Pied à terre

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Dimanche 13 mai 2012, 26000 ème kilomètre à Saint Jean le Blanc : nous posons définitivement le pied à terre. Un compte rond sur le pas de cette même porte que deux ans plus tôt nous refermions sur notre vie de sédentaire. Les vélos guidonnaient secoués par l’émotion et des sacoches trop lourdes.

dimanche 13 mai, dernière ligne droite © A Tour de Roues727 jours d’aventures et 25 pays plus tard, ce sont nos cerveaux qui se sont alourdis de milliers de souvenirs, de paysages, de visages, d’émotions, d’odeurs, de sons… C’est la malle du voyageur au long cours, celle pas plus grosse qu’une boite crânienne mais tellement pleine de tout ce que nous avons pu glaner lors de notre épopée nomade. Nous l’ouvrons tout doucement, discrètement, pour laisser s’échapper ce qui, il y a quelques mois encore, étaient parmi les moments les plus intenses de notre vie et qui aujourd’hui s’appellent “souvenirs“. Une richesse inestimable.

Les steppes d’Asie centrale, les cimes de l’Himalaya, du Pamir, le plateau du Tibet, les jungles et les rizières d’Asie du Sud-Est, le désert australien, la traversée du Taklamakan, la Route de la Soie, le Caucase, des ascensions équivalent à 22 Everest, des pistes aux confins du monde… tous ces rêves que nous avons réalisés, ces mythes que nous avons décrochés ne sont rien à côté de notre plus belle fierté : celle de revenir à trois. Partir en couple, revenir en famille : la promesse d’une nouvelle aventure ! La dernière photo de notre périple est donc une échographie !

Et puis, nous sommes heureux. Heureux d’avoir laissé à travers le monde une soixantaine d’arbres plantés. Heureux d’avoir laissé dans notre sillage un peu de rêve, de folie, de surprise et de passerelle entre les cultures.

© A Tour de RouesDe quoi rêvons-nous aujourd’hui ? De garder la saveur de ce voyage. De plein de choses. D’ailleurs un de ces rêves vous concerne : celui de vous offrir un livre et un film pour extraire le meilleur de nos deux années d’aventures. Nous allons prendre la direction du sud de la France, une vallée ensoleillée des Pyrénées pour nous y installer et démarrer la vie que l’on a réfléchi pendant deux ans nomades. Pour la suite, on ne dit rien… mais a-tour-de-roues.fr ne va pas s’éteindre : il en reste des routes du monde à découvrir et à faire découvrir !

En attendant, nous avons un mot qui nous tient à cœur : MERCI. Ce mot est sans doute celui que nous avons le plus utilisé tout au long de notre voyage. Alors, c’est par un Merci que nous souhaitons conclure. Merci tout d’abord à notre bonne étoile. Merci à tous ceux qui nous ont accompagné depuis notre entrée sur le sol français : merci à Elise, la petite sœur chérie qui nous a accompagné sous la pluie avec son vélo au bord de l’agonie, à Chico et Chaton, les grands coeurs à la générosité sans limite, à Vincent, Weïba et Elohim toujours présents, à Christine, Claude, Margot et Eliot, aux cousins de Sorède et de Salses, à Gilbert et Francine, à Zaza et Pat’, Doiré, Caro et Emie. Merci à nos familles et en particulier  à Katou et Pirik, qui ont organisé notre retour. Merci à tous ceux qui sont venus -parfois de très loin- ce dimanche 13 mai nous accompagner pour nos derniers kilomètres.

Merci aux amis qui ont toujours été présents, à tous ceux qui nous ont suivi et encouragé à travers leurs messages. Merci à Richard et Claire pour la logistique et le virus du voyage. Merci à Vincent pour ses coups de main.Merci à Rodolphe et Marie-Jo. Merci à la famille Pasquier pour son réseau digne d’Erasmus. Merci à Zéfal et Katadyn qui ont assuré !

Enfin, à tous ceux qui par leur présence, leur hospitalité, leur générosité, leur humanisme ont nourri tous ces instants qui font de cette aventure un véritable trésor humain, nous disons :

Merci, Thank you, Мерси ,留言, Muchas gracias, təşəkkür edirəm, დიდი მადლობა, köszönöm, σας ευχαριστώ, Grazie, mulţumesc, спасибо, хвала, hvala, ขอขอบคุณคุณ, teşekkür ederim, cảm ơn bạn, Kop djai, hokoun, Ua koj tsaug, Tashi Delek

Pour finir, retour en images sur deux ans d’aventures.

© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues Bivouac a 100 km du voisin le plus proche © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues © A Tour de Roues© A Tour de Roues Ligne de départ ! © A Tour de Roues  © Tour de Roues© A Tour de Roues

A bientôt…

On a pas dit notre dernier mot !

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Pas d’inquiétude, nous sommes là !  Un pirate du web a “hacké” notre site a-tour-de-roues, nous contraignant à quelques manipulations derrière le rideau.  Le temps de tout remettre en ordre, de relancer la galerie A Tour d’Images en état de fonctionnement, et on vous donnera les dernières saveurs de cette promenade de 26000 km que vous avez été nombreux à venir clore à nos côtés. Pour vous remercier, nous vous donnons rendez-vous ici même dans quelques jours…

Retour en terre inconnue

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Première image de France © A Tour de Roues

Dimanche 1er avril, 15h04, 685 ème jour, km 24 779 Le petit bout de tôle sur lequel est écrit « France » scintille tant nos yeux sont noyés d’émotion. Un petit col de rien du tout entre Port Bou et Cerbères ; l’Espagne et la France ; le ciel, la terre et la mer. Les yeux vers le soleil, les premières pensées vont à Maman qui de là-haut veille sur nous. A elle qui était inquiète en nous voyant partir il y a deux ans, nous voulons juste lui dire que nous sommes de retour, que nous avons accompli notre aventure, que nous lui offrons chaque kilomètre de cette grande promenade sur le globe, qu’elle nous manque tant.

« On est en France !!! », hurle Emilie à cheval sur la frontière. Lluis et Dani, un couple de catalans passant par-là acquiescent, interloqués. Ils n’ont pas le temps de comprendre ce qu’il leur arrive que déjà on leur fait la bise :
- Vous êtes notre premier « bonjour » depuis deux ans, ça mérite la bise !
- Deux ans ?! Mais où étiez-vous donc ?
On explique, la discussion s’engage. Lluis et Dani supplantent Marianne, la Joconde, VictorAvec Lluis et Dani, nos premiers Français catalans Hugo et tous les autres porte drapeau tricolore : « Vous avez bien fait de prendre ces deux années pour découvrir le monde. Bienvenu à la maison. Vous allez voir, le pays est beau ».  Le hasard fait de ces deux inconnus, à l’accent rocailleux, les plus illustres ambassadeurs de France, là pour nous accueillir malgré eux, là pour nous rassurer sur ce pays presque devenu « étranger » après tout ce temps passé sur les routes du monde. Nous nous étions jurés d’embrasser les premiers français que l’on trouverait à la frontière. Un douanier, un routier, un ronchon… peu importait. On voulait embrasser la France, voir comment elle nous accueillerait. Nous voilà rassurés.

Premiers kilomètres en France © Antoine Sanchez

Quelques kilomètres plus loin, une voiture s’arrête : Antoine et Marie, les cousins de Sorède nous ont fait la surprise de venir à notre rencontre. Retrouvailles, émotion, on sent que nous venons de raccrocher le dernier maillon de la chaîne, que l’on va pouvoir commencer à ouvrir les sacoches pour en sortir les récits, les souvenirs…Le soir, dans le confort de la maison des cousins, au pied du massif des Albères, on se couche avec cette phrase en tête : « Dimanche 1er avril 2012, ce n’est pas une farce, nous sommes en France ».

Retrouvailles avec Antoine et Marie © A Tour de RouesCette entrée  en France scelle les derniers tours et détours d’Europe : après la douceur italienne et la pause « touriste » à Rome avec les grands-parents, nous avons pris un bateau pour Barcelone. Vingt heures de traversée plus tard, c’est Elise, la petite sœur qui nous attendait pour quelques tapas et sangrias. Nous avons abandonné nos vélos le temps d’un aller-retour éclair à Paris en avion pour une fête de famille surprise avant de reprendre la route sous le soleil de la Costa Brava.  Pas de grande aventure à raconter, juste la douceur du retour et une pointe d’appréhension : celle, dans quelques semaines, de ne plus avoir un horizon différent chaque matin au petit-déjeuner.
Programme libre en France sur la route jusqu’à Orléans, des zig-zag chez les amis et la famille. Rendez-vous dans quelques semaines pour vous faire découvrir la France à travers le regard de deux « étrangers » à vélo, et pour poser le point final à ce carnet de route que vous avez été nombreux à suivre.

Retour en douceur le long de la mer Méditerranée

Et pour le plaisir, retour en images sur l’Italie et l’Espagne, nos dernières pérégrinations étrangères…

Vatican © A Tour de Roues Rome, Le Colisé © A Tour de Roues Saint Pierre de Rome © A Tour de Roues Panoplie des parfaits touristes à Rome © A Tour de Roues Entrée à Rome © A Tour de Roues Fontaine de Trévi, Rome © A Tour de Roues Au bout du monde © A Tour de Roues Frère et soeur à Barcelone © A Tour de Roues Barcelone avec Elise © A Tour de Roues Intérieur de la Sagrada Familia © A Tour de Roues Pimkipou ! © A Tour de Roues Attentionles grand-mères catalanes ne plaisantent pas © A Tour de Roues Costa brava espagnole © A Tour de Roues Cap de Creus, Espagne © A Tour de Roues

La dolce vita

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Contemplation au port de Trani, Pouilles © A Tour de Roues Il parait qu’avec le voyage, on apprend à être à l’aise partout. Après presque deux ans sur la route, nous y sommes. Samedi soir à Termoli, ville de la côte adriatique italienne; oh ce n’est pas Milan, mais dans la rue Corso Nazionale, pas une mèche de cheveux qui ne tombe juste, pas une paire de lunettes qui ne soit assortie à la casquette, au borsalino ou au parapluie. Les Italiens jouent d’élégance et de prestance pour égaler la beauté des Italiennes. Couples de tous âges, amis, familles déambulent avec plaisir. Pas de shopping, juste le plaisir de se promener, de discuter, de rencontrer et, bien sûr, de se montrer. On se jette dans dans cette rue devenue podium pour nous gaver de ce délicieux spectacle, un concentré d’Italie, mieux qu’un Pirandello.Et nous aussi on fait un effet boeuf : bronzage cycliste, des ballots de linge que l’on ramène de la laverie sous les bras (et le peu qu’on a pas pu laver sur nous), nos regards ébahis pareil à des enfants, un Indien dans la ville quoi ! S’ils savaient que l’on a parcouru 24000 km à vélo pour pouvoir les regarder comme s’ils étaient des acteurs d’un film avec Lollobrigida, pour revenir avec un regard neuf qui les fait briller de mille feux. Ils impressionnent, ils sont beaux… mais on est bien dans nos fringues de cyclos-nomades au milieu de cette profusion d’effets. Nous sommes des spectateurs, de simple spectateurs à l’aise avec la seule chose qu’ils ont : plein de belles histoires  dans leurs sacoches trouées. 22 mois sur une selle de vélo à travers le monde pour parvenir à gagner un petit bout de détachement, un gout pour la contemplation.

Eglise de Trani, Pouilles © A Tour de Roues Moka, notre nouvelle coéquipière © A Tour de Roues Panettone à vélo © A Tour de Roues

C’est beau l’Italie avec ce regard neuf. Dès le premier pas en sortant du bateau, la vieille ville de Bari nous envoute : le linge étendu aux balcons où palabrent les femmes embaument les étroites ruelles, l’architecture explose de pierres blanches et de proportions parfaites, tous se parlent en chantant… Nous sommes émus comme si nous retrouvions nos souvenirs d’enfance.

Alain, roi de la bici à Bari © A Tour de Roues

Basilique Saint Nicolas de Bari, Pouilles © A Tour de RouesCe à quoi nous ne prêtions plus d’importance il y a deux ans s’impose à nous : on fait l’assaut de la boulangerie, on s’engouffre dans une basilique catholique, on s’achète un paquet de café et une mini cafetière moka.  Parmiggiano regiano, pesto, panettone, crudo, mozzarella… les papilles retrouvent leurs repères. Pour ajouter au plaisir, Alain nous sert de guide et d’hôte. Français installé à Bari, coursier à vélo et maestro du tiramisu, il sort de la fac de géo : des profs et des études en commun, les discussions seront longues, passant d’un continent à l’autre. Nous le quitterons pour reprendre notre périple. Il n’y a qu’à rouler… toutes les routes mènent à Rome.

Bivouac dans les salines, Pouilles © A Tour de Roues Sur la route des Pouilles © A Tour de Roues

Coktails et larmes en arrivant en Grèce

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Athènes 1Athènes 2Athènes 3

Bienvenus à Athènes. Ville des retrouvailles avec l’Europe. On en attendait pas tant ! Des milliers de personnes rassemblés sur une place. Grosse ambiance. Ça chante, ça crie à l’unisson, ça nous réchauffe presque dans le froid mordant. Et puis soudain, sans prévenir, les yeux piquent et voilà que l’on se met à pleurer. Tous ensemble. Seuls ceux qui ont pris soin de venir déguisés avec des masques parviennent à retenir leurs armes. C’est le moment choisi pour servir les cocktails… Molotov ! Non, très franchement, on ne s’attendait pas à un pareil accueil pour notre retour en Europe. Oui, nous sommes bien entrés dans l’univers des pays “riches” et développés” où étrangement on ne parle que de plans de rigueur et de restrictions budgétaires… Un monde de paradoxes. Devant nous, les contestataires brisent à la masse les majestueux marbres de la place du parlement pour le jeter sur les forces de l’ordre. Des hommes qui s’interposent pour protéger les dirigeants qui gèleront leur salaires et amputeront leurs retraites.

Incompréhension face au chaos Scène de rue à AthènesRue d'Athènes Place du Parlement après les heurts

On poursuit la visite en s’enfonçant dans les ruelles, loin des tumultes. Malheureusement, en ces périodes de troubles, l’acropole est fermée comme tous les autres monuments qui font la fierté de la ville. Rien à voir. Athènes est en peine.

Fermeture générale des sites de la ville d'Athènes

Dur de trouver un terrain sans cloture pour un bivouac !Les retrouvailles avec notre vieille Europe sont pleines de contrastes. Le bon ? Du confort, de vrais douches chaudes, de l’asphalte parfait, des conducteurs qui daignent ralentir avant de nous dépasser, un goût pour le sport (voilà des mois que nous n’avions pas vu un sportif du dimanche !), des poubelles au coin de la rue… Le mauvais ? La crainte. Habiter un pays riche, c’est avoir peur du voisin et s’enfermer dans sa bulle. Les clôtures autour d’un lopin de terre nous choquent, les panneaux avec “security system” nous effraient. Nous parcourons les rues tels des anonymes. Jusque là nous étions des hotes, désormais, nous sommes des étrangers. Sensation paradoxale au moment même où nous rentrons “chez nous”.

250 km et quelques coups de pédales plus tard, nous sommes à Patra, tournés vers l’Adriatique et l’Italie. La Grèce n’aura été qu’une parenthèse trop courte pour la comprendre. Heureusement, la mer n’est jamais loin ; de quoi pardonner bien des aberrations dans ce pays au futur incertain. Cap sur l’Italie pour poursuivre notre acclimatation européenne. Il parait qu’il y fait très froid.

Velo

Derniers tours de roues en Turquie

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patara 1Patara 2Patara 3

Patara, une plage et les vestiges d’une antique cité de Lycie. Pour nous, c’est d’ici que débute la piste lycienne qui, entre falaises, mer turquoise et neige, va nous offrir une dernière épreuve turque. Du niveau de la mer aux neiges des cimes en quelques kilomètres et litres de sueurs, on vous embarque pour une dernière virée en images sur nos vélos.

Lumière de fin de journée sur la voie lycienne © A Tour de Roues Problème d'échelle entre une gamelle et son molosse Fin de représentation, cité antique de Patara © A Tour de Roues 23 000 km qui ne s'effaceront jamais

Ombres chinoises de deux Français dans des vestiges grecs en Turquie ! © A Tour de Roues Parée pour la montée © A Tour de Roues Ca glisse !!! © A Tour de Roues

Vue sur la Turquie turquoise © A Tour de Roues Printemps précoce pour les euphorbes © A Tour de Roues Sur la piste © A Tour de Roues

Bivouac au col © A Tour de Roues IMG_2383

Un oeil sur la Turquie © A Tour de Roues

Lycian way 1 © A Tour de Roues1Lycian way 3 © A Tour de Roues

Demain, un bateau nous éloignera de ce pays où l’on a passé tant de temps. Nous avons fait plus que de traverser cette Turquie.Aujourd’hui comme il y a deux ans, elle fut le trait d’union entre “chez nous ” et les terres inconnues. Nous y avons désormais des amis qui ont marqué notre voyage. A tous ceux qui nous ont offert leur gentillesse, nous disons un grand “tesekur ederim”, et, à bientôt !

Merci à la Turquie ! © A Tour de Roues

La Turquie c’est Terre d’Aventures en famille

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Ligne de départ !

A Antalya, il y a un Club Med, façon cocktails de douceurs, farniente à volonté, amollissement des chairs (certains appellent ça « détente ») le tout dans un carde de carte postale : une mer limpide, côte escarpée sur un fond de montagnes enneigées. Vue comme ça : un paradis. Parfait pour former deux cyclos stagiaires : Vincent et Elise, venus partager un peu du quotidien de leur frère et d’Emilie. Parfait non pas pour le repos, mais pour avoir un bon aperçu de ce qu’est la longue et interminable lutte du cyclo. Car pour le voyageur à vélo, le fond de montagne enneigées c’est de longues heures de grimpe et de violents chocs thermiques en perspectives. La mer ? Ça veut dire du vent, beaucoup de vent (de face bien sûr) dans des montagnes russes comme seuls les ingénieurs de ponts et chaussées turques savent les faire. Voilà comment la carte postale du Club se transforme en baptême du feu. De quoi faire en quelques jours, de vrais cyclos à partir de touristes de passage !

Il nous aura fallu pédaler comme des forçats pour accueillir Vincent et Elise à temps pour ce qui sera leur premier voyage à vélo. Pluie battante, 1000 mètres de dénivelé quotidien et de longues heures sur la selle jusqu’à Antalya : on donne tout ce qu’on a. Au point que le 31 décembre, un verre de vin suffira à nous coucher à…21h. Mais le 4 janvier, nous sommes à l’aéroport d’Antalya pour réceptionner Vincent et Elise avec leur gros cartons de vélo. C’est parti !

Temps de chienVincent fuit l'orage

Cirali, petit village au fond d’une vallée isolée ouvrant sur la mer. Ce qu’on ignore en y descendant, c’est que contrairement à ce qu’indique la carte, on plonge dans un cul de sac d’où on ne s’extrait que par une raide ascension de 7 kilomètres. Il y a bien une possibilité de sortir en passant une rivière à gué, mais les pluies qui débutent la rendront bientôt infranchissable. Le village est éteint. En guise de comité d’accueil, une chienne nous suit toute heureuse jusqu’à la pension où nous nous installons. Nous l’appellerons Steaka, hommage à la balafre béante et toute fraiche qui lui parcourt la cuisse.

Petite grèle d'hiver Coup durLe lendemain matin on ouvre la porte. Le ciel gris pisse tout ce qu’il peut. Sur le paillasson, la chienne est toujours là, remuant sa queue. Elle ne nous quittera pas. La météo nous contraint à attendre dans cette pension, sorte de bastion hippie défraichi. Quarante années sont passées depuis que le peace and love version turc avait pour capitale ce petit havre de paix, mais les réflexes sont restés là : «  vous voulez aller voir les Chimères ce soir ? Prenez ma voiture, les clés sont sur le contact », nous propose la patronne. Les Chimères, des flammes s’échappant du sol qui ont nourrit bien des histoires depuis l’antiquité. On laisse d’abord le ciel calmer sa colère avec une tempête de grêle et d’éclairs qui grille le réseau électrique. Puis on prend la voiture dans la nuit. Problème Steaka se met à suivre l’auto en courant. Impossible d’accélérer sur ce chemin défoncé par l’orage. On la voit dans nos rétros cavaler tout ce qu’elle peut. Ok, ok, ok, on a pitié, ce n’est pas humain de faire courir un chien blessé sur près de 5 km.

Les ChimèresOn s’arrête et elle bondit illico dans la voiture. Voilà, on est bon pour visiter le site des Chimères avec une chienne errante. Pourtant, à ce moment là on ignore encore combien elle va nous être utile.

Deux entorses au réglement : on prend la voiture et on fait ami ami avec un chienLes Chimères devraient être là par dizaines, brulant dans la nuit sur le flanc de la colline. Mais l’orage a presque tout éteint. Seules trois flammes subsistent. Mais  par un heureux hasard, on s’aperçoit que la chienne adore se faire des « shoot » au méthane : dès qu’elle sent du gaz s’échapper d’entre les rochers, elle y colle la truffe et s’en met une bonne dose. On a juste à la suivre avec un briquet pour rallumer les flammes ! Derrière la chienne, la colline s’embrase. Le spectacle des flammes avec les éclairs dans le ciel est fascinant. Nous qui pensions que ce voyage nous avait fait détester les chiens pour toujours…

Nous quittons Cirali. Au menu : petites routes et gros dénivelés, passage à gué, mer turquoise surmontée de crêtes parfaitement enneigées. Le vent de face et les orages ne nous arrêtent  pas et nous atteignons Ucagiz. De ce petit port entouré d’îlots, nous marcherons jusqu’à ce qui reste de Simena, cité antique qu’un séisme a plongé sous les eaux. De la mer limpide où nous osons une baignade, émerge le haut des tombeaux lyciens.  Ici, c’est la trêve avant de reprendre nos vélos pour attaquer l’épreuve redoutée par nos deux stagiaires : la montagne.

Passage de gué Assaut contre la pluie... et le ridiculeBaignade plutôt fraîche à Kekova Inspiration nocturne lors de la sortie pipi de VincentUcagiz, petit paradis Ucagiz depuis notre balcon :  escale sympathique !

Deux stagiaires à la montagne

Elise cherche ses vêtements« Mon leggins, mon débardeur, mon sous pull,  le T-shirt manches longues de Benjamin, ma polaire, la polaire d’Emilie… j’ai tout mis et je me gèle ». Elise est un peu frileuse, mais c’est vrai que ce matin il pèle méchamment. Pourtant nous ne sommes qu’à 600 mètres et nous serons ce soir trois fois plus haut, où nous devrions encore perdre 7 degrés. Nous rallumons le feu le temps de plier le camp et de regagner au plus vite la route au soleil. La montagne, c’est toujours très beau, mais ça ne fait pas de cadeau. Vélo sans chaîne, cyclo qui peineQuelques instants plus tard, nous voilà en T-shirt, transpirant dans des épingles à s’en décrocher le cœur, sur une piste impraticable sur 15 km qui devait être une route d’après la carte. C’est toujours dans ces moments que les galères s’enchainent comme des perles : cette fois, c’est une crevaison ! Simple crevaison. Etonnant car ces derniers jours, nous nous étions habitués à mieux : deux pneus explosés, un roulement en vrac, un câble de dérailleur cassé, une crevaison par jour, une tige de selle KO… Alors, quand juste avant que la nuit et la neige ne tombent, Vincent nous arrête en criant : « j’ai pété ma chaîne ! », c’est l’excitation du vrai défi mécano !

11.750 km pour un pneu qui n'ira pas plus loin

Ascension vers les cimes pour Vincent Bivouac autour du feu

Vincent entre mer et montagne Barbiers & Cie FIn de journée en montagne pour Elise

Arrivée à Antalya avec tous nos stagiaires sains et saufs

Au final la réparation de la chaîne aura tenu le franchissement du col à 1600 mètres. Puis, c’est le plongeon vers Antalya, un autre univers. Voilà, leur première à vélo est bouclée. Nous allons fêter ça par une douche brulante, un énorme kébap, un barbier (pour Vincent) et du shopping (pour Elise).  Finalement, ce ne sont pas des vacances le voyage à vélo, mais c’est quand même bon, hein ?! Bravo à Elise et Vincent ! Quant à nous, nous revoilà tous les deux, prêts à accueillir d’autres stagiaires sur la route de notre retour.

Dernière montée et toujours partant !

Escapade à Chypre

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Un coup de tampon pour Chypre

Sur le pont avant du navire, seul le bruit de l’étrave se fait entendre. Le sommeil se dissipe lentement du visage des matelots après une nuit bien courte. Mais c’est surtout la beauté du paysage au petit matin qui plonge chacun dans une contemplation. L’eau est limpide et l’île vers laquelle nous naviguons est celle d’Aphrodite, déesse de la beauté. Nous débarquons à Chypre, 3ème île de la Méditerranée. Un paradis coupé en deux depuis bientôt 40 ans : partie turque au nord, grecque au sud et ligne verte au milieu. Ça n’empêche pas les britanniques (qui ont occupé l’île) de venir se faire rougir au soleil.

Une île pour deux mondes

Chypre nord sous le regard d'Ataturk D’ailleurs, au milieu des camions qui débarquent en même temps que nous, nous roulons à gauche. Dans la ville de Girne où nous arrivons l’ambiance est un étrange mélange de Turquie et d’Europe.Cathédrale St Nicolas avec son minaret à Famagusta “Ça ne dépend que d’eux. Ce sont les dirigeant du sud qui ont coulés les dernières négociations et les perceptives de réunification”, nous interpelle un ancien gradé de Chypre nord. Plus tard à Nicosie, seule capitale d’Europe coupée en deux, dans le no man’s land de la ligne verte où tout est figé depuis 1974, un groupe de militants occupe les ruines de bâtiments abandonnés dont certains sont encore criblés de balles. L’ONU, empêtrée dans les lourdeurs administratives ne peut les déloger : “on occupe cette zone pour tirer un trait d’union vers la réunification. Et si les dirigeants des deux parties de l’île s’accordent pour intervenir alors on aura au moins réussi à les mettre d’accord pour une première fois”, ironise un jeune.

Champagne de Noël à la réception de notre pension turque à ChypreL’incursion que l’on fait dans la partie grecque de l’île, celle qui est la plus européanisée, nous fait froid dans le dos. La ligne verte et ses sacs de sable séparent bien deux monde : les prix explosent, le culte du paraître s’impose, le superficiel règne à l’image des vitrines toutes plus clinquantes et tape à l’oeil les unes des autres. Fini aussi les sourires. Demander sa route provoque un réflexe de recul, presque de peur. Chacun sa bulle. En ce 24 décembre, l’ultra-conso bat son plein et nous rend nauséeux. On se sent étranger dans ce monde qui pourtant est le notre. Vite on repasse côté turc,  plus calme et chaleureux. Tant pis, pas de clocher pour Noël mais un kébab et un demi de champagne de Cappadoce que le patron de notre pension ouvrira pour nous.

Préretraite pour cyclos au long cours

Cap sur Karpaz Christian comme voisin

Christian au départ de notre premier bivouac chypriote IMG_2654

A trois, on se sent plus résolus. Christian, patriache cyclopédique en tour du monde depuis 5 ans agite ses mains pour montrer qu’il ne comprend pas pourquoi les militaires nous barrent la route. Il faut dire que nous avons déjà rencontré Christian à 3 reprises en Asie centrale, là où franchir un barrage de police peut être une véritable épreuve de force. Alors, pour lui comme pour nous ce ne sont pas des plantons de Chypre nord qui vont nous empêcher de passer. Bref, chacun de nous trois y met de son talent pour faire céder les soldats. Mais les bougres en treilli tiennent bon… Vestiges à Salamis © A Tour de RouesLe point final de nos négociations sera mis par une détonation à notre gauche suivi d’un sifflement au dessus de nos têtes et, quelques secondes plus tard, d’une déflagration sur notre droite. A ce moment nous comprenons : nous sommes en plein milieu d’un exercice de l’armée de Chypre nord, pile poil sur la trajectoire du canon des chars qui canardent. OK, OK, on s’en va.

Mis à part cette épisode, nous avons passé avec Christian de belles vacances au rythme doux le long des côtes, entrecoupées de baignades, visites et bivouacs de rêve dans la magnifique pointe sauvage de Karpaz.  Une vraie préretraite de cyclo au long cours. En revanche c’est aussi lors de cette agréable parenthèse que nous ferons une rencontre bien écoeurante . Étonnement c’est “une des notre”, une cyclo solo canadienne qui nous a démontré qu’on pouvait faire tenir sur un si petit vélo et dans deux petites sacoches autant de malhonnêteté, de mauvais coups et d’égocentrisme.Au départ de Chypre © A Tour de Roues Une véritable insulte à l’esprit des voyageurs à vélo que l’on a connu depuis 21 mois sur la route !

Même si en ville on nous affirme qu’il n’y a pas de bateau pour retourner en Turquie, un tour au port de Girne et nous voilà avec nos billets pour embarquer dans l’heure. Des fois il ne faut pas chercher à comprendre… Mehmet, le matelot nous attend sur le quai. On embarque sur le bateau réservé aux poids lourds. Une fois de plus, nous allons être au centre de leur curiosité et de leur effluves de cigarettes pendant les 6 heures de traversée. Le vent est violent. Ca promet…

Le soleil se couche sur Tasucu, port d'arrivée en Turquie

Dans quelques jours, la suite de nos aventures avec le récit de la venue d’Elise et Vincent pour une échappée familiale entre la mer et les montagnes : deux semaines pour leur offrir un concentré d’aventures ! A bientôt.

La mer en fil d’Ariane

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Petits pêcheursnprès d'Antioche

Voilà voilà, l’aventure se poursuit. On est resté silencieux de longues semaines mais pas inactifs pour autant ! Juste quelques jours de balades à Chypre avant de foncer sur Antalya pour réceptionner Vincent et Elise, le frère et la soeur venus partager un peu de ce qui a été notre quotidien ces 20 derniers mois. Alors commençons par vous raconter la fin de notre année 2011 entre Turquie et l’île de Chypre. En voici la première partie.


IMG_1341 28 novembre 2011. Les retrouvailles se font dans une fin de journée ensoleillée : elle est là, valse sur les galets, nous ouvrant un horizon plat où se couche le soleil. Il n’y a que le doux bruit des vagues. Nous revoilà face à notre mer qui nous mènera chez nous. On ne peut plus se perdre. Au sud, on voit la Syrie. Derrière nous, la route mène à Hatay, l’ancienne Antioche, cité des croisades, des premiers apôtres et des plus belles mosaïques au monde. Clocher et minaret à Hatay (Antioche)Aujourd’hui musulmans, juifs, chrétiens y vivent ensemble et en paix. Une paix dont les visages métissés descendant de païens grecs et romains, de chevaliers croisés, d’orthodoxes arméniens, de musulmans ottomans ou des arabes sont les garants. Face à la Méditerranée nous mettons cap au nord. Piste déserte et somptueuse entre mer et montagne. On la voudrait sans fin. Et quand on parvient au premier village, c’est pour planter notre tente au milieu des mandariniers ployant sous leurs fruits mûrs. Kilométriquement les journées sont courtes. A chaque village son invitation pour un çay, des kilos de clémentines, des pides sortant du four.Mozaïque à Hatay Les nuits, elles, sont animées : les sangliers tournent autour de la tente, les chauves-souris géantes hurlent, les pêcheurs font péter leur TNT et les chiens, ah les chiens, se chargent du réveil. On a pas fait les fiers le jour où 6 kangals (des monstres appelés chiens) en patrouille matinale sont tombés sur notre bivouac. Ça grogne et ça aboie tout autour de la tente. On s’en sortira en restant immobile, étouffant notre respiration dans nos duvets histoire de se faire oublier de la meute. Ça prendra tout de même 3/4 d’heure !

© A Tour de Roues Récolte du coton près d'Hatay © A Tour de Roues Bivouac en bord de mer près d'Hatay Réveil vitaminé

Un sprint pour un pote

Kadir me prête son tricycle à MersinDans une main, le téléphone avec un message signé de Kadir, le collègue, l’ami : “je prends un avion demain pour Mersin alors pédalez !!!” . Dans l’autre, la carte qui froidement aligne les dizaines de kilomètres nous séparant de la grande cité portuaire. La bonne surprise de Kadir s’avère être un véritable défi : abattre 230 km en une journée et demi à travers le delta au sud d’Adana. Un sprint dans un labyrinthe de petites routes anonymes et tortueuses. “Même si vous réussissez par miracle à trouver votre chemin, vous ne serez jamais à temps à Mersin ” s’esclaffe un vieil homme à qui on demande notre route. Sans doute ignorait-il combien ça motive de retrouver un ami qui n’hésite pas à prendre un avion d’Istanbul pour vous accueillir dans l’appartement familial. Reste qu’après une journée de plus de 8h, 150 km vent de face, dont un bout à rouler sur une autoroute de nuit, nous reconnaissons une grande silhouette familière qui traverse la rue et s’approche de nous : c’est celle de Kadir. Madame Notre Voisine à MersinOn a réussi. C’est qu’il faut pédaler fort pour être à la hauteur des potes ! Ces moments passés avec lui nous permettrons de connaître un peu plus les subtilités de ce pays qui nous plait tant.  Merci aux parents de Kadir, car la grosse semaine passée dans l’appartement de Mersin nous a permis de nous reposer dans le confort de la vie sédentaire et de commencer à réfléchir à l’avenir au retour. Merci aussi à Madame la Voisine, particulièrement attentionnée à l’égard de ses nouveaux voisins français.

Miss aubergine Mosquée à Hatay Ataturk chez le boucher

A tour de rouleau

L'Orient 11 Comments »

T'es goofie ou regular ?

On est comme ça nous… rien ne nous effraie ! Pas même les mega “tuoube” de la Méditerranée ! Intenses les vacances à Chypre ! Promis, dès que  ça se calme un peu, on vous envoie la suite de nos aventures histoire de bien commencer l’année. En attendant, passez de beaux instants pour cette fin d’année 2011.

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