dans le confort de la maison des cousins, au pied du massif des Albères, on se couche avec cette phrase en tête : « Dimanche 1er avril 2012, ce n’est pas une farce, nous sommes en France ».

Retrouvailles avec Antoine et Marie © A Tour de RouesCette entrée  en France scelle les derniers tours et détours d’Europe : après la douceur italienne et la pause « touriste » à Rome avec les grands-parents, nous avons pris un bateau pour Barcelone. Vingt heures de traversée plus tard, c’est Elise, la petite sœur qui nous attendait pour quelques tapas et sangrias. Nous avons abandonné nos vélos le temps d’un aller-retour éclair à Paris en avion pour une fête de famille surprise avant de reprendre la route sous le soleil de la Costa Brava.  Pas de grande aventure à raconter, juste la douceur du retour et une pointe d’appréhension : celle, dans quelques semaines, de ne plus avoir un horizon différent chaque matin au petit-déjeuner.
Programme libre en France sur la route jusqu’à Orléans, des zig-zag chez les amis et la famille. Rendez-vous dans quelques semaines pour vous faire découvrir la France à travers le regard de deux « étrangers » à vélo, et pour poser le point final à ce carnet de route que vous avez été nombreux à suivre.

Retour en douceur le long de la mer Méditerranée

Et pour le plaisir, retour en images sur l’Italie et l’Espagne, nos dernières pérégrinations étrangères…

Vatican © A Tour de Roues Rome, Le Colisé © A Tour de Roues Saint Pierre de Rome © A Tour de Roues Panoplie des parfaits touristes à Rome © A Tour de Roues Entrée à Rome © A Tour de Roues Fontaine de Trévi, Rome © A Tour de Roues Au bout du monde © A Tour de Roues Frère et soeur à Barcelone © A Tour de Roues Barcelone avec Elise © A Tour de Roues Intérieur de la Sagrada Familia © A Tour de Roues Pimkipou ! © A Tour de Roues Attentionles grand-mères catalanes ne plaisantent pas © A Tour de Roues Costa brava espagnole © A Tour de Roues Cap de Creus, Espagne © A Tour de Roues

La dolce vita

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Contemplation au port de Trani, Pouilles © A Tour de Roues Il parait qu’avec le voyage, on apprend à être à l’aise partout. Après presque deux ans sur la route, nous y sommes. Samedi soir à Termoli, ville de la côte adriatique italienne; oh ce n’est pas Milan, mais dans la rue Corso Nazionale, pas une mèche de cheveux qui ne tombe juste, pas une paire de lunettes qui ne soit assortie à la casquette, au borsalino ou au parapluie. Les Italiens jouent d’élégance et de prestance pour égaler la beauté des Italiennes. Couples de tous âges, amis, familles déambulent avec plaisir. Pas de shopping, juste le plaisir de se promener, de discuter, de rencontrer et, bien sûr, de se montrer. On se jette dans dans cette rue devenue podium pour nous gaver de ce délicieux spectacle, un concentré d’Italie, mieux qu’un Pirandello.Et nous aussi on fait un effet boeuf : bronzage cycliste, des ballots de linge que l’on ramène de la laverie sous les bras (et le peu qu’on a pas pu laver sur nous), nos regards ébahis pareil à des enfants, un Indien dans la ville quoi ! S’ils savaient que l’on a parcouru 24000 km à vélo pour pouvoir les regarder comme s’ils étaient des acteurs d’un film avec Lollobrigida, pour revenir avec un regard neuf qui les fait briller de mille feux. Ils impressionnent, ils sont beaux… mais on est bien dans nos fringues de cyclos-nomades au milieu de cette profusion d’effets. Nous sommes des spectateurs, de simple spectateurs à l’aise avec la seule chose qu’ils ont : plein de belles histoires  dans leurs sacoches trouées. 22 mois sur une selle de vélo à travers le monde pour parvenir à gagner un petit bout de détachement, un gout pour la contemplation.

Eglise de Trani, Pouilles © A Tour de Roues Moka, notre nouvelle coéquipière © A Tour de Roues Panettone à vélo © A Tour de Roues

C’est beau l’Italie avec ce regard neuf. Dès le premier pas en sortant du bateau, la vieille ville de Bari nous envoute : le linge étendu aux balcons où palabrent les femmes embaument les étroites ruelles, l’architecture explose de pierres blanches et de proportions parfaites, tous se parlent en chantant… Nous sommes émus comme si nous retrouvions nos souvenirs d’enfance.

Alain, roi de la bici à Bari © A Tour de Roues

Basilique Saint Nicolas de Bari, Pouilles © A Tour de RouesCe à quoi nous ne prêtions plus d’importance il y a deux ans s’impose à nous : on fait l’assaut de la boulangerie, on s’engouffre dans une basilique catholique, on s’achète un paquet de café et une mini cafetière moka.  Parmiggiano regiano, pesto, panettone, crudo, mozzarella… les papilles retrouvent leurs repères. Pour ajouter au plaisir, Alain nous sert de guide et d’hôte. Français installé à Bari, coursier à vélo et maestro du tiramisu, il sort de la fac de géo : des profs et des études en commun, les discussions seront longues, passant d’un continent à l’autre. Nous le quitterons pour reprendre notre périple. Il n’y a qu’à rouler… toutes les routes mènent à Rome.

Bivouac dans les salines, Pouilles © A Tour de Roues Sur la route des Pouilles © A Tour de Roues

Coktails et larmes en arrivant en Grèce

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Athènes 1Athènes 2Athènes 3

Bienvenus à Athènes. Ville des retrouvailles avec l’Europe. On en attendait pas tant ! Des milliers de personnes rassemblés sur une place. Grosse ambiance. Ça chante, ça crie à l’unisson, ça nous réchauffe presque dans le froid mordant. Et puis soudain, sans prévenir, les yeux piquent et voilà que l’on se met à pleurer. Tous ensemble. Seuls ceux qui ont pris soin de venir déguisés avec des masques parviennent à retenir leurs armes. C’est le moment choisi pour servir les cocktails… Molotov ! Non, très franchement, on ne s’attendait pas à un pareil accueil pour notre retour en Europe. Oui, nous sommes bien entrés dans l’univers des pays “riches” et développés” où étrangement on ne parle que de plans de rigueur et de restrictions budgétaires… Un monde de paradoxes. Devant nous, les contestataires brisent à la masse les majestueux marbres de la place du parlement pour le jeter sur les forces de l’ordre. Des hommes qui s’interposent pour protéger les dirigeants qui gèleront leur salaires et amputeront leurs retraites.

Incompréhension face au chaos Scène de rue à AthènesRue d'Athènes Place du Parlement après les heurts

On poursuit la visite en s’enfonçant dans les ruelles, loin des tumultes. Malheureusement, en ces périodes de troubles, l’acropole est fermée comme tous les autres monuments qui font la fierté de la ville. Rien à voir. Athènes est en peine.

Fermeture générale des sites de la ville d'Athènes

Dur de trouver un terrain sans cloture pour un bivouac !Les retrouvailles avec notre vieille Europe sont pleines de contrastes. Le bon ? Du confort, de vrais douches chaudes, de l’asphalte parfait, des conducteurs qui daignent ralentir avant de nous dépasser, un goût pour le sport (voilà des mois que nous n’avions pas vu un sportif du dimanche !), des poubelles au coin de la rue… Le mauvais ? La crainte. Habiter un pays riche, c’est avoir peur du voisin et s’enfermer dans sa bulle. Les clôtures autour d’un lopin de terre nous choquent, les panneaux avec “security system” nous effraient. Nous parcourons les rues tels des anonymes. Jusque là nous étions des hotes, désormais, nous sommes des étrangers. Sensation paradoxale au moment même où nous rentrons “chez nous”.

250 km et quelques coups de pédales plus tard, nous sommes à Patra, tournés vers l’Adriatique et l’Italie. La Grèce n’aura été qu’une parenthèse trop courte pour la comprendre. Heureusement, la mer n’est jamais loin ; de quoi pardonner bien des aberrations dans ce pays au futur incertain. Cap sur l’Italie pour poursuivre notre acclimatation européenne. Il parait qu’il y fait très froid.

Velo

Sur la route d’Ulysse

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27 juin – 5 juillet 2010

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Ce que nous avons retenu de ce pays en crise, c’est bel et bien qu’il est malade de ses excès et que les Grecs semblent vivre au dessus de leurs moyens. On y a parfois peiné à trouver un commerce alimentaire ouvert. Seuls les stations services fleurissent et se multiplient malgré des prix au litre bien supérieurs à ceux de la France. Ici c’est le royaume de la voiture. “Aller en vacances dans les îles grecques coute plus cher qu’un séjour à Dubaï”, nous explique une jeune femme grecque qui y prépare son voyage. Mais tu vas y faire quoi à Dubaï ? Bah… skier sur la neige synthétique, du shopping ! ”nous répond-elle comme une évidence.  No comment.

Nous aurons aimé dans le pays d’Ulysse l’accueil que nous a réservé une famille… albanaise ! Mondi, bosseur, a  longtemps été clandestin errant de petit boulot en petit boulot avant d’avoir ses papiers et de pouvoir créer son enreprise de maconnerie. Aujourd’hui, dans sa maison où a pu le rejoindre sa famille, ca respire le bonheur. Nous aurons le plaisir de savourer cette hospitalité, entourés et gâtés par sa femme, ses frères et soeur.  Ici , nous avons retrouvé ce sens de la famille que nous affectionnons tant.

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Les vélos sur un bateau, nous quittons le continent pour un repos “mérité” sur l’île de Thassos avant la déferlante de touristes bruyants, pressés, déja “autobronzés”… Remise en état des vélos les pieds dans l’eau, les fesses sur le sable doux.

Pays aride battu par le soleil, la Grèce a mis sur notre route son meilleur ambassadeur : Filos, un maҫon qui gueule sa joie de vivre et nous invite dans le café de Maria pour qu’on s’y rafraîchisse. On ne comprendra rien de ce qu’il nous racontera avec son haleine au raki mais on se sentira bien, entouré de sa gentillesse.

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Puis nous nous élancerons pour nous perdre et nous épuiser sur une piste défoncée qui longe les bords de la mer Egée à travers de vénérables oliviers, parsemés de vestiges grecs que les routes touristiques ont oubliés. Naturellement, nous y avons planté quelques figuiers… Et puis nous avons pris l’autoroute à remonter le temps : la voie Egnatia, première route romaine vers l’Orient. Elle a vu passer Alexandre le Grand, les conquérants ottomans partis prendre les Balkans… ainsi que deux cyclos partis s’emparer de leur rêve : Istanbul !!

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Bulgarie

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19 – 29 juin 2010

Première nuit au poste

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Sauvage. C’est le premier mot qui vient à l’esprit quand on entre en Bulgarie par la ville de Kula. Rues larges et désertiques, voitures rouillées, comme abandonnées, odeur âcre d’urine et silhouettes fantomatiques. Comme si une guerre nous avait précédé. Dans les campagnes, de rares voitures pour des légions de moustiques qui nous assaillent dès qu’une côte nous ralentit. Mais c’est beau. La nature a repris ses libertés dans ces paysages vallonnés. Ceux qui, il y a encore quelques années travaillaient ces grands espaces sont aujourd’hui entassés dans les gigantesques banlieues soviétiques de Sofia ou d’autres villes bulgares. L’âne squeletique que nous dépassons nous regarde moqueur : l’orage qui se prépare en cette fin de journée promet d’être dément et nous avons beau appuyer de tout ce que l’on peut sur nos pédales, nous ne lui échapperons pas.

Mais nous ne serons pas seul sous la tempête : deux petits bouts de femmes –dont l’une est infirmière- assistées d’un petit garҫon parlant anglais se sont mis en tête de nous aider à trouver un improbable bivouac en cette fin de journée. A force de tractations sous des sauts d’eau, elles nous décrochent la meilleure place du village : le petit carré de pelouse fraîche du poste de police. “Ici vous serez en sécurité”, nous rassure avec aplomb le petit garçon en nous tendant un sac plein de nourriture. Une nuit au poste qui nous enchante tant l’orage continue de gronder.

Le pays du “Tiens, mange”

La première fois, il faut l’avouer, ca ne nous a pas beaucoup rassuré. Ces silhouettes d’hommes qui nous attendaient au loin sur cette route déserte avec un chien à leur côté, cela inquète. En arrivant à leur hauteur ils nous font signe de s’arrêter. Je pause le pied à terre. Le plus vieux des deux hommes me tend un sac plastique : “Tiens, mange”. Un ordre qu’ Emilie et moi n’avons pas trop de mal à éxécute depuis que l’on pédale 5 heures par jour, surtout lorsqu’il s’agit de gâteaux comme ceux qui se trouvent dans le sac. Nous voilà tous rassurés, nous sur leurs intentions, eux sur notre satiété.

Ce premier épisode sera révélateur de ce geste commun à tous les Bulgares : offrir de la nourriture. Demandez votre route à un berger et il vous tend une poignée des champignons qu’il vient de ramasser. Dormez devant le commissariat et le policier de garde vous amène de quoi grignoter. Rechargez vos gourdes en eau à une fontaine et on vous apporte du vin accompagné de gras de porc grillé et de figues confites. Nous aurons même droit à un plateau de framboises alors que nous attendions sur le bord de la route.

Haute montagne

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Anastasie, cette ancienne avocate qui a défendue des généraux de l’OTAN en pleine guerre froide, n’a fait qu’aviver notre envie de gravir la chaine des Rodopes par ses cols désertiques à plus de 2000 mètres. Elle qui est amoureuse de la culture bulgare nous a évoqué la magie des versants du mont Musala auquel nous nous attaquons.  C”est sur cette route qui a vu passer les croisades, que la vieille femme nous a arrêté dans un français parfait : “je vais vous raconter l’histoire du pays que vous traversez”. Impossible de refuser pareille invitation. Nous ne nous arracherons de sa table remplie de fruits que parce que la pluie et la nuit approchaient.

Le lendemain, nous reprennons notre montée, plein de cette énergie qui nait quand on s’élance dans un défi mais qui va se stopper net au petit village de Beli Iksar. “La route est barrée 10 km plus haut. Impossible de passer, même à vélo”, nous assène un villageois. Deux solutions : soit faire demi tour et prendre une route de vallée où les camions écrasent ce que la montagne a de magique ; soit bifurquer en nous hissant jusqu’ la station de ski de Borovec à 1600 m, pour ensuite redescendre vers le versant Est du mont Musala et en entreprendre l’ascencion par une autre petite route de haute montagne.

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Dans le minuscule café où nous nous sommes posés pour réfléchir un peu, une tablée d’hommes tuant le temps avec des verres d’alcool débatent sur la route à prendre. Aucun n’est d’accord. Nous laisserons un café tout entier en train de s’engueuler sur la route que nous devons emprunter. Même des bonnes femmes sortent leur tête de leur fenêtre pour mettre leur grain de sel. Comme pour ajouter à notre amertume, la pluie fine nous fouette sous le maigre arbre où nous nous abritons pour déjeuner. Nous choisissons de tenter le passage par le lac Belmeken à 2000 mètres (à deux journées de vélos) et continuons donc sur une pente à nous arracher le coeur, sacs plastics aux pieds et sensation de n’être que des cocottes minutes. Seule la dérision nous permet de ne pas enrager. Peu à peu, la magie des cimes opère et nous apaise avant de nous laisser redescendre vers des températures plus clémentes pour planter notre tente sous la barre des 1000 mètres.

Le lendemain, la descente se poursuit jusqu’à Gabrovica, à 450 mètres. Toute une ascencion à refaire. Mais le défi de franchir la chaine des Rodopes reste entier. Avant de nous lancer dans la pente, nous interpellons un homme, la soixantaine. Carrure d’athlète, cet ancien champion international de javelot nous rassure : “ La route est ouverte. 20 km de montée. Mais vous allez avoir froid là haut”.

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Haut au-dessus de nos têtes, nous voyons une tour qui se détache, comme inatteignable. Nous l’ignorons encore mais c’est bien au pied de cette tour que nous nous échouerons ce soir. Dernier village avant… longtemps. A la dernière maison, un homme nous avertit : “Il fait trés froid en haut. Dormez là” dit-il en montrant une roulotte.

Cinq kilomètres de montée plus loin, premier coup au moral lorsque l’on apprend qu’il reste encore plus de 20 km. Peter le lanceur de javelot se serait donc trompé. Nous optons pour l’ancienne route qui file dans une vallée encaissée sur la gauche. Déserte, elle serait plus courte mais aussi plus raide que la nouvelle.  Lorsque nous atteignons un premier barrage, les jambes sont déjà bien fatiguées par 3 heures d’ascencion. Une voiture arrive, improbable. Je demande à ses occupants dont l’anglais est parfait combien de km nous séparent encore du lac. Sa réponse m’assomme : “ıl reste 13 km minimun et ils ne font que monter.” Nous qui pensions qu’il ne nous en restait que la moitié ! La route s’allonge à mesure que l’on progresse. Il faut continuer. Les feuillus eux ont jeté l’éponge, cédant la place aux résineux. 1600 m… 1650 m… l’altimètre monte au ralenti. Le froid nous gagne. La lucidité se perd. Nos trajectoires deviennent hasardeuses, l’équilibre plus précaire : l’épuisement nous guette. Mais ce qui nous inquiète, c’est que depuis de nombreux kilomètres aucun côté de la route n’a offert un replat où planter la tente. Trop abrupte et trop boisé. Pas d’autre choix que de poursuivre. Emilie sature : jambes et tête sont au bord de la crise. A plus de 1800, un petit chemin s’échappe vers la gauche. Il mène vers une clairière en hauteur à cheval sur une cime d’où la vue sur la plaine est somptueuse. Endroit sauvage et désertique. On jette nos dernières forces dans le raidillon en poussant nos vélos et nous voilà au milieu d’un champs de fleurs sauvages, de sauterelles et de coccinnelles, abrités de ce vent glacial qui nous poussera au fond de nos duvets pour cette nuit en altitude.

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Réveil tranquille après l’éprouvante journée d’hier. Les nuages défilent mais la pluie ne semble pas menacer. Devant le paysage qui s’offre à nous, je répare le réchaud qui fait quelques caprices. Nous plions tranquillement le bivouac, soulagés de ne pas avoir eu la visite des ours. Nous revoilà sur la petite route, pour abattre les 200 mètres de denivelé qui nous séparent du lac Belmeken. Sur les côtés, aux pieds des épineux, ce sont des tapis de myrtilles qui s’étalent. Enfin, le barrage se dresse devant nous. Dessus, de la vie. Des hommes y travaillent, comme écrasés par le silence qui règne en maître. Quelques cimes enneigées surplombent le paysage où les arbres ont capitulé. Le mont Musala est là, dans les nuages à 2925 mètres.

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Nous franchissons le barrage et longeons le lac. Le froid nous fait souffrir mais le paysage est magnifique. Une femme, la tête couverte cueille des fleurs oranges. Elle vit ici, dans cet espace rude, avec son mari. Ils gardent les vaches qui sont ici en liberté. Discrète, presque distante, elle est la première femme musulman de cette vallée que nous allons prendre et qui est une terre d’islam. Parlant peu, elle offre son bouquet de fleurs à Emilie. Le froid et l’humidité nous poussent vers l’autre bout du lac, vers cet horizon plat, comme une mer dans le ciel, et qui fait ensuite un grand plongeon vers la Mesta, ce fleuve qui file vers la Grèce et que nous allons suivre.

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Serbie, le coeur des Balkans

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Belliqueux, gros fumeurs, capables de vous dépouiller de tous vos biens…  Les Serbes ont la mauvaise réputation que quelques forcenés leur ont tristement leguée. Combien de mises en garde avant d’arriver dans ce pays encore balafré par la guerre ? Pourtant ce peuple à l’accueil fraternel nous est apparu comme un vrai trésor caché au coeur des Balkans où les bazars animés délivrent les premières saveurs d’Orient : parfums d’agneau grillées aux herbes et de boreks.

Certes, les Serbes sont soucieux de se refaire une image face au monde qui les boude. La guerre, les embargos et la douleur de la défaite ont déjà fait faire marche arrière à ce pays jadis exemplaire. En attendant que le temps fasse son travail et efface les affres, c’est le pays tout entier qui fume. Clope sur clope, paquet après paquet, c’est le passe temps national.

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12 juin. Potzarevac. Le fief de Milosevic. Théoriquement, l’endroit le moins accueillant pour des Franҫais. L’homme qui fume sur le bord du terrain de foot où nous lorgnons pour planter la tente n’a, lui non plus, pas l’air commode. Ce ne sera qu’une trompeuse apparence. Quelques instants plus tard, nous voilà en slip sous l’arrosage automatique du stade en guise de douche.  Les voisins nous apportent de quoi boire et manger, le président du club nous offre des maillots que nous devons amener à l’autre bout du monde… et c’est une soirée agréable que nous passerons au milieu de ce petit village venu regarder au club de foot les matchs de la coupe du monde.

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Sur la route, nous luttons contre la chaleur en nous mettant tout habillé sour les jets d’eau. Quelques minutes de répis partagées avec ces familles sur le bord du chemin. Emilie a droit aux embrassades des grands-mères qui la prennent par la mains. Le courant passe sans les mots, la magie opère en quelques minutes. Nous nous retrouvons couverts de cadeaux. Fruits, gateaux… L’humain dans ce qu’il a de plus simple, de plus pur, de plus noble. Parfois, on est bien plus proche de personne qu’on ne connait pas et qui ne parle pas la même langue.  Cela mérite réflexion… Mais nous voilà à nouveau sur nos vélos, engloutis par la fournaise.

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Le roi des ferrailleurs

“Il y a un étrange bonhomme qui nous fait des grands signes”, me lance Emilie. C’est Stefan qui s’agite au loin. Pas question de ne pas dormir chez ce grand enfant de 50 ans, au nez refait pour ressembler à Mickeal Jakson et aux cheveux en implants qui semblent avoir trouvé des gens aussi “fous” que lui à inviter. L’éxubérance des gipsies de Serbie, dont nous avions eu un aperçu à Belgrade avec ces gamins courant nus dans les avenues pour aller plonger d’une fontaine à une autre, ou encore avec ces chateaux forts médiévaux tout juste construits en béton au milieu de nul part pour satisfaire la douce folie d’un “roi gitan”, s’offre à nous. Vlaska, la jeune femme de Stefan, est  le stéréotype de la gitane avec ses longs cheveux d’un noir intense, ses bijoux et son diamants sur la dent. Margareta la petite fille, a ce coté sauvage, cette “griffe” tzigane.

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Pour eux, ouvrir leur maison aux gens de passage est naturel : “C’est vous les vrais gipsies” nous sourit Vlaska en découvrant notre aventure. Stefan “ferrailleur international” comme il se présente, nous quittera dans la soirée, partant pour la Hollande où il entend faire fortune en récupérant  les vieilles canettes de bières dans les festivals de musique de l’été. Nous terminerons la soirée avec Vlaska, sa fille et cette étrange bonne femme clope au bec, “qui reste ici car elle n’a nul part où aller” explique Vlaska. Finalement la maison de Stefan, c’est un peu la maison de tout le monde.

Le bonheur est dans le pré

Les jambes sont lourdes après cette longue journée sur les reliefs serbes… Dans un virage, une modeste ferme. Ce sont les chiens qui nous acceuillent. Mais le sourire de Lubico, regard franc et torse bombé sous son marcel nous rassure.  Quelques instants plus tard, nous voilà au milieu de la ferme à partager ce qui a été la vie des campagnes franҫaises il y a un demi-siècle. La nuit tombe. La grand-mère racommode un pantalon, avant d’aller ramasser les légumes pour le repas du soir. Le grand-père termine les travaux des champs. Lubica rendre les vaches pour les traire. Sa femme Sneza nourrit les cochons avant d’allumer le poële pour préparer le repas. Nikola, le fıls, coupe du bois et rassemble les moutons. Aleksandra, la petite dernière aide sa maman. Un monde modeste fait de bravoure et de dignité. Peut-être le ressentent-ils, mais c’est un vrai bonheur de partager ces instants de vie et de profiter de ces sourires qui occupent leur visages.

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Il fait déjà nuit depuis longtemps quand sur la grande table en bois –l’unique meuble de la pièce- s’étalent de grosses pièces de fromage et de pain, d’omelettes au lard, et morceaux de viandes grillées, d’assiettes de soupe, de salades… Dans les verres coule le rakıja et le lait frais qui rassasie. C’est une magnifique famille qui nous entoure et nous gâte.

Nous nous coucherons à une heure du matin, heureux d’avoir vécu pareils instants. Les enfants se glisseront tête-bêche et tout habillés dans un petit lit. Dans à peine 4 heures Lubica se lèvera de nouveau. La traite n’attend pas.

Cette chaleur humaine et cette générosité nous accompagneront tout au long de notre traversée de la Serbie. Miki et sa maman feront également parti de ce magnifique tableau, eux qui en plus de nous avoir servi des boreks et laissé un de leur propre lit et appelé jusqu’à leur beau-frère en France pour nous traduire combien ils étaıent heureux de nous accueillir, sont même allés jusqu’à se forcer à manger une des rares choses que nous avions à offrir : des biscuits trop secs dont une bouchée vous colle deux heures aux dents….

Souvent le matin, les embrassades et les accolades se font les yeux embués de larmes. Un tour du monde à vélo, c’est un éternel départ.

Un vélostoppeur encombrant

Ce soir là, pour une fois nous n’arrivons pas les mains vides. Dans la sacoche de guidon, un chaton  récupéré lors d’une énèime pause pipi. Il a dû flairer le pigeon ce petit chat abandonné au bord d’une route passante : il s’est jeté sur nous en miaulant toute sa tristesse, se frottant à nos chevilles, grimpant sur nos épaules. “Ok ok, on cède, aller grimpe, on va te trouver une famille”. Sauf que l’opération de sauvetage tourne à la petite galère : sur une trentaine de kilomètres, ce sont presque autant de refus que l’on essuie en tendant le chaton vers les fermiers, sans compter le violent orage qui nous rattrape. Emilie, trempée, gronde autant que le tonnerre.  Que faire de ce vélostoppeur ?  Désormais, ce n’est  plus le chaton mais bien nous qui sommes désepérés.

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Dernière tentative sans vraiment y croire à l’entrée de la ville Zajecar. La femme que nous interpelons semble intriguée, on lui ferait presque” miaou miaou” pour l’attendrir. Elle s’approche… prend le chat sans trop comprendre. Quelques instants plus tard, c’est son petit fils qui tient l’animal, avec autour de lui deux jeunes filles gagas devant la boule de poils. Mission accomplie : voilà la nouvelle famille de l’orphelin.

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Des nomades chez les Roms

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Ca commencait à craindre sérieusement. 3h00 du matin et le ballet incessant des tracteurs pulvérisant leurs pesticides se poursuivait, se rapprochant inexorablement. Pourtant, lorsque l’on a installé notre tente dans ce vaste verger à la tombée de la nuit, nous pensions avoir trouvé le bivouac de rêve, content de pouvoir partager une belle nuit sous les étoiles avec le tonton Richard, tout juste débarqué pour une semaine de vélo avec nous.

Bienvenue au tonton Richard

Lorsque l’on va à la rencontre du tracteur hors d’âge, en pleine nuit, au milieu de nul part, on sait bien que le paysan qui le conduit, bercé par ses pensées et ses vapeurs de rakia (la liqueur locale), isolé ces interminables et obscures allées, va croire que 3 extras-terrestres sont tombés dans son champs. Mqis ce que l’on ignore c’est comment réagi un homme face à trois extras-terrestres ?
Quelques instants plus tard, nous voilà tous rassurés : lui, de savoir qu’il pourrait bien continuer à boire du rakia ; nous, de nous recoucher avec l’espoir de quelques heures de sommeil. Avec l’espoir seulement… car ce que nous ignorions encore en cette première nuit roumaine, c’est que le décalage horaire allait encore nous raccourcir cette nuit déjà bien blanche. Pendant le petit déjeuner, les yeux tout frippés et entre deux quintes de toux, Richard lance : “Avec tout ce qu’on a ramassé en pesticides cette nuit, on est pas prêt de voir un moustique s’approcher de nous”.

Avec la venue du tonton Richard, c’est un peu comme si nous nous étions fait livrer le package “aventures garanties”. Difficile de faire mieux : avant même d’être arrivé, il crée déjà la surprise en ratant son avion qui pourtant avait du retard. Le lendemain, premier coup de pédale et voilà qu’il faut démonter le moyeu de son vieux velo éprouvé. Vous pensez prendre un raccourci pour rattrapper le temps perdu ? Vous finissez enlisés dans un cul de sac. En 2km, il vous crève sa chambre à air sur le premier et vous explose son pneu sur le deuxième. Ca nous vaudra un petit tour en camionette. Mais ce qui fait la différence, c’est qu’il sait mieux que personne prendre tout ca avec humour.

PanneDes paquerettes pleins la tête

Devant nous une étape de 100km. La montre indique 7h00, le cerveau 2h de sommeil et le thermomètre 35 degrés. Cap sur Timisoara, berceau du mouvement qui renversa Ceauşescu. Ce coin de la Roumanie semble être passé sous un rouleau à patisserie. Le champs de vision porte à des kilomètres au point que la silouhette d’un abre ou d’un clocher vous accompagne pendant longtemps, se reflétant dans cet horizon liquéfié par la fournaise. Ici l’ombre est rare, et quand il y en a, elle est un passage obligé, une pause salvatrice. Rien de surprenant donc d’y trouver la police attendant qu’échouent devant elle les voyageurs abrutis de chaleur. “Mulţumesc” l’agent nous rend nos passeports fier d’avoir pu mener un semblant d’interrogatoire dans la langue de Molière avec ces Français qu’il pense un peu fous. Un vieux biplans nous survole en rase motte, nous ballancant une nouvelle dose de pesticides.

Cap sur Timisoara

Sur la route, nous échangeons de longs saluts avec ces hommes et ces femmes assis sur leurs charettes surmontées de tas de foin. Seul le rythme des sabots sur la piste tient tête au silence de ces journées chauffées à blanc. Bienvenue dans le monde des braves. Celui où tout se fait à la force du muscle. Des hommes avares en parole. Pouquoi parler ? Leurs chevaux n’ont depuis longtemps plus besoin d’ordre pour accomplir les même tâches,  l’homme n’a d’énergie que pour ce qui est vital : les travaux des champs qui assureront sa subsistance et celle de son seul allié quadripède. Tout au plus doit-il prononcer deux ou trois courtes phrases dans la journée, lorsqu’il traversse le village.

Coucou

C’est en roulant aux côtés de ces hommes que l’on mesure combien l’énergie est précieuse et noble. Elle est une équation, un équilibre précaire. De quoi s’inquiéter lorsque l’on songe à la d’ébauche d’énergie dans laquelle nous vivons. Nos sociétés ont peut-être perdu la valeur de celle-ci. Dans les villages aus rues de terre battues, nous retrouvons cette ambiance latine que nous avions perdue en Hongrie.  Entre les sourires au dents en or surmontés de lunettes rafistolées au scotch, nous nous sentons bien. Dans chaque village, on vient nous parler en français lorsque nous nous attablons à un café.

Compagnons de routes

C’est à Cheveresu Mare que nous mesurons le sens de l’accueil des roumains. Dans ce village, nombre de voitures devant de grandes maisons en construction sont immatriculées en France. L’une d’elle est celle de Dino, Roumain émmigré en France. Son frère nous recoit avec sa femme et ses deux jeunes enfants qui très vite nous prennent par la main. Le frère de Dino travaille lui aussi en France près de 10 mois par an. ” C’est le seul moyen pour espérer construire quelque chose. Ici, on voit l’autre facette de la vie de ces immigrés que les politiques décrient et accusent de tous les maux. Le frère de Dino a deux beaux enfants affectueux dont tous pères aimeraient profiter. Sa femme, douce et discrète, travaille pour l’administration. Il fait beau, les gens ont le sourire. Mais le frère de Dino veut offrir à sa petite famille une belle maison qu’il construit de ses mains. Et pour cela, il est prêt à s’éloigner de ceux qu’il aime pour s’entasser dans une triste banlieue parisienne où il ferq les travaux les plus pénibles sans connaitre un seul mot de français. L’argent qu’il y gagnera en travaillant sans compter fera le bonheur de ses deux petites têtes blondes. Il y laissera de belles années et peut-être sa santé.  Depuis la France, beaucoup diraient de ces Roumains qu’ils ” viennent profiter”. D’ici on dit qu’ils vont se sacrifier. Nous serons reçus comme des rois par cette famille. Les grands-parents, qui tiennent un centre de vacances, nous installent dans une de ces petites chambres d’enfants aux lits superposés. De quoi récupérer de la nuit blanche, des 100 km du jour et du rakia qui a coulé dans nos verres.

Famille roumaine

Nous sommes liquides comme le Danube qui lentement se fraye un chemin dans les premières marches des Carpates. Le mercure indique 46 degrés. La fraîcheur vient du tonton et de ses pitreries. Même les deux ouvriers patibulaires, accablés de chaleur ne pourront se retenir de rire en le voyant faire le clown sur le bord du fleuve. A chaque robinet, nous nous prenons une douche tout habillés. Fournaise. “Moi, je m’prendrais une glace… Ou plutot deux… Une par le haut … et une par le bas !” Eclats de rires pour quelques kilomètres.

Roulotte

Berzasca. Village de terre battue. L’épicière a les jambes sacrément poilues, mais sa bière est fraIche. Dans ce petit village, on croirait presque qu’ils s’y sont tous pour défoncer les rues. Attablé avec nous sur ce banc qui grince, un vieillard dont le cancer a emporté la voix, nous souffle ce qu’il veut dire. Le ferrailleur enfourche son vélo sur lequel il a installé une sirène de police et des froues froues sur les rayons. Une fois du liquide remis dans le moteur, on part comme en chaque fin d’après-midi à la chasse. Objet de notre convoitise, le bivouac idéal : calme, beau et avec de l’eau. Au bord de la petite rivière, aux portes du village, une femme tellement grosse qu’elle semble dispropotionnée par rapport à sa petite maison. Fichu sur la tête, peau tanée et regard clair, dents en or (pour celles qui restent) sous un sourire d’ogresse, jupe remontée jusque sous les seins, elle nous plante le décor d’un film d’Emir Kusturica où l’on souhaite planter la tente. Ca miaule partout autour. Chat noir, chat blanc. Quelques instants plus tard, c’est Mihaï qui nous rejoint, faucille à la main pour nous couper un petit carré d’herbe où  planter les tentes. Ce garde frontière à la retraite aime le rakia, mais n’aime pas le boire seul. Et comme Emilie ne boit pas, ce sont Benjamin et Richard qui trinquent. Dans l’élan, il revient avec son accordéon et les voisins.

Ambiance roumaine

Entre deux morceaux, Mihaï grogne des obcénités contre ce gouvernement qui va réduire de 12% sa pension déjà bien maigre. Son voisin, également fonctionnaire, va quant à lui voir son salaire amputé de 15%. La crise économique ébranle le monde entier qui paye aujourd’hui  la bêtise de quelques irresponsables. Flavius, 10 ans, regarde nos vélos rêveur. Nous espérons que ses rêves le porteront lui aussi sur les routes de la liberté. Quoi de plus beaux au pays des Roms. Quant à nous, la route s’ouvre devant nous. De l’autre côté du Danube, c’est la Serbie qui nous attend… avec des surprises dont  nous ne nous serions jamais doutés.

Frontière

Détours balkaniques

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En attendant le récit de ces derniers jours, quelques images de la Roumanie et de la Serbie dans notre Galerie d’images en compagnie de deux compagnons de route : la chaleur écrasante qui devrait nous suivre et le tonton Richard venu pédaler quelques jours trop vite passés avec nous.

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