La dolce vita

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Contemplation au port de Trani, Pouilles © A Tour de Roues Il parait qu’avec le voyage, on apprend à être à l’aise partout. Après presque deux ans sur la route, nous y sommes. Samedi soir à Termoli, ville de la côte adriatique italienne; oh ce n’est pas Milan, mais dans la rue Corso Nazionale, pas une mèche de cheveux qui ne tombe juste, pas une paire de lunettes qui ne soit assortie à la casquette, au borsalino ou au parapluie. Les Italiens jouent d’élégance et de prestance pour égaler la beauté des Italiennes. Couples de tous âges, amis, familles déambulent avec plaisir. Pas de shopping, juste le plaisir de se promener, de discuter, de rencontrer et, bien sûr, de se montrer. On se jette dans dans cette rue devenue podium pour nous gaver de ce délicieux spectacle, un concentré d’Italie, mieux qu’un Pirandello.Et nous aussi on fait un effet boeuf : bronzage cycliste, des ballots de linge que l’on ramène de la laverie sous les bras (et le peu qu’on a pas pu laver sur nous), nos regards ébahis pareil à des enfants, un Indien dans la ville quoi ! S’ils savaient que l’on a parcouru 24000 km à vélo pour pouvoir les regarder comme s’ils étaient des acteurs d’un film avec Lollobrigida, pour revenir avec un regard neuf qui les fait briller de mille feux. Ils impressionnent, ils sont beaux… mais on est bien dans nos fringues de cyclos-nomades au milieu de cette profusion d’effets. Nous sommes des spectateurs, de simple spectateurs à l’aise avec la seule chose qu’ils ont : plein de belles histoires  dans leurs sacoches trouées. 22 mois sur une selle de vélo à travers le monde pour parvenir à gagner un petit bout de détachement, un gout pour la contemplation.

Eglise de Trani, Pouilles © A Tour de Roues Moka, notre nouvelle coéquipière © A Tour de Roues Panettone à vélo © A Tour de Roues

C’est beau l’Italie avec ce regard neuf. Dès le premier pas en sortant du bateau, la vieille ville de Bari nous envoute : le linge étendu aux balcons où palabrent les femmes embaument les étroites ruelles, l’architecture explose de pierres blanches et de proportions parfaites, tous se parlent en chantant… Nous sommes émus comme si nous retrouvions nos souvenirs d’enfance.

Alain, roi de la bici à Bari © A Tour de Roues

Basilique Saint Nicolas de Bari, Pouilles © A Tour de RouesCe à quoi nous ne prêtions plus d’importance il y a deux ans s’impose à nous : on fait l’assaut de la boulangerie, on s’engouffre dans une basilique catholique, on s’achète un paquet de café et une mini cafetière moka.  Parmiggiano regiano, pesto, panettone, crudo, mozzarella… les papilles retrouvent leurs repères. Pour ajouter au plaisir, Alain nous sert de guide et d’hôte. Français installé à Bari, coursier à vélo et maestro du tiramisu, il sort de la fac de géo : des profs et des études en commun, les discussions seront longues, passant d’un continent à l’autre. Nous le quitterons pour reprendre notre périple. Il n’y a qu’à rouler… toutes les routes mènent à Rome.

Bivouac dans les salines, Pouilles © A Tour de Roues Sur la route des Pouilles © A Tour de Roues

Coktails et larmes en arrivant en Grèce

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Athènes 1Athènes 2Athènes 3

Bienvenus à Athènes. Ville des retrouvailles avec l’Europe. On en attendait pas tant ! Des milliers de personnes rassemblés sur une place. Grosse ambiance. Ça chante, ça crie à l’unisson, ça nous réchauffe presque dans le froid mordant. Et puis soudain, sans prévenir, les yeux piquent et voilà que l’on se met à pleurer. Tous ensemble. Seuls ceux qui ont pris soin de venir déguisés avec des masques parviennent à retenir leurs armes. C’est le moment choisi pour servir les cocktails… Molotov ! Non, très franchement, on ne s’attendait pas à un pareil accueil pour notre retour en Europe. Oui, nous sommes bien entrés dans l’univers des pays “riches” et développés” où étrangement on ne parle que de plans de rigueur et de restrictions budgétaires… Un monde de paradoxes. Devant nous, les contestataires brisent à la masse les majestueux marbres de la place du parlement pour le jeter sur les forces de l’ordre. Des hommes qui s’interposent pour protéger les dirigeants qui gèleront leur salaires et amputeront leurs retraites.

Incompréhension face au chaos Scène de rue à AthènesRue d'Athènes Place du Parlement après les heurts

On poursuit la visite en s’enfonçant dans les ruelles, loin des tumultes. Malheureusement, en ces périodes de troubles, l’acropole est fermée comme tous les autres monuments qui font la fierté de la ville. Rien à voir. Athènes est en peine.

Fermeture générale des sites de la ville d'Athènes

Dur de trouver un terrain sans cloture pour un bivouac !Les retrouvailles avec notre vieille Europe sont pleines de contrastes. Le bon ? Du confort, de vrais douches chaudes, de l’asphalte parfait, des conducteurs qui daignent ralentir avant de nous dépasser, un goût pour le sport (voilà des mois que nous n’avions pas vu un sportif du dimanche !), des poubelles au coin de la rue… Le mauvais ? La crainte. Habiter un pays riche, c’est avoir peur du voisin et s’enfermer dans sa bulle. Les clôtures autour d’un lopin de terre nous choquent, les panneaux avec “security system” nous effraient. Nous parcourons les rues tels des anonymes. Jusque là nous étions des hotes, désormais, nous sommes des étrangers. Sensation paradoxale au moment même où nous rentrons “chez nous”.

250 km et quelques coups de pédales plus tard, nous sommes à Patra, tournés vers l’Adriatique et l’Italie. La Grèce n’aura été qu’une parenthèse trop courte pour la comprendre. Heureusement, la mer n’est jamais loin ; de quoi pardonner bien des aberrations dans ce pays au futur incertain. Cap sur l’Italie pour poursuivre notre acclimatation européenne. Il parait qu’il y fait très froid.

Velo

Derniers tours de roues en Turquie

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patara 1Patara 2Patara 3

Patara, une plage et les vestiges d’une antique cité de Lycie. Pour nous, c’est d’ici que débute la piste lycienne qui, entre falaises, mer turquoise et neige, va nous offrir une dernière épreuve turque. Du niveau de la mer aux neiges des cimes en quelques kilomètres et litres de sueurs, on vous embarque pour une dernière virée en images sur nos vélos.

Lumière de fin de journée sur la voie lycienne © A Tour de Roues Problème d'échelle entre une gamelle et son molosse Fin de représentation, cité antique de Patara © A Tour de Roues 23 000 km qui ne s'effaceront jamais

Ombres chinoises de deux Français dans des vestiges grecs en Turquie ! © A Tour de Roues Parée pour la montée © A Tour de Roues Ca glisse !!! © A Tour de Roues

Vue sur la Turquie turquoise © A Tour de Roues Printemps précoce pour les euphorbes © A Tour de Roues Sur la piste © A Tour de Roues

Bivouac au col © A Tour de Roues IMG_2383

Un oeil sur la Turquie © A Tour de Roues

Lycian way 1 © A Tour de Roues1Lycian way 3 © A Tour de Roues

Demain, un bateau nous éloignera de ce pays où l’on a passé tant de temps. Nous avons fait plus que de traverser cette Turquie.Aujourd’hui comme il y a deux ans, elle fut le trait d’union entre “chez nous ” et les terres inconnues. Nous y avons désormais des amis qui ont marqué notre voyage. A tous ceux qui nous ont offert leur gentillesse, nous disons un grand “tesekur ederim”, et, à bientôt !

Merci à la Turquie ! © A Tour de Roues

La Turquie c’est Terre d’Aventures en famille

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Ligne de départ !

A Antalya, il y a un Club Med, façon cocktails de douceurs, farniente à volonté, amollissement des chairs (certains appellent ça « détente ») le tout dans un carde de carte postale : une mer limpide, côte escarpée sur un fond de montagnes enneigées. Vue comme ça : un paradis. Parfait pour former deux cyclos stagiaires : Vincent et Elise, venus partager un peu du quotidien de leur frère et d’Emilie. Parfait non pas pour le repos, mais pour avoir un bon aperçu de ce qu’est la longue et interminable lutte du cyclo. Car pour le voyageur à vélo, le fond de montagne enneigées c’est de longues heures de grimpe et de violents chocs thermiques en perspectives. La mer ? Ça veut dire du vent, beaucoup de vent (de face bien sûr) dans des montagnes russes comme seuls les ingénieurs de ponts et chaussées turques savent les faire. Voilà comment la carte postale du Club se transforme en baptême du feu. De quoi faire en quelques jours, de vrais cyclos à partir de touristes de passage !

Il nous aura fallu pédaler comme des forçats pour accueillir Vincent et Elise à temps pour ce qui sera leur premier voyage à vélo. Pluie battante, 1000 mètres de dénivelé quotidien et de longues heures sur la selle jusqu’à Antalya : on donne tout ce qu’on a. Au point que le 31 décembre, un verre de vin suffira à nous coucher à…21h. Mais le 4 janvier, nous sommes à l’aéroport d’Antalya pour réceptionner Vincent et Elise avec leur gros cartons de vélo. C’est parti !

Temps de chienVincent fuit l'orage

Cirali, petit village au fond d’une vallée isolée ouvrant sur la mer. Ce qu’on ignore en y descendant, c’est que contrairement à ce qu’indique la carte, on plonge dans un cul de sac d’où on ne s’extrait que par une raide ascension de 7 kilomètres. Il y a bien une possibilité de sortir en passant une rivière à gué, mais les pluies qui débutent la rendront bientôt infranchissable. Le village est éteint. En guise de comité d’accueil, une chienne nous suit toute heureuse jusqu’à la pension où nous nous installons. Nous l’appellerons Steaka, hommage à la balafre béante et toute fraiche qui lui parcourt la cuisse.

Petite grèle d'hiver Coup durLe lendemain matin on ouvre la porte. Le ciel gris pisse tout ce qu’il peut. Sur le paillasson, la chienne est toujours là, remuant sa queue. Elle ne nous quittera pas. La météo nous contraint à attendre dans cette pension, sorte de bastion hippie défraichi. Quarante années sont passées depuis que le peace and love version turc avait pour capitale ce petit havre de paix, mais les réflexes sont restés là : «  vous voulez aller voir les Chimères ce soir ? Prenez ma voiture, les clés sont sur le contact », nous propose la patronne. Les Chimères, des flammes s’échappant du sol qui ont nourrit bien des histoires depuis l’antiquité. On laisse d’abord le ciel calmer sa colère avec une tempête de grêle et d’éclairs qui grille le réseau électrique. Puis on prend la voiture dans la nuit. Problème Steaka se met à suivre l’auto en courant. Impossible d’accélérer sur ce chemin défoncé par l’orage. On la voit dans nos rétros cavaler tout ce qu’elle peut. Ok, ok, ok, on a pitié, ce n’est pas humain de faire courir un chien blessé sur près de 5 km.

Les ChimèresOn s’arrête et elle bondit illico dans la voiture. Voilà, on est bon pour visiter le site des Chimères avec une chienne errante. Pourtant, à ce moment là on ignore encore combien elle va nous être utile.

Deux entorses au réglement : on prend la voiture et on fait ami ami avec un chienLes Chimères devraient être là par dizaines, brulant dans la nuit sur le flanc de la colline. Mais l’orage a presque tout éteint. Seules trois flammes subsistent. Mais  par un heureux hasard, on s’aperçoit que la chienne adore se faire des « shoot » au méthane : dès qu’elle sent du gaz s’échapper d’entre les rochers, elle y colle la truffe et s’en met une bonne dose. On a juste à la suivre avec un briquet pour rallumer les flammes ! Derrière la chienne, la colline s’embrase. Le spectacle des flammes avec les éclairs dans le ciel est fascinant. Nous qui pensions que ce voyage nous avait fait détester les chiens pour toujours…

Nous quittons Cirali. Au menu : petites routes et gros dénivelés, passage à gué, mer turquoise surmontée de crêtes parfaitement enneigées. Le vent de face et les orages ne nous arrêtent  pas et nous atteignons Ucagiz. De ce petit port entouré d’îlots, nous marcherons jusqu’à ce qui reste de Simena, cité antique qu’un séisme a plongé sous les eaux. De la mer limpide où nous osons une baignade, émerge le haut des tombeaux lyciens.  Ici, c’est la trêve avant de reprendre nos vélos pour attaquer l’épreuve redoutée par nos deux stagiaires : la montagne.

Passage de gué Assaut contre la pluie... et le ridiculeBaignade plutôt fraîche à Kekova Inspiration nocturne lors de la sortie pipi de VincentUcagiz, petit paradis Ucagiz depuis notre balcon :  escale sympathique !

Deux stagiaires à la montagne

Elise cherche ses vêtements« Mon leggins, mon débardeur, mon sous pull,  le T-shirt manches longues de Benjamin, ma polaire, la polaire d’Emilie… j’ai tout mis et je me gèle ». Elise est un peu frileuse, mais c’est vrai que ce matin il pèle méchamment. Pourtant nous ne sommes qu’à 600 mètres et nous serons ce soir trois fois plus haut, où nous devrions encore perdre 7 degrés. Nous rallumons le feu le temps de plier le camp et de regagner au plus vite la route au soleil. La montagne, c’est toujours très beau, mais ça ne fait pas de cadeau. Vélo sans chaîne, cyclo qui peineQuelques instants plus tard, nous voilà en T-shirt, transpirant dans des épingles à s’en décrocher le cœur, sur une piste impraticable sur 15 km qui devait être une route d’après la carte. C’est toujours dans ces moments que les galères s’enchainent comme des perles : cette fois, c’est une crevaison ! Simple crevaison. Etonnant car ces derniers jours, nous nous étions habitués à mieux : deux pneus explosés, un roulement en vrac, un câble de dérailleur cassé, une crevaison par jour, une tige de selle KO… Alors, quand juste avant que la nuit et la neige ne tombent, Vincent nous arrête en criant : « j’ai pété ma chaîne ! », c’est l’excitation du vrai défi mécano !

11.750 km pour un pneu qui n'ira pas plus loin

Ascension vers les cimes pour Vincent Bivouac autour du feu

Vincent entre mer et montagne Barbiers & Cie FIn de journée en montagne pour Elise

Arrivée à Antalya avec tous nos stagiaires sains et saufs

Au final la réparation de la chaîne aura tenu le franchissement du col à 1600 mètres. Puis, c’est le plongeon vers Antalya, un autre univers. Voilà, leur première à vélo est bouclée. Nous allons fêter ça par une douche brulante, un énorme kébap, un barbier (pour Vincent) et du shopping (pour Elise).  Finalement, ce ne sont pas des vacances le voyage à vélo, mais c’est quand même bon, hein ?! Bravo à Elise et Vincent ! Quant à nous, nous revoilà tous les deux, prêts à accueillir d’autres stagiaires sur la route de notre retour.

Dernière montée et toujours partant !

Escapade à Chypre

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Un coup de tampon pour Chypre

Sur le pont avant du navire, seul le bruit de l’étrave se fait entendre. Le sommeil se dissipe lentement du visage des matelots après une nuit bien courte. Mais c’est surtout la beauté du paysage au petit matin qui plonge chacun dans une contemplation. L’eau est limpide et l’île vers laquelle nous naviguons est celle d’Aphrodite, déesse de la beauté. Nous débarquons à Chypre, 3ème île de la Méditerranée. Un paradis coupé en deux depuis bientôt 40 ans : partie turque au nord, grecque au sud et ligne verte au milieu. Ça n’empêche pas les britanniques (qui ont occupé l’île) de venir se faire rougir au soleil.

Une île pour deux mondes

Chypre nord sous le regard d'Ataturk D’ailleurs, au milieu des camions qui débarquent en même temps que nous, nous roulons à gauche. Dans la ville de Girne où nous arrivons l’ambiance est un étrange mélange de Turquie et d’Europe.Cathédrale St Nicolas avec son minaret à Famagusta “Ça ne dépend que d’eux. Ce sont les dirigeant du sud qui ont coulés les dernières négociations et les perceptives de réunification”, nous interpelle un ancien gradé de Chypre nord. Plus tard à Nicosie, seule capitale d’Europe coupée en deux, dans le no man’s land de la ligne verte où tout est figé depuis 1974, un groupe de militants occupe les ruines de bâtiments abandonnés dont certains sont encore criblés de balles. L’ONU, empêtrée dans les lourdeurs administratives ne peut les déloger : “on occupe cette zone pour tirer un trait d’union vers la réunification. Et si les dirigeants des deux parties de l’île s’accordent pour intervenir alors on aura au moins réussi à les mettre d’accord pour une première fois”, ironise un jeune.

Champagne de Noël à la réception de notre pension turque à ChypreL’incursion que l’on fait dans la partie grecque de l’île, celle qui est la plus européanisée, nous fait froid dans le dos. La ligne verte et ses sacs de sable séparent bien deux monde : les prix explosent, le culte du paraître s’impose, le superficiel règne à l’image des vitrines toutes plus clinquantes et tape à l’oeil les unes des autres. Fini aussi les sourires. Demander sa route provoque un réflexe de recul, presque de peur. Chacun sa bulle. En ce 24 décembre, l’ultra-conso bat son plein et nous rend nauséeux. On se sent étranger dans ce monde qui pourtant est le notre. Vite on repasse côté turc,  plus calme et chaleureux. Tant pis, pas de clocher pour Noël mais un kébab et un demi de champagne de Cappadoce que le patron de notre pension ouvrira pour nous.

Préretraite pour cyclos au long cours

Cap sur Karpaz Christian comme voisin

Christian au départ de notre premier bivouac chypriote IMG_2654

A trois, on se sent plus résolus. Christian, patriache cyclopédique en tour du monde depuis 5 ans agite ses mains pour montrer qu’il ne comprend pas pourquoi les militaires nous barrent la route. Il faut dire que nous avons déjà rencontré Christian à 3 reprises en Asie centrale, là où franchir un barrage de police peut être une véritable épreuve de force. Alors, pour lui comme pour nous ce ne sont pas des plantons de Chypre nord qui vont nous empêcher de passer. Bref, chacun de nous trois y met de son talent pour faire céder les soldats. Mais les bougres en treilli tiennent bon… Vestiges à Salamis © A Tour de RouesLe point final de nos négociations sera mis par une détonation à notre gauche suivi d’un sifflement au dessus de nos têtes et, quelques secondes plus tard, d’une déflagration sur notre droite. A ce moment nous comprenons : nous sommes en plein milieu d’un exercice de l’armée de Chypre nord, pile poil sur la trajectoire du canon des chars qui canardent. OK, OK, on s’en va.

Mis à part cette épisode, nous avons passé avec Christian de belles vacances au rythme doux le long des côtes, entrecoupées de baignades, visites et bivouacs de rêve dans la magnifique pointe sauvage de Karpaz.  Une vraie préretraite de cyclo au long cours. En revanche c’est aussi lors de cette agréable parenthèse que nous ferons une rencontre bien écoeurante . Étonnement c’est “une des notre”, une cyclo solo canadienne qui nous a démontré qu’on pouvait faire tenir sur un si petit vélo et dans deux petites sacoches autant de malhonnêteté, de mauvais coups et d’égocentrisme.Au départ de Chypre © A Tour de Roues Une véritable insulte à l’esprit des voyageurs à vélo que l’on a connu depuis 21 mois sur la route !

Même si en ville on nous affirme qu’il n’y a pas de bateau pour retourner en Turquie, un tour au port de Girne et nous voilà avec nos billets pour embarquer dans l’heure. Des fois il ne faut pas chercher à comprendre… Mehmet, le matelot nous attend sur le quai. On embarque sur le bateau réservé aux poids lourds. Une fois de plus, nous allons être au centre de leur curiosité et de leur effluves de cigarettes pendant les 6 heures de traversée. Le vent est violent. Ca promet…

Le soleil se couche sur Tasucu, port d'arrivée en Turquie

Dans quelques jours, la suite de nos aventures avec le récit de la venue d’Elise et Vincent pour une échappée familiale entre la mer et les montagnes : deux semaines pour leur offrir un concentré d’aventures ! A bientôt.

La mer en fil d’Ariane

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Petits pêcheursnprès d'Antioche

Voilà voilà, l’aventure se poursuit. On est resté silencieux de longues semaines mais pas inactifs pour autant ! Juste quelques jours de balades à Chypre avant de foncer sur Antalya pour réceptionner Vincent et Elise, le frère et la soeur venus partager un peu de ce qui a été notre quotidien ces 20 derniers mois. Alors commençons par vous raconter la fin de notre année 2011 entre Turquie et l’île de Chypre. En voici la première partie.


IMG_1341 28 novembre 2011. Les retrouvailles se font dans une fin de journée ensoleillée : elle est là, valse sur les galets, nous ouvrant un horizon plat où se couche le soleil. Il n’y a que le doux bruit des vagues. Nous revoilà face à notre mer qui nous mènera chez nous. On ne peut plus se perdre. Au sud, on voit la Syrie. Derrière nous, la route mène à Hatay, l’ancienne Antioche, cité des croisades, des premiers apôtres et des plus belles mosaïques au monde. Clocher et minaret à Hatay (Antioche)Aujourd’hui musulmans, juifs, chrétiens y vivent ensemble et en paix. Une paix dont les visages métissés descendant de païens grecs et romains, de chevaliers croisés, d’orthodoxes arméniens, de musulmans ottomans ou des arabes sont les garants. Face à la Méditerranée nous mettons cap au nord. Piste déserte et somptueuse entre mer et montagne. On la voudrait sans fin. Et quand on parvient au premier village, c’est pour planter notre tente au milieu des mandariniers ployant sous leurs fruits mûrs. Kilométriquement les journées sont courtes. A chaque village son invitation pour un çay, des kilos de clémentines, des pides sortant du four.Mozaïque à Hatay Les nuits, elles, sont animées : les sangliers tournent autour de la tente, les chauves-souris géantes hurlent, les pêcheurs font péter leur TNT et les chiens, ah les chiens, se chargent du réveil. On a pas fait les fiers le jour où 6 kangals (des monstres appelés chiens) en patrouille matinale sont tombés sur notre bivouac. Ça grogne et ça aboie tout autour de la tente. On s’en sortira en restant immobile, étouffant notre respiration dans nos duvets histoire de se faire oublier de la meute. Ça prendra tout de même 3/4 d’heure !

© A Tour de Roues Récolte du coton près d'Hatay © A Tour de Roues Bivouac en bord de mer près d'Hatay Réveil vitaminé

Un sprint pour un pote

Kadir me prête son tricycle à MersinDans une main, le téléphone avec un message signé de Kadir, le collègue, l’ami : “je prends un avion demain pour Mersin alors pédalez !!!” . Dans l’autre, la carte qui froidement aligne les dizaines de kilomètres nous séparant de la grande cité portuaire. La bonne surprise de Kadir s’avère être un véritable défi : abattre 230 km en une journée et demi à travers le delta au sud d’Adana. Un sprint dans un labyrinthe de petites routes anonymes et tortueuses. “Même si vous réussissez par miracle à trouver votre chemin, vous ne serez jamais à temps à Mersin ” s’esclaffe un vieil homme à qui on demande notre route. Sans doute ignorait-il combien ça motive de retrouver un ami qui n’hésite pas à prendre un avion d’Istanbul pour vous accueillir dans l’appartement familial. Reste qu’après une journée de plus de 8h, 150 km vent de face, dont un bout à rouler sur une autoroute de nuit, nous reconnaissons une grande silhouette familière qui traverse la rue et s’approche de nous : c’est celle de Kadir. Madame Notre Voisine à MersinOn a réussi. C’est qu’il faut pédaler fort pour être à la hauteur des potes ! Ces moments passés avec lui nous permettrons de connaître un peu plus les subtilités de ce pays qui nous plait tant.  Merci aux parents de Kadir, car la grosse semaine passée dans l’appartement de Mersin nous a permis de nous reposer dans le confort de la vie sédentaire et de commencer à réfléchir à l’avenir au retour. Merci aussi à Madame la Voisine, particulièrement attentionnée à l’égard de ses nouveaux voisins français.

Miss aubergine Mosquée à Hatay Ataturk chez le boucher

A tour de rouleau

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T'es goofie ou regular ?

On est comme ça nous… rien ne nous effraie ! Pas même les mega “tuoube” de la Méditerranée ! Intenses les vacances à Chypre ! Promis, dès que  ça se calme un peu, on vous envoie la suite de nos aventures histoire de bien commencer l’année. En attendant, passez de beaux instants pour cette fin d’année 2011.

La boucle est bouclée

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Au sommet

Reveil glacialLa morsure du froid est telle que même dans la tente, collées à nos duvets, nos gourdes gèlent. Et nous aussi. La nuit en Djavakhetie, sur un plateau à 2200 mètres entre Géorgie, Turquie et Arménie, la survie ne tient qu’à un bon duvet. Contrée sauvage peuplée d’Arméniens, ces montagnes nous offrent le film somptueux de leurs paysages où les lacs se font peu à peu prendre par les glaces. Le ciel est bleu, la terre est nue, les hommes luttent contre le froid à grands coups de chaleur humaine et de simplicité.

On pédale contemplatifs quand une Lada s’arrête devant nous, le canon d’un fusil sort par la fenêtre du passager et deux détonations claquent. Sur le bord de la route, une nuée d’oiseaux s’envole, sauf un. Un des occupants de l’auto, fier de son tir devant les deux femmes assises à l’arrière, sort le ramasser avant de reprendre la route. C’est comme ça ici : pas de fleuriste, pas de pâtissier… alors quand on va chez des amis, on amène ce qu’on trouve.

Le boire pour le croire

Epiciere de villageAvant d’atteindre l’air sec et limpide de la Djavakhetie, il nous a fallu sortir des brumes. Celle des vallées au-dessus de Tbilissi : deux jours trempés et frigorifiés à ne pas voir à plus de 5 mètres. Heureusement, il y avait la richesse de ces pauvres gens qui n’ont à vous offrir que le poêle à bois et leur sourire édenté. Des gens contre qui la vie et l’histoire se sont acharnées mais qui ont une telle dignité qu’elle vous donne une leçon pour le reste de votre existence.

Et puis il y a eu les brumes des lendemains de soirées Géorgiennes. A Tbilissi, nos hôtes, Marina et Zaza, nous ont invités à une soirée avec leurs amis. Il faut le boire pour le croire. Zaza, ancien champion soviétique de natation a des épaules à faire peur à un rugbyman. Soiree chez des amis a TbilissiPlus impressionnant : sa soif et son hospitalité sont à la même échelle. Résultat : quand après avoir trinqué à l’Amour, aux femmes, à la Géorgie, à la France, à l’amitié franco-géorgienne, à Emilie, à Benjamin, aux enfants, aux belles-mères, à la tradition, à la famille, au sport, à la paix, au voisinage, au narguilé qui ne veut pas s’allumer… (le reste on a oublié), Zaza s’est envoyé 10 litres de vin tout en affichant une sobriété de circonstance . Cet art du repas et du toast s’appelle le Tamada. Expérience inoubliable mais qui anéantit toute capacité de pédalage le lendemain. Reste qu’après une nuit où on a cru que notre lit s’était métamorphosé en raft, Zaza nous a accueilli dans la cuisine en levant un verre … de bière à notre santé.

Retour en terre conquise

Il est juste à 100 mètres et pourtant le sol turc se dérobe à nos espoirs. Le petit poste frontière où nous nous présentons est fermé. Raison inconnue. Les soldats qui nous ont interceptés ne lâchent rien. Demi-tour, la boule au ventre, 60 km de montagne pour rien, ça rend amer. D’autant que derrière la frontière nous attendent les amis Suisses, Marie-Jo et Rodolphe, ainsi qu’un beau symbole : celui de regagner une terre connue, aimée, d’avoir bouclée la boucle, accompli le programme que nous nous étions fixé, revenir sur ce qui fut, il y a 17 mois, notre dernière marche européenne, et qui sonne aujourd’hui comme la première de notre retour. Demi-tour donc pour un détour de plus de 100 km. Mais l’impatience des retrouvailles poussera Rodolphe et Marie-Jo à venir à notre rencontre côté géorgien. On se retrouve dans le froid de la nuit, dans un chemin au milieu des champs, de nul part… chez nous quoi ! Le lendemain, on remonte sur nos vélos pour franchir la symbolique frontière Géorgie – Turquie avec une amicale accolade du douanier turc aux yeux bleus.

Six jours de vacances

33 ans a Dyarbakir, Turquie

MJ et RodVertige géographique. Tout file si vite. Même les ascensions, les cols enneigés. Dans le camion de Marie-Jo et Rodolphe, nous célébrons le gruyère suisse, surfons sur la 3G dans les campagnes Est-anatoliennes et nous réchauffons à grand renfort de tisanes helvétiques. Ainsi nous passons une zone sensible où nous n’avions pas envie de jouer les touristes : Van porte les stigmates du meurtrier séisme qui l’a frappé quelques jours plus tôt et le Kurdistan est sous tension avec son cycle offensives/représailles entre la guérilla et l’armée d’Ankara. Zone très militarisée, on a eu du mal à trouver des bivouacs en sécurité. Quant aux tempêtes de vent, elles nous ont tenu plusieurs nuit éveillés. Mais on a reussi à passer une belle soirée pour les 33 ans d’Emilie dans le caravenserail de Dyarbakir. Et puis ce fut la reprise, avec des vélos remis en état. Comme une rentrée des classes…

La clinique du velo Operation sans anesthesie a la clinique des velos © A Tour de Roues - Rodolphe S.

Dans les neiges du Mont Nemrut

Ascencion du Nemrut et premieres neiges Nemrut

Nemrut10 km pour grimper plus de 1100 mètres de dénivelé. Même sans les sacoches, l’ascension pour le mythique mont Nemrut à 2150 mètres est un beau morceau. Après 6 jours sans pédaler, il fallait bien ça pour canaliser l’énergie accumulée. Mais les 3 derniers km sont redoutables : pentes extrême et vent glacial balayant l’étroite bande de route déneigée courant sur la crête. Heureusement, les voitures de touristes turcs nous font une haie d’honneur et la vue sur le lac Ataturk et l’Euphrate est prodigieuse. On laisse les vélos pour gravir à pied les 200 derniers mètres de dénivelé dans la neige et la rocaille. Puis nous voilà dans un autre monde, celui de ces visages de pierres faisant face au couchant, pluri-millénaires, oubliés sur leur mont pendant des dizaines de siècles. Ils ne semblent plus faire partie du monde des mortels, présents sans l’être. Comme si ces visages de Zeus, d’Apollon, d’Hercule émergeant de la neige étaient entrés dans l’éternité. D’ailleurs le froid nous saisi déjà à mesure que le soleil décline. Pauvres vivants nous devons redescendre laissant ces mythiques statues à la pleine lune qui vient leur rendre visite. Le lendemain, la neige tombera plongeant ces colosses dans leur long hivernage annuel. La chance nous a donc sourit en nous laissant les portes célestes du mont Nemrut ouvertes le temps d’une ascencion à vélo.

Nemrut Nemrut

Nemrut

Baklava bien

Accueil a Gaziantep

Les bivouacs sous les pistachiers nous avaient mis au parfum : notre route, par le plus heureux des hasards, croise la capitale mondiale du baklava : Gaziantep. Autres delices de GaziantepNous y voilà donc, contraints par le temps maussade d’y rester plusieurs jours. Alors, comme on enchaîne plus de calories que de kilomètres, on se donne bonne conscience en dédiant les baklavas par centaines de grammes à Luc et Ingrid (baklavaddicted), à parrain dont c’est l’anniversaire, au cap des 150 000 mètres de dénivelé grimpés (17 Everest tout de même !)… On prendra ensuite la direction du sud pour longer la frontière avec la Syrie jusqu’à l’ancienne Antioche. On prend le temps de savourer cette Turquie si acceuillante. Le geste n’a pas changé, le pouce et l’index se joignent pour tourner une invisible petite cuillère, c’est l’invitation au çay, prélude de bien d’autres gestes d’hospitalité. Entre les amis qu’il nous reste à nous faire et ceux de notre précèdent passage que l’on veut revoir, la Turquie risque de nous occuper un petit moment. Tant mieux !

Mise au point matériel : sacoches Vaude ou Ortlieb ?

Une fois n’est pas coutume, on tient à sortir un carton rouge, qui, on l’espère aidera les cyclos en préparation à répondre à la question : sacoches Vaude ou sacoches Ortlieb ? Nous avions choisi Vaude et on le regrette. Outre quelques soucis de fermetures (pressions qui cèdent) dès le 4 ème mois de voyage, ce sont les coutures thermo-soudées qui se sont décollées depuis la Chine. Plus étanches, ces sacoches ne valent plus rien. Un gros désagrément qu’à égalementrencontrée une amie cyclo canadienne. Probleme sur les sacoches VaudeMais plus problématique encore, Vaude France n’a pas répondu à nos appels à l’aide et nos relances. Seule solution proposée par notre revendeur : ramener les sacoches au magasin pour les examiner (difficile vue la distance) pretextant que Vaude n’avait jamais eu de defaut de ce type sur leurs sacoches. Dommage qu’à la différence des marques références dans l’outdoor, Vaude France ne ne soit pas à l’écoute des cyclos qui éprouvent au long cours leur matériel et ne daigne même pas proposer la moindre solution adaptée aux voyage au long cours. Conclusion, Vaude nous apparait comme en dessous du niveau recquis pour ce genre d’aventures.

Transcaucasie

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Chemin de traverse en Transcaucasie

La Géorgie ? On ne sera pas resté plus de 24h sobre dans ce pays. Il est 10h du matin quand en traversant notre premier bourg, deux villageois nous arrêtent en nous tendant des figues. Mais l’assaut est soudain : on a pas même eu le temps de retirer notre casque qu’ils ont déjà amené sur le trottoir le jerricane de “tchatcha”; 50 degrés à boire cul sec dans une tasse à café. Privilège de l’inégalité des sexes, Emilie n’a droit qu’à tremper les lèvres quand Benjamin doit trinquer dans toutes les langues. Tchourtchkhela © A Tour de RouesQuand on arrive à expliquer à nos hôtes que ce breuvage de si bon matin risque d’altérer nos “performances sportives”, compréhensifs, ils ouvrent une bière “plus légère” et nous offrent ce qui provoque un fou rire retenu : la tchourtchkhela. C’est la sucrerie préférée des Géorgiens (et des Géorgiennes) sauf que ça a l’allure d’un pénis en piètre forme. Alors, entre l’alcool et les tchourtchkhelas pendantes à nos sacoches, on repart hilares et informés de la règle d’or qui prévaut en Géorgie : si tu t’arrêtes, tu trinques; si tu prends une photo, tu trinques; si tu vas au marché, tu trinques… C’est devenu une action patriotique de soutien à l’économie du pays depuis que la Russie (en froid avec Tbilissi) a fermé ses frontières aux vins géorgiens. Alors trinquons à la sottise russe !

Boucher au marche de Telavi

Soiree chez des amis a Tbilissi Un mariage chez Zizi, c'est un mariage qui dure ! © A Tour de Roues

Merci Bakou

Bakou planete petrole Des dizaines de vitrines de boutiques de luxe à en faire pâlir les Champs-Elysees, des 4×4 ou de grosses berlines allemandes clinquantes, des centaines de parcs et des fontaines, des architectures dignes des plus belles capitales occidentales : en débarquant avant l’aube à Bakou, nous découvrons enfin où vont tous les euros déboursés à la pompe. Nous voici sur la planète pétrole où, à la différence des traders new-yorkais, les hommes d’affaires azeris ne semblent ni pressés, ni stressés : le pétrole, c’est benef’ garanti, l’addiction est mondiale, les ressources sont locales ! D’ici sortait 80 % du pétrole mondial au début du 20eme siècle. “Vous êtes Français ? Il parait que Paris n’est pas propre, que la ville sent mauvais”, nous demande le banquier chez qui nous changeons la “ridicule” somme de 300 dollars. On s’apprête à faire “cocorico” et à répliquer mais la vue des employés de la ville passant la serpillière sur l’esplanade impeccable de la place des Fontaines nous arrête. Même les Suisses sont battus ! La face cachee de la planete petrolePourtant, nous aurions du inviter ce fier banquier à venir pic-niquer avec nous sur un champ de puits de pétrole. C’est glauque à mourir, la désolation la plus extrême, pas une plante, juste de la rouille et des hydrocarbures avec le métronome abrutissant de ces moustiques d’acier géants pompant ce qui a mis des milliers d’années à se former dans les entrailles de la Terre. Des métronomes pour un requiem, celui de cette énergie fossile qui aveugle et avilie les hommes. Bakou n’est qu’une illusion qui cache comme elle peut l’odeur nauséabonde des dollars qui coulent dans ses rues.

Un printemps en automne

Azerbaidjan, Grand Caucase Georgie, en passant par Gremi

Cyclo-pouss' © A Tour de Roues

En une journée, tout a basculé : on a quitté la côte de la mer Caspienne, les violentes tempêtes de la péninsule d’Absheron et ces terres d’où s’échappent parfois du gaz enflammé. La petite route nous a hissé en une journée vers un col qui marque un tournant dans notre voyage: après près de 6 mois de déserts et de cimes à naviguer entre des oasis sur le fil de la route de la Soie, Route forestiere en Georgieon retrouve ici de vraies forêts parsemées de prairies, bercées par un soleil qui nous réchauffe sans nous brûler. C’est pour nous une renaissance, le retour d’odeurs imprimées dans notre cortex : celle de l’humus, des feux de cheminées, des fleurs… autant de repères d’un monde que l’on (re)connait. Et dans cette palette de couleurs automnales qui explose sous nos yeux apres les steppes, nous avons la sensation de vivre un printemps. Enivrés par les retrouvailles avec un environnement sauvage mais pas hostile, on s’est enfoncé dans des chemins de montagnes caucasiennes tout juste praticables à cheval. Résultat : 3 jours à pousser nos vélos, gagnant à peine 20 km quotidiens sur des sentiers trop escarpés, passant à gué les rivières. Les bergers, que l’isolement rend un peu fous, nous prenaient pour plus fous qu’eux. Peut-être est-ce les hurlements des meutes sauvages dans la nuit qui rendent fous ceux qui dorment dans ces vallées perdues.

Debut de journee dans le Grand Caucase

Tbilissi

Fromager au marcheAvec son vélo “from USA”, Vaniko nous conduit a travers les rues de Tbilissi. Ce jeune de 20 ansincarne l’une des deux facettes du pays. “Non, l’époque communiste n’avait rien de bonne : tout y était gratuit. Cela ne pouvait pas être viable !” Sa réponse tranche avec celui d’une vieille femme qui regrettait le matin même cette époque soviétique “où tout fonctionnait correctement”. La Géorgie a fourni au régime rouge deux de ses plus “importants” personnages ; Staline et Beria. Reste qu’à Tbilissi (où après plus de 20 000 km il est nécessaire de réparer et changer certains de nos équipements), Vaniko nous aide à connaître les filons du système D : on erre dans les gigantesques allées du marche de seconde main. Ici on revend les vêtements dont l’Europe se débarrasse, croyant faire acte de charité ! Rchvita, l’Empereur de la mécanique caché derrière le vieux vélodrome où poussent désormais des herbes folles, a quant à lui résolu un problème de dérailleur qu’ Emilie traînait depuis des mois. Partout, les mécanos (même chinois) avaient déclaré forfait. Rvichta, a dit “Niet problem, niet kaput”, et il a réparé, jetant ses outils par dessus son épaule. Cet homme n’a rien, pas même un plan de travail, tout juste une boite à outils éventrée, mais il a une tête bien câblée et l’expérience d’une époque où il fallait Tout faire avec Rien. Si vous cherchez un bike shop à Tbilissi, cherchez Rvichta, rue Ouzbadzé, près de Mardjanichvili.

Tenue “descente” exigée

Couturiere s'affairant sur nos sacs de couchage © A Tour de RouesTbilissi donc : encore quelques petites choses à réparer, remplacer, recoudre… puis on s’élancera vers nos prochains cols entre 2000 et 2500 mètres entre la Turquie, la Géorgie et l’Arménie. Il faut dire que l’automne s’est soudainement corsé voilà 4 jours : en une nuit de violente tempête, les montagnes du Caucase ont revêtues pour de longs mois d’hiver leur manteau blanc. Dire qu’il y a quelques semaines nous brûlions dans la fournaise ! Désormais, on frissonne dans les descentes. Mais vos commentaires nous le montrent bien, plus on va loin dans l’aventure, plus vous nous suivez de près. Alors, c’est avec plaisir qu’on se lance encore dans une rude partie qui promet d’être frisquette.D’autant que nombreuses fois, ce qui devait etre une route d’après la carte n’était qu’un chemin forestier bien plus long annoncé. Ah, le manque de sérieux des cartographes !

Ils ont repondu présents

Pour finir, on tient a tirer un grand chapeau a quelques uns de nos partenaires (mais pas seulement) qui ont répondu présents quand nous avons eu besoin d’eux ces dernières semaines. Parmi eux, il y a Weschel, le fabriquant de la tente que l’on a trouve être la plus adaptée à notre aventure : charmé par notre projet en cours, ils nous ont offert une nouvelle tente, encore plus légère ! Zéfal, la marque de chez nous (Jargeau) qui a su conquérir le monde et qui renouvelle son soutien en nous fournissant des équipements supplémentaires. Katadyn nous a offert des pièces de rechange pour notre réchaud et notre filtre à eau. Merci également à Rando-Boutique et Schwalbe pour avoir compris combien leur concours nous était important.

Piste du Grand Caucase

20 000 km sur la Terre

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20 000 km © A Tour de Roues

A force de poursuivre l’horizon, on vient de s’offrir ce 11 octobre 2011, une moitie chacun de notre planete Terre.  On offre ces 20 000 kilometres avec nos bicyclettes a Vincent pour ses 27 ans !

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